Hubert DROUAIS, dit Drouais père (Rouen 1699 - 1767)

"Portrait en buste d’Etienne Letexien de Mennetou (1670-173) à la cape bleue"

52 x 42.5 cm.
Pastel sur papier marouflé sur toile

L’Artiste

Souvent confondu avec son fils, François-Hubert Drouais qui fut un également portraitiste de renom, l’œuvre d’Hubert Drouais est aujourd’hui encore très méconnue, faute de réelle étude de son travail par les historiens de l’art.

Né à Rouen, le jeune artiste partit étudier à Paris auprès du peintre François de Troy qui resta son maître jusqu’à sa mort en 1730. Reçu à l’Académie la même année avec les portraits du peintre Joseph Christophe et du sculpteur Robert le Lorrain, Hubert Drouais trouva rapidement sa clientèle parmi la noblesse et la haute bourgeoisie parisienne. Les portraits de jeunes comédiennes en vue de la comédie française, Mmes Pelissier, Gaussin et Canargo obtinrent un tel succès qu’ils lui assurèrent sa renommée auprès de la bonne société de l’époque. Il collabora avec les plus grands portraitistes de son temps, notamment Jean-Baptiste Van Loo, Jean-Baptiste Oudry ou encore Jean-Marc Nattier.

Drouais affectionnait particulièrement les miniatures, mais il se montra également très habile pour les portraits au pastel, comme nous le montre le livret de salon de l’année 1746 où il exposa pas moins de sept pastels.

Le modèle

Une étiquette au verso nous permet d’identifier le modèle de notre portrait comme celui Etienne Letexier de Mennetou (1670-1735), qui occupa de nombreux postes importants dans l’administration : il fut conseiller secrétaire du Roi en 1729, directeur général des fermes, et receveur général des finances à Orléans. A l’image d’une bourgeoisie française en pleine ascension, le pouvoir financier d’Etienne Letexier nécessita une légitimité sociale donnée par l’aristocratie. Père de trois enfants, il maria sa progéniture à des familles influentes de la noblesse du XVIIIe siècle français : L’on trouve ainsi parmi ses petites filles une marquise du Moustier et Comtesse de Durfort. Le choix d’un artiste en vogue comme Hubert Drouais n’est donc pas anodin. Il sert la reconnaissance sociale de son modèle.

Datation

L’identification du modèle permet de dater notre pastel avant 1735, date de mort d’Etienne Letexier. Le costume et la coiffure à cadenettes viennent confirmer cette datation dans la première moitié du XVIIIe siècle. La fine dentelle de la chemise qui dépasse au poignet et le col de fourrure de l’habit sont les seules, mais discrètes, concessions au luxe dans cette représentation délibérément sobre d’un homme au faîte de son pouvoir. L’unique fantaisie tient dans la cape de velours bleu azur dans laquelle s’enveloppe Etienne Letexier, et peut-être également dans l’expression malicieuse avec laquelle il semble nous fixer.

Related Works

Ce visage rond et bienveillant est d’ailleurs une des caractéristiques des portraits peints par Hubert Drouais. On retrouve cette expression rieuse dans nombre des portraits qui lui sont attribués, comme par exemple le Portrait d’une dame âgée tenant un livre (vendu lors de la dispersion de la vente jacques Doucet en 1912 sous le n°144). Plus récemment, Le Portrait présumé du Marquis d’Angervilliers, vendu à Berlin (Vente Bassenge du 30/11/12, lot n°6104) regarde le spectateur avec la même expression amusée, enveloppé dans une cape de velours mauve.

Nous remercions Monsieur Neil Jeffares de nous avoir suggéré l’attribution de notre pastel.

Provenance :
France, collection particulière

Bibliographie :
- P. RATOUIS DE LIMAY, Le pastel en France au XVIIIe siècle, Baudinière, Paris 1946
- C.FAVRE-JEJEUNE, Les secrétaires du Roi de la grande chancellerie de France, Sedopols, 1986, Tome 2, p. 886-887,
- H. de JOUGLA DE MORENAS, Grand armorial de France
- Gazette des Beaux Arts, "Les trois Drouais" par C. Gabillot, Tome XXXIV, année 1905, p. 177 à 194, 288 à 298 et 384 à 400 ; Tome XXXV, année 1906, p. 155 à 174 et p. 246 à 258
- N. LEMOINE BOUCHARD, Les miniatures, Paris, 2008

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