École romaine du XVIe siècle

Un Théologien d’après la Dispute du Saint Sacrement de Raphaël

43,5 x 24,5 cm
Circa 1510. Plume et encre brune. En haut à gauche, une marque estampée noire effacée. Annoté en bas à droite à l’encre brune : Daniel da Volterra. Annoté au verso au crayon The Apostle Paul Volterra et en bas, à l’encre brune : D. Da Volterra

Provenance
• France, collection particulière

Situées à l’étage supérieur du palais du Vatican, dans l’aile septentrionale, les Chambres – Stanze – furent choisies comme nouvel appartement papal par Jules II, peu désireux d’habiter les salles de l’étage inférieur occupées par son prédécesseur, Alexandre VI Borgia. D’après Vasari, le pape voulut d’abord compléter les quelques fresques existantes, œuvres de Piero della Francesca, Luca Signorelli et Bartolomeo della Gatta, en engageant plusieurs artistes dont Sodoma, Peruzzi, Bramantino et Lotto. L’arrivée de Raphaël, invité sur le conseil de Bramante en 1508, devait tout changer : « reçu par le pape Jules II avec toutes sortes de caresses, il se mit à l’œuvre dans la salle de la Signature. […] Ce chef-d’œuvre excita tellement l’admiration du pape, qu’il fit détruire les ouvrages exécutés dans ces salles par les autres peintres, afin que Raphaël eût seul la gloire de remplacer tout ce qui avait été fait jusqu’alors. »

Terminée en 1511, la Chambre de la Signature, ainsi nommée car le tribunal de la Signatura gratiæ y siégeait, fut le début et le point d’orgue de tout le cycle décoratif. Lorsque Raphaël s’en chargea, il s’agissait de la pièce centrale de l’appartement de Jules II qui servait de cabinet de travail et de bibliothèque. Le programme iconographique, établi par un théologien sinon dicté par le pape lui-même, est dominé par l’exaltation du Vrai et de la Vertu en combinant magistralement des allégories abstraites et une galerie des « hommes illustres », ornement traditionnel d’un studiolo italien. Chacune des quatre grandes fresques, qui sont autant de faces de la culture humaniste – Théologie, Philosophie, Jurisprudence et Poésie –, est d’abord une extraordinaire réunion de figures où prime la caractérisation fidèle des personnages, tous concernés chaleureusement par le débat.

La Dispute du Saint Sacrement, titre donné par Vasari, alors qu’il s’agit plus justement du Triomphe de l’Eucharistie, fut probablement la première fresque exécutée par Raphaël pour Jules II. Elle est séparée en deux registres, céleste et terrestre, chacun possédant sa propre dynamique tout en étant soumis à une organisation semi-circulaire autour d’un axe central formé par la Sainte Trinité et l’hostie. Les dessins, conservés en assez grand nombre, permettent de suivre les étapes de la création artistique, et notamment la disposition des figures du niveau inférieur. Un dessin à la plume conservé à Francfort montre ainsi la partie à gauche de l’autel, parfaitement étagée entre les personnages assis, agenouillés et debout.
C’est pour rompre cette linéarité que Raphaël avait introduit, dans la fresque, un personnage barbu vu de dos qui se dresse sur les marches à gauche de Saint Grégoire le Grand. Pieds nus, vêtu d’une tunique verte et drapé de bleu ciel, l’index droit pointé vers le Liber moralium de Saint Grégoire, il demeure inidentifiable, à la fois un théologien antique et un apôtre descendu parmi les hommes. Raphaël reprit effectivement cette figure pour incarner l’apôtre Paul dans deux des cartons des tapisseries du Vatican réalisés entre 1515 et 1516, Saint Paul prêchant à Athènes et L’Aveuglement d’Elymas (Londres, Victoria & Albert Museum, inv. Royal Loans, 7 et 8).

Le nom de Saint Paul était également autrefois donné à notre dessin qui confirme la fascination qu’exerçait, et qu’exerce toujours, ce personnage monumental qui paraît incarner à lui seul l’inébranlabilité du dogme chrétien. La feuille fut réalisée peu après l’achèvement de la fresque par un artiste ayant certainement pu accéder aux appartements privés du pape pendant les travaux. De fait, il diffère bien trop de la gravure tirée de la Dispute par Giorgio Mantovano Ghisi en 1552 pour l’avoir utilisée. Son format, étonnamment grand, l’interdit également.

Il s’agit d’une étude à la plume, exécutée rapidement, mais avec application, de façon à conserver le subtil jeu de lumière de Raphaël qui modèle les drapés en dégradant les couleurs, tout en en donnant une interprétation très personnelle et originale. Car notre artiste dote ce drapé – qui semble le préoccuper le plus, à l’inverse notamment de la chevelure, simplement contournée – de plis tourbillonnants, absents de l’original et qui ne sont pas sans rappeler ceux qu’affectionnait Daniele de Volterra. Dans une technique proche de la gravure, l’auteur de notre feuille traite les volumes en associant des traits parallèles à la plume, qui épousent les formes et se croisent dans les ombres, et des parties vierges, ce qui confère à la figure une apparence de sculpture antique.

A.Z.

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