Émile-René MENARD (Paris, 1862-1930)

Baigneuse sur la plage de Léoube

59,5 x 83 cm
Huile sur toile. Signé en bas à gauche.

Provenance
• France, collection particulière

Émile-René Ménard grandit dans une famille d’artistes qui orientèrent sa destinée. Il hérita de son père, René Ménard (1827-1887), peintre, historien de l’art, rédacteur en chef de la Gazette des Beaux-Arts et professeur à l’École nationale des arts décoratifs, une admiration pour l’école de Barbizon. Son oncle Louis, philosophe parnassien proche de Leconte de Lisle, lui transmit son intérêt pour l’Antiquité. Ménard étudia auprès du décorateur Galand, puis chez Paul Baudry et Adolphe Bouguereau à l’École des Beaux-Arts, et enfin à l’Académie Julian avec Henri Lehmann. Il présenta ses premières œuvres au Salon en 1883, puis rejoignit la Société Nationale des Beaux-Arts où il exposa jusqu’en 1923. D’une citation directe des références bibliques ou antiques, l’art du peintre évolua vers la représentation d’un univers atemporel, où les thèmes pastoraux lyriques évoquent un âge antique idéal.

Ménard appartenait à « la Bande Noire », petit groupe d’artistes sans véritable unité esthétique consacré à l’Exposition Universelle de 1900 et régulièrement accueilli sur les cimaises de la Galerie Georges Petit. À l’opposé de la démarche impressionniste, la Bande Noire qui se revendiquait de Courbet demeurait attachée au classicisme. Ménard y fit figure particulière, indépendante des préoccupations sociales, peignant dans une gamme plus claire et intérieure. Proche du courant symboliste, il exposa à la Sécession de Munich, à la Libre Esthétique de Bruxelles, mais aussi à plusieurs reprises aux États-Unis. Son travail fut également bien accueilli en France, et l’État lui commanda plusieurs décors – à la Sorbonne (1906) ou à la faculté de Droit (1909).

Notre tableau illustre les différentes qualités qui caractérisent la peinture de Ménard. La baigneuse dans un paysage est un thème récurrent dans son œuvre : « Il aima tout de suite ce qu’il devait aimer toujours », écrivait Achille Segard dans le catalogue d’une exposition de l’artiste. Perfectionniste, Ménard s’attela sans cesse aux mêmes motifs, toujours recomposés. Tantôt à l’huile, tantôt au pastel, l’équilibre entre figure et paysage est insatiablement recherché. Dans les peintures les plus proches de notre œuvre, la scène semble la même, mais le paysage et l’harmonie des couleurs varient. Dans d’autres, la baigneuse est vue de dos (Nymphe au crépuscule, collection particulière) ou bien entrant dans l’eau (Baigneuse près des arbres, collection particulière).

C’est l’idée d’un monde idéal qu’évoque notre tableau dans des tons lumineux que la touche fait vibrer. Ménard y retranscrit à la fois l’influence de Poussin et celle de ses nombreux voyages – en Italie, en Grèce ou au Proche-Orient. On y retrouve son goût pour l’esthétique parnassienne, et la monumentalité qui marqua ses grands décors, dans la lignée de Puvis de Chavannes.

L’artiste ne cherche pas à décrire : on est à Léoube ou à l’Estagnol (sur la côte d’Azur, près du Lavandou), comme on pourrait être dans un utopique lieu antique, calme et méditatif. L’attitude de la jeune femme le rappelle, qui s’offre à voir mais détourne la tête, inconsciente du regard extérieur. La plume du critique Gustave Soulier, qui préface en 1894 une exposition de Ménard, semble bien résumer notre œuvre : le peintre dévoile ici une de « ces visions de nature pacifiée, baignée d’aube ou de crépuscule, où l’âme semble se retremper dans la candeur des aurores, et aspirer l’onction qui découle des soirs d’or. »

M.B.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
- Le mystère et l’éclat. Pastels du Musée d’Orsay, catalogue d’exposition, Paris, RMN, 2008.
- Autour des Symbolistes et des Nabis du Musée : les peintres du rêve en Bretagne, catalogue d’exposition, Musée des Beaux-Arts des Brest, 2006.
- J.-D. JUMEAU-LAFOND, Les peintres de l’âme, le Symbolisme idéalisme en France, SDZ Pandora, 1999, p. 100-104.
- C. GUILLOT, « La quête de l’Antiquité dans l’œuvre d’Émile-René Ménard », Bulletin de la Société d’Histoire de l’Art français, 1999, p. 331 sq.
- A. MICHEL, Peintures et pastels de Pierre Ménard, Paris, Armand Colin, 1923.
- V. CHUIMER, « René Ménard ou la mélancolie d’automne et de ruines », Gazette de l’Hôtel Drouot, no 43, novembre 2002.

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