Théodore GÉRICAULT (Rouen, 1791 - Paris, 1824)

Romains combattant et études pour la course de chevaux barbes

14,5 x 12 cm
Circa 1817
. Plume et encre brune
. Au verso de l’ancien montage, de la main d’Eudoxe Marcille avec sa signature, à l’encre : Collection Eudoxe Mar- cille. dessins no 181. Géricault. Romains combattant. Deux croquis pour les courses. Cheval traînant une charrette. Etude pour les jambes du cheval. Vente M. Faivre Duffer le 27 janvier 1870, no 55 et 56 du catalogue. Les deux feuilles 72 [ francs] et 3,60 5% 75,60.


Provenance
• Collection de Louis Stanislas Faivre-Duffer (1818-1897), Lyon.
• Sa vente (Collection de M. D*** [Faivre-Duffer]. Dessins et croquis par Géricault et quelques aquarelles modernes), 
Paris, Drouot, 27 janvier 1870, lot 55 ou 56. 

• Collection Eudoxe Marcille (1814-1890), Paris, no 181. 

• Acheté en 1990 par Jan Krugier (1928-2008) et Marie-Anne Krugier-Poniatowski (née en 1931). 

• Collection Jan et Marie-Anne Krugier-Poniatowski, Genève, inv. JK 4669, jusqu’en 2015. 

• Vente Sotheby’s New York, 10 décembre 2014, lot 8. 

• Belgique, collection particulière. 
Exposition
• New York, Jan Krugier Gallery, Genève, Galerie Jan Krugier, Victor Hugo and the Romantic Vision. Drawings and 
Watercolors, 1990-1991, cat. 56.

Après son échec au Prix de Rome, Géricault décida d’entre- prendre à ses frais le voyage dans la Ville éternelle : il partit en 1816 et revint l’année suivante. Peintre du cheval, mais aussi artiste moderne goûtant davantage aux scènes de rue qu’aux ruines antiques, Géricault ne pouvait qu’être séduit par la course de chevaux libres qui clôturait chaque année le Carnaval romain. En 1817, les festivités se déroulèrent entre le 9 et le 16 février. La course, qui faisait évoluer des chevaux barbes le long du Corso, de la Piazza del Popolo à la Piazza di Venezia, fut cette année-là particulièrement frénétique ; quinze chevaux disputèrent les différents prix. L’évènement fit naître en Géricault le désir d’exécuter un tableau monumental, probablement en vue du Salon parisien. Ce projet longuement mûri ne fut pas mené à son terme, mais est documenté par de nombreux dessins et par cinq études peintes, conservées à Lille, Baltimore, Rouen, Los Angeles et Paris (ill. 1). Les deux premières études traitent la course comme un sujet contemporain, les trois suivantes comme un thème antique, reflet du désir de Géricault de s’inscrire par son tableau dans la grande peinture d’histoire.

Notre feuille date de cette période. On y retrouve cinq études en vignettes, croquées d’une main rapide mais sûre, à la plume et à l’encre brune. En haut, figure une lutte de soldats antiques armés de boucliers. Suivent deux études pour la Course de chevaux barbes, puis un cheval maintenu par deux hommes, tirant une charrette à ridelles, et enfin une étude anatomique du poitrail du même cheval.

Il est intéressant de s’attarder sur les vignettes relatives à la Course de chevaux barbes, qui documentent le processus créatif complexe de Géricault. Elles proposent chacune une vision synthétique du projet d’ensemble. Dans son catalogue raisonné, Bazin identifie ces dessins comme des memoranda, variations a posteriori sur le thème de la mossa – le départ de la course. Pour Whitney, ils sont plus probablement antérieurs à la peinture du Louvre, et procèdent du travail d’élaboration de la composition. La vignette de gauche est très proche de l’esquisse du Getty Museum : Géricault l’a cernée non pas d’un seul trait, mais d’un véritable cadre, ébauchant dans l’angle des motifs ornementaux. Cela conforte l’idée d’une réflexion globale du peintre sur son œuvre, incluant son exposition – nécessairement encadrée – et sa réception par le public.
Il faut observer notre dessin en regard de trois autres feuilles qui comportent également plusieurs variations en vignette pour la Course de chevaux barbes, provenant toutes de la collection du peintre Louis Stanislas Faivre-Duffer. La première, avait, comme la nôtre, appartenu à Eudoxe Marcille, directeur du musée d’art d’Orléans de 1870 à 1890, et fut découverte par Bazin (no 1418, ill. 2). Les deux autres, conservées en mains privées, furent identifiées récemment (17,6 x 14 cm et 14,6 x 12 cm) : outre la Course, elles développent également les Romains combattant de notre dessin. Les quatre feuilles ne se comprennent qu’en- semble. Géricault y aurait synthétisé plusieurs propositions pour la Course, afin de dégager, par juxtaposition, l’organisation définitive de son tableau.

L’ensemble de ces études est un témoignage précieux documentant la manière de travailler de Géricault. Notre feuille, où se révèle la dextérité d’un dessinateur passionné, est également le reflet du sens aigu de la mise en scène qui guidait le pinceau de l’artiste, fruit d’un inlassable travail.
M.B.
Bibliographie de l’œuvre
• Germain Bazin, Théodore Géricault, Étude critique, documents et catalogue raisonné, Paris, 1990, vol. IV, p. 75-76, détail repr., p. 225, cat. 1419, repr.

• Wheelock Whitney, Gericault in Italy, Londres, 1997, p. 147-149, repr. p. 148, fig. 186.
• Victor Hugo and the Romantic Vision. Drawings and Watercolors, cat. exp. New York, Jan Krugier Gallery, Genève, Galerie Jan Krugier, 1990- 1991, cat. 56, repr.
• Alexander Dockers (dir.), Linie, Licht und Schatten. Meisterzeichnungen und Skulpturen der Sammlung Jan und Marie-Anne Krugier-Poniatowski, catalogue d’exposition, Berlin, Kupferstichkabinett, Staatliche Museen zu Berlin, 1999, p. 402, reproduit.
• Alexander Dockers (dir.), The Timeless Eye. Master Drawings from the Jan and Marie-Anne Krugier-Poniatowski Collection, catalogue d’exposition, Berlin, 1999, p. 401, reproduit.

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