François-Nicolas DUPUIS (Paris, vers 1765 - Chartres, après 1821)

Daphnis et Chloé au bord du Tibre avec, dans le fond, Psyché et Pandore

44 x 58,2 cm
1794-1795. Huile sur panneau de noyer non parqueté, filassé et toilé au revers. Signé en bas à droite f. N. Dupuis. L’an 3me

Exposition
Salon de 1795, Paris, no 183 (« paysage historique orné de Figures »).

Le Livret du Salon de 1799 précisait que François Nicolas Dupuis était né à Paris et qu’il était l’élève de Nicolas-Bernard Lépicié (1735-1784), peintre d’histoire. Mais à voir ses très rares peintures, on l’imaginerait plutôt avoir beaucoup plus appris du paysagiste Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819), académicien depuis 1787. D’ailleurs, c’est sous l’attribution à Valenciennes qu’une des œuvres de Dupuis fut récemment vendue.

Comme ce dernier, Dupuis demeure un héritier de la tradition française du paysage historique portée par Claude Lorrain, Nicolas Poussin, Joseph Vernet ou Hubert Robert. Et comme Valenciennes, il montre une approche différente de la nature, à la fois plus réaliste et plus poétique, ouvrant la voie aux paysagistes romantiques. Et, comme Valenciennes, il impose à ses vues imaginaires une construction rigoureuse tout en profondeur et se délecte des effets d’atmosphère et de la chaude lumière des soirs d’été dans la campagne romaine.

Il n’y a aucune trace documentaire d’un voyage en Italie de François Nicolas Dupuis, et il n’est pas impossible qu’il puisait son inspiration dans les gravures et les peintures des artistes ayant séjourné de l’autre côté des Alpes. Sa carrière semble réellement commencer en 1794, avec sa nomination, le 7 avril (18 germinal an II) comme second commis au département des Estampes de la Bibliothèque Nationale. L’année suivante, devenu « sous-garde des Estampes », il exposa pour la première fois au Salon, en présentant trois œuvres : Paysage historique, orné de Figures (no 183), Une Mère cueillant une Fleur pour amuser son Enfant (no 184) et Scène familière dans un Jardin. Petite Gouache (no 185). Peu après, Dupuis fut nommé professeur du dessin à l’École Centrale du département d’Eure et Loire à Chartres, charge qu’il occupa jusqu’en 1821 au moins d’après la Statistique générale des académies, bibliothèques… écoles de dessin… de Paris et des départemens avec les noms des conservateurs, directeurs, professeurs, secrétaires, etc. parue en 1821 (p. 207).

Dès lors, l’artiste se consacra à l’enseignement du dessin qu’il jugeait primordial et seul capable de créer un lien entre les métiers ou entre le commanditaire et l’exécutant. Il défendit ses idées dans les lettres qu’il adressa au Ministère et dans les articles qu’il publia dans le Journal des sciences, arts et belles-lettres d’Eure-et-Loir. Happé par ses fonctions, Dupuis n’en revint pas moins au Salon, en 1799 avec Psyché à l’instant où elle vient de recevoir de ses sœurs le poignard et la lampe (no 101), puis en 1802 avec Une vue des environs de Chartres (no 96) qui témoigne de son intérêt pour la peinture d’après nature.

L’éloignement du paysagiste explique sans doute la rareté de ses œuvres. Il n’y a guère, dans les collections publiques, que deux Paysages animés de figures vêtus à la mode du Consulat, l’un signé Dupuis (Rhode Island School of Design, inv. 80.260) et l’autre Francis Dupuis (Tours, musée des Beaux Arts, inv. 947-45-1). Mais c’est le tableau du Salon de 1799, redécouvert il y a deux ans et conservé aujourd’hui dans une collection particulière, ainsi que notre panneau qui permettent pleinement d’appréhender l’art de François Nicolas Dupuis.

Seule peinture datée de l’artiste, consciencieusement signée, notre paysage correspond sans doute au premier envoi du Salon de 1795. Le soin apporté à son exécution, le choix et la qualité du support, la minutie et la profusion de détails, l’ambition de la composition largement ouverte sur le lointain et sans verticales autres que quelques troncs d’arbres sur la rive, le jeu subtil des plans, des reflets et des ombres, l’inclusion délicate des thèmes mythologiques en font une œuvre destinée à faire connaître l’artiste auprès du public parisien exigeant et féru de nouveautés. On découvre ainsi un artiste sensible, à la facture quasi émaillée et précieuse, mais sans aucune sécheresse. Ses personnages sont pleins de vie, confirmant sa formation de peintre d’histoire. Mais surtout l’ensemble est d’une grande poésie (on sait que le peintre en avait composé) utilisant les éclats de lumière dorée comme autant de rimes pour chanter la quiétude d’une nature idéale et d’un temps où les mythes étaient réalité.

Bibliographie
Collection des livrets des anciennes expositions…, Paris, 1871, salon de 1795.
Jean-François HEIM, Philippe HEIM et Claire BERAUD, Les Salons de Peinture de la Révolution française. 1789-1799, Paris, 1989, p. 201.

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