Jean-Baptiste LALLEMAND (Dijon, 1716 - Paris, 1803)

Ruines d’une villa avec de jeunes baigneuses

48 x 40 cm
Circa 1765. 
 Gouache
. Signé à la gouache blanche sur la pierre en bas à gauche Lallemand
. Annoté à l’encre au revers de l’ancien montage : Collection Deg.... no 53 Lallemand.

Provenance
• France, collection particulière

Fils d’un tailleur dijonnais, Jean-Baptiste Lallemand paraît d’abord avoir exercé la profession paternelle, tout en dessinant et en peignant en autodidacte. En 1739, il se rendit à Paris comme ouvrier tailleur. D’après Paillet, un amateur lui aurait demandé de réaliser une série des Quatre saisons qui devaient décider la vocation de Lallemand1. On ne lui connaît, dans la capitale, aucune formation en atelier, même si son œuvre atteste une certaine influence de Jean Nicolas Servandoni (1695-1766), architecte et peintre, élève du célèbre védutiste Giovanni Paolo Panini (1691- 1765). S’il ne fut pas formé par Servandoni, Lallemand aurait pu avoir vu ses « tableaux de ruines et d’architecture » exposés aux Salons entre 1737 et 1743.

Admis « au nombre des maîtres peintres » de Dijon en octobre 1744, Lallemand fut, moins d’un an après, reçu à l’Académie de Saint-Luc de Paris comme paysagiste. En 1747, en quête d’inspirations nouvelles, il partit en Italie, ayant financé lui-même son voyage. À Rome, il s’installa dans le quartier fort apprécié des artistes, entre la Trinité- des-Monts et la place Barberini, assidument fréquenté par les voyageurs surtout anglais qui avaient coutume de venir visiter les ateliers et acquérir des œuvres d’art.
Ce long séjour (il dura quatorze ans) donna enfin à l’artiste l’opportunité de découvrir le paysage romain de ses propres yeux. Tout naturellement et bien que travaillant en marge de l’Académie, il se rapprocha du milieu artistique français, se liant d’amitié avec Étienne Parrocel le Romain, Hubert Robert et très probablement Joseph Vernet, ainsi qu’avec les pensionnaires, dont le sculpteur Jacques Saly, l’architecte Charles Wailly, élève de Servandoni, les peintres Jean Barbault et Charles-Louis Clérisseau.
Grâce à ses vues réelles ou imaginaires réalisées à l’huile, mais surtout à la gouache, Lallemand se forgea rapidement une place parmi les artistes romains. C’est ainsi qu’il rencontra, en 1755, l’architecte écossais Robert Adam à qui il enseigna le paysage, tandis que Clérisseau l’initiait à la perspective. Dispersées lors de deux ventes, en 1773 et 1818, les collections des frères Adam ne comptaient pas moins de quatre-vingt-sept dessins de Lallemand datant pour la majorité de la période romaine.
On ignore les raisons qui avaient poussé le peintre à quitter une ville où il avait bien réussi – en 1758, le pape lui commanda une grande toile décorative, Moïse sauvé des eaux (Vatican, inv. 913) – et semblait s’être définitivement installé, marié et père de dix enfants. Rentré en France en 1761, Lallemand y mena une carrière remplie et prospère, peignant des vues de régions françaises et exposant régulièrement ses toiles et ses gouaches aux salons non académiques.

Signée « Lallemand », alors que l’artiste paraît avoir privilégié, à Rome, une graphie phonétique « lalman », notre gouache date de l’époque qui suivit immédiatement le retour de l’artiste en France et où il continuait d’explorer les motifs romains, en produisant des œuvres très finies destinées aux amateurs avertis et connaisseurs. Élégant caprice architectural, notre dessin est nourri de souvenirs des horizons de la campagne romaine, de la statuaire et des ruines antiques, mais également des monuments maniéristes et baroques de la Ville éternelle que l’artiste avait regardé tout aussi attentivement que les vestiges du temps des Césars.

Lallemand imagine une villa en ruine, comme celle d’Hadrien. Pourtant, son architecture n’a rien d’antique et mêle habilement une arcade inspirée des fontaines de la villa d’Este à Tivoli et une serlienne qui rappelle celle de la façade de la villa Médicis, mais se dote ici de l’ordre dorique et d’une colonnade double. Dans ce décor théâtral, ni tout à fait extérieur, ni tout à fait intérieur, le peintre place une statue de Flore en marbre blanc qui n’est autre que la célèbre Flore Farnèse, et fait jaillir une source d’eau pure. L’architecture et la nature s’unissent, et dans l’eau cristalline se baignent trois jeunes femmes que l’on aurait pris pour des nymphes ou des Grâces si une lavandière descendant les marches, avec son panier de linge sous le bras, ne venait rompre le charme.

L’artiste saisit avec la facilité qui est la sienne la texture rugueuse des pierres, les détails minutieux de la sculpture, la transparence de l’eau des bassins. Sa touche est légère et les coloris limpides et retenus. Il enveloppe son paysage imaginaire d’une lumière du soir qui marque le ciel de larges bandes allant du bleu limpide au rose doré et donne à l’architecture une teinte ocrée et chaude, dans un bel effet décoratif.
A.Z.
Bibliographie générale (œuvre inédite)
• Olivier Michel, « Recherches sur Jean-Baptiste Lallemand à Rome », dans G. Brunel (dir.), Piranèse et les Français, Rome, 1978, p. 327-341.
• Pierre Quarré, Un Paysagiste dijonnais du XVIIIe siècle, J.-B. Lallemand, 1716-1803, cat. exp., Dijon, musée des Beaux-Arts, 1954. 1 J. Paillet, Le Panthéon dijonnais, Dijon, 1805, p. 70.

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