Andrea BOSCOLI (Florence, 1560 - 1607)

Quatre figures masculines, études pour le Martyre de Saint Barthélémy

26,7 x 36,2 cm
1587
. Sanguine
. Dans le coin inférieur droit, un monogramme postérieur à la sanguine : M [surmonté d’une flèche] Bonaro[tti].

Provenance
• Arnold Otto Meyer (1825-1913), Hambourg, (Lugt 1994).

• Probablement sa vente, 19-20 mars 1914, Leipzig, C. G. Boerner, lot 543.
• États-Unis, collection particulière.

Doté d’une personnalité étrange et vivace, aussi passionné par la peinture que par l’astrologie, la musique ou la poésie, cosmopolite, le Florentin Andrea Boscoli accumula les contacts et les expériences artistiques qui ont façonné son art, devenu lui-même source d’inspiration pour les artistes de la génération suivante.
Le peintre débuta par un apprentissage auprès de Santi di Tito (1536-1602), peintre profondément attaché à la Réforme catholique et à un certain classicisme florentin. Après un court voyage à Rome, attesté par des dessins reproduisant les statues antiques et les frises de Polidoro da Caravaggio et où il fréquenta les peintres du Nord, ainsi que Jacopo Zucchi et Federico Zuccaro, le jeune artiste revint à Florence. En 1584, il paya son droit d’entrée à l’Accademia del Disegno.

Boscoli œuvra beaucoup dans sa ville natale, mais également à Pise, à Sienne, puis, à la fin de sa vie, dans les Marches. Ses rapides croquis au crayon ou à la plume d’après des maîtres aussi divers que Benozzo Gozzoli, le Corrège, Titien ou Murziano, témoignent de ses voyages à Parme, Gênes, Venise, mais également de sa curiosité insatiable. Puisant à plusieurs sources, son style est celui du maniérisme tardif issu de Pontormo, international et spectaculaire, et sa manière marquée aussi bien par les recherches décoratives de Vasari que la lumière vibrante de Baroche. Très tôt, il manifesta pourtant sa propre esthétique, caractérisée par le soin apporté aux détails et l’inventivité inconventionnelle de ses compositions, avant d’adopter, vers la fin de sa vie, une manière plus expressive, loin de la recherche naturaliste de ses œuvres antérieures.
C’est en 1587 qu’Andrea Boscoli fut sollicité pour participer à la décoration du cloître de la Compagnia della Santissima Annunziata de San Pietro Maggiore, aujourd’hui oratoire de San Pierino. Consacrées aux supplices des douze apôtres, les fresques de San Pierino constituent le premier exemple, à Florence, d’un cycle martyrologique sur les modèles romains post-tridentins, mariant la limpidité du propos et la forte portée spirituelle. La confrérie confia la réalisation de l’ensemble à plusieurs artistes florentins : Bernardino Poccetti, qui assurait vraisemblablement la maîtrise d’œuvre, Giovanni Balducci, Bernardino Monaldi, Cosimo Gheri et Boscoli, qui se vit attribué le Martyre de Saint Barthélémy et, à gauche, sur un pilier feint, la figure de la Tempérance en grisaille.

Il s’agissait de la première commande publique de Boscoli et le jeune artiste livra une fresque audacieuse, aux tonalités délicates et acidulées, contours linéaires, ombres colorées et détails décrits avec précision. La composition est séparée en son milieu par l’échafaud qui délimite deux niveaux bien distincts. La partie haute, cintrée, est occupée par l’apôtre attaché à une potence et ses deux bourreaux, tandis que la partie basse, plus large, est dominée par la figure du commandant romain à l’armure extravagante qui impose son autorité aux femmes assises par terre et aux disciples du martyr qui ne sont autres que les membres de la confrérie.

L’intensité narrative et émotionnelle du Martyre de Saint Barthélémy réside avant tout dans les postures recherchées de quelques figures principales au contrapposto prononcé et qui semblent avoir beaucoup occupé l’artiste. Ainsi, si la composition du bozzetto à l’huile sur bois conservé à Vienne est déjà celle de l’œuvre finale, les attitudes des protagonistes diffèrent parfois sensiblement. Cette esquisse est précédée par plusieurs dessins à la sanguine sur papier non préparé et de dimensions similaires, qui se concentrent uniquement sur l’anatomie, négligeant les drapés, les accessoires et l’interaction des personnages.

Jusqu’à la découverte de notre feuille, on ne connaissait que quatre croquis, tous conservés à la Galerie des Offices à Florence : un pour le bourreau de gauche (ill. 3), deux pour celui de droite et un – le plus abouti – pour la Tempérance qui ne fait pas réellement partie de la scène1. Notre dessin est le seul à réunir plusieurs académies d’hommes, dont trois avaient servi à préparer les personnages du Martyre : comme pour les sanguines des Offices, Boscoli ne modifia que la position des bras pour adapter la gestuelle à la scène.

La pose de l’homme tout à gauche, les bras croisés au-dessus de la tête, est ainsi celle, quoiqu’en contrepartie, du soldat romain derrière le général. La seconde étude concerne le bourreau de droite : seules les jambes écartées furent finalement repris dans la fresque. L’homme vu de face, le bras gauche tendu et les yeux levés au ciel, correspond très exactement à la figure suppliciée du saint. Enfin, l’homme allongé, la tête renversée en arrière, pourrait se rapporter à une première idée non retenue, voire à une autre œuvre de Boscoli. Sculptés par une forte lumière venant d’en haut à gauche, les corps athlétiques sont décrits par facettes fortement ombrées, juxtaposant sans cesse le blanc du papier laissé en réserve et un hachurage serré, plus ou moins appuyé. Le mouvement du crayon emporte sur la statique des poses et se matérialise dans les muscles tendus à l’extrême et la chevelure agitée du deuxième homme. De grands traits diagonaux envahissent le fond du dessin, accentuant l’effet de volume, ainsi que la présence presque brutale et le pathétique des figures, sorties cependant de leur contexte religieux.
A.Z.
Bibliographie générale (œuvre inédite)
• Anna Forlani Tempesti, Mostra di disegni di Andrea Boscoli, cat. exp. Florence, Galleria degli Uffizi, Gabinetto dei disegni e delle stampe, Florence, Olschki, 1959.
• Anna Forlani Tempesti, « Andrea Boscoli », Proporzioni, IV, 1963, p. 85-176.
• Nadia Bastogi, Andrea Boscoli. Pittore e disegnatore fiorentino tra la Toscana e le Marche, Florence, Edifir, 2008.

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