Jules DESBOIS (Parçay-les-Pins, 1851 - Paris, 1935)

Nu féminin allongé dans un intérieur

44 x 52 cm
1930. Pastel sur papier marouflé sur carton. Signé en rouge en bas à gauche

Provenance
· France, collection particulière

Fils d’aubergistes remarqué pour la qualité de son dessin, Jules Desbois débuta son apprentissage dans un atelier de sculpture tourangeau, puis reçut à Angers une formation classique conjuguant la pratique en atelier aux cours de l’École des Beaux-arts. Son talent lui obtint une bourse ; à l’âge de 20 ans, Desbois entrait à l’École des Beaux-arts de Paris, où il fréquenta l’atelier de Cavelier, un ancien élève de David d’Angers. A son départ de l’École, en 1878, Desbois maîtrisait un art classique animé par le goût de l’antique et de la figure féminine. En 1875, le sculpteur avait exposé pour la première fois au Salon des artistes français ; il rejoindra par la suite le Salon de la Société Nationale des Beaux-arts, créé en 1890 par Puvis de Chavannes.

Après un séjour aux États-Unis où il espéra vainement faire fortune, Desbois entra en 1884 comme praticien dans l’atelier de Rodin. Il avait connu le maître sur le chantier du Trocadéro. L’amitié et la collaboration entre les deux sculpteurs perdura jusqu’à la mort de Rodin. C’est peut-être au contact de ce dernier que Desbois s’affranchit de son apprentissage académique pour goûter à une liberté qui culmine par exemple dans La Misère (Salon de 1894, Musée des Beaux-arts de Nancy), poignante image de la vieillesse. La représentation du mouvement fut pour l’artiste une quête continuelle, et l’univers de la danse une précieuse source d’inspiration. Si le souvenir de Jules Desbois s’est parfois perdu dans l’ombre de Rodin, son art se révèle toutefois singulier, personnel, ancré dans le XIXe siècle.

Avec une curiosité propre à son époque, Desbois explora différentes formes d’art. Il travailla longtemps pour la Manufacture de Sèvres, et participa au tournant du siècle aux expositions de « l’Art dans Tout », groupe prônant un art utile intégré dans le cadre de vie. Fatigué par les séquelles d’un grave accident de voiture, il arrêta de sculpter en 1930, et termina une carrière féconde en se consacrant au pastel, comme le rappelle sa nécrologie : « En ces dernières années, Jules Desbois [...] exposait au Salon de délicats et frais pastels qui, dans leurs dimensions réduites, venaient exprimer le mystère quiet des intérieurs qu’anime une présence féminine […], la sveltesse rosée des nus dont la jeunesse surgit dans un coin d’atelier. De ces oeuvres menues, il était fier à juste titre […] car il était avec raison persuadé de l’unité de l’art ».

Dans notre pastel, Jules Desbois renoue avec le modèle féminin qui l’a tant inspiré. Audacieuse, la composition présente une femme de dos, le corps nu offert sans pudeur. Le visage est caché dans les bras, évoquant une douleur secrète. On retrouve un même geste d’enfouissement dans l’un des chefs-d’oeuvre sculpté de l’artiste, Léda et le cygne, exposé au Salon de 1891 puis commandé en marbre par l’État.
La jeune femme est étendue sur des étoffes drapées, qui semblent avoir été disposées en vue de la séance de pose ; à l’arrière-plan, derrière un paravent, un secrétaire ouvert et quelques bibelots évoquent en contrepoint l’intimité d’un intérieur. On est ici boulevard Murat, dans l’atelier que l’artiste occupe depuis 1900 et ne quittera plus.

L’âme du sculpteur se révèle dans la monumentalité avec laquelle il traite le corps, au modelé impeccable. Desbois révèle en outre d’insoupçonnées qualités de coloriste. L’atmosphère est dominée par le vieux jaune des étoffes, et le gris coloré d’un pourpre complémentaire. Des tons purs, presque saturés, rehaussent certains détails. Un jaune franc souligne le noueux d’une épaule, l’étirement de la colonne vertébrale ou le charnu du mollet. On le retrouve sur les plis du tissu ou l’arête du cadre. Des blancs crus traduisent une lumière sur l’oreille ou l’épaule, tandis que le bleu outremer anime les cheveux courts et l’angle du secrétaire. L’artiste maîtrise son médium : les superpositions n’écrasent pas les couleurs, les fondus se prêtent au velouté des carnations, la touche sait rester apparente pour relever un relief.

Dans un article consacré à l’artiste et publié en 1931, Paul Moreau-Vauthier reproduit en première page notre pastel, parmi d’autres nus féminins aujourd’hui disparus. Notre oeuvre apporte ainsi un précieux témoignage sur l’activité de pastelliste de Jules Desbois, également représentée à Paris, au Musée du Petit Palais, par un Buste de femme nue, au musée d’Angers par un Coin d’atelier , et au musée d’Orsay par une nature morte de Pommes sur fond de draperie rouge.
M.B.

Bibliographie de l’oeuvre :
Paul MOREAU-VAUTIER, « Jules Desbois, sculpteur et pastelliste », L’art et les artistes, no 121, novembre 1931, p. 42-48, repr. p. 42.

Bibliographie générale
Pierre MAILLOT, Raymond HUARD, Jules Desbois. 1851-1935. Une célébration tragique de la vie, Paris, 2000.
Véronique WIESINGER, Jules Desbois (1851-1935), sculpteur de talent ou imitateur de Rodin ?, Paris, 1987.
Marie-Christine BOUCHER, Daniel IMBERT, Palais des Beaux-Arts de la ville de Paris. Musée du Petit Palais. Catalogue Sommaire Illustré des pastels, Paris, 1963, no 35.

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