Jean-Baptiste CHARPENTIER dit le Vieux (Paris, 1728 - 1806)

Marchands ambulants devant une taverne

38 x 46 cm
Circa 1790. Huile sur toile. Traces de signature en bas à gauche (...ntier)

Provenance
• France, collection particulière

Jean-Baptiste Charpentier fut vraisemblablement apparenté à Jean Charpentier, peintre doreur parisien et entrepreneur des Bâtiments du Roi, directeur de l’Académie de Saint-Luc, mort en 1777 sans héritier direct. Jean-Baptiste fut lui-même reçu à l’Académie de Saint-Luc en 1760, en devint rapidement professeur, puis conseiller. En 1762, 1764 et en 1774, il participa aux exposition organisées par cette rivale de l’Académie royale en présentant des portraits et des tableaux de genre de format moyen, telle la Marchande de Marrons « sur toile de 15 », Une Bouquetière (toutes deux gravées) ou Un Marchand de Melons.
Du souvenir des descendants de Charpentier, il aurait souhaité entrer à l’Académie royale, mais en tant que portraitiste, catégorie plus prestigieuse que celle de peintre du genre. L’abondance de candidats excellents et le peu de soutien des académiciens l’auraient découragés à concourir. Il semble plus probable que la raison en fut l’entrée de Charpentier au service de Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, position plus avantageuse. Le prince le chargea de la représentation de lui-même et de sa famille qu’il souhaitait aussi régulière et fréquente que possible. Il en subsiste le grand portrait du duc en pied conservé au musée des Beaux-Arts de Rennes (inv. 794.5.31) et surtout deux toiles de grand raffinement qui relèvent de la conversaition piece à la française : le portrait du prince et de fille Louise-Adélaïde dans un jardin (Versailles, inv. MV 7850) et la célèbre Tasse de Chocolat (La Famille du duc de Penthièvre) datée de 1768 (Versailles, inv. MV 7716).
Fort de sa qualité de peintre ordinaire du duc de Penthièvre, Charpentier mena une carrière paisible. Il épousa Anne-Catherine Le Prince, sœur du peintre du roi Jean-Baptiste Le Prince, et fut un ami intime de Greuze, un autre artiste qui se passait des Salons de l’Académie royale. À la suppression de l’Académie de Saint-Luc en 1777, Charpentier continua d’exposer au Salon de la Correspondance, créé l’année suivante à l’initiative de Pahin de La Blancherie et suffisamment important pour que Fragonard y envoie une toile. Charpentier fut de toutes les éditions, entre 1780 et 1785. L’abolition des privilèges des académiciens à la Révolution, lui ouvrit grand les portes du Salon du Louvre où il exposa dès 1791 et jusqu’en 1799. L’artiste y envoya son autoportrait en 1791, 1796 et 1799.

Avec les portraits de la famille du duc de Penthièvre, les petits tableaux de genre constituent la part la plus délicieuse de l’œuvre de Charpentier. Le peintre se fit le chantre de scènes vivantes peuplées de petits marchands et d’enfants joueurs. Ses tableaux aux titres sans prétention – Jeune femme donnant à manger à son enfant, Une cuisinière tenant un canard qu’elle va accommoder – sont toujours construits comme des petites représentations théâtrales. Ainsi, dans la Marchande de saucisses (collection particulière), tandis que la vendeuse vante sa marchandise à une jeune femme qui tient fermement le bras de son petit garçon, un chien chipe une saucisse et reçoit un coup de pied de la part de l’enfant.

Cette dernière toile est signée en bas à gauche, et on distingue, dans notre tableau, une signature identique quoiqu’en partie effacée. D’un cadrage plus large que la Marchande de saucisses, la scène représente un estaminet grand ouvert et reconnaissable à son enseigne et aux deux pichets accrochés aux poutres qui soutiennent la marquise en toile. Au comptoir, deux marchandes ambulantes reconnaissables à leur panier et hotte qui boivent. Devant l’entrée, un homme est soutenu par son épouse : la tenancière le surveille, amusée, par la fenêtre. À droite de la toile, un jeune homme aide le vendeur de tableaux à fixer des toiles encadrées sur son crochet de portefaix. Enfin, au centre, une marchande de légumes âgée et en sabots interpelle une jeune et élégante fleuriste qui porte des chaussures aux talons rouges, cadeau de son ancienne maîtresse ou souvenir de l’Ancien Régime. Notre tableau est en effet très vraisemblablement postérieur à la Révolution, sans que l’on puisse affirmer avec certitude qu’il s’agit de la Scène du marché présentée par Charpentier au Salon de 1799 (no 40).

Le tout est rendu d’un pinceau alerte, intéressé aussi bien par les petits-bois des fenêtres du cabaret que le panier de légumes renversé au premier plan. L’harmonie des ocres et des gris bleutés est ponctuée de couleurs pures des fleurs, légumes, jupes et corsages des femmes. Tels des éclats de soleil, les touches claires parcourent les figures et les objets et se démultiplient grâce à la préparation granuleuse qui capte la lumière réelle.
A.Z.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Émile BELLIER DE LA CHAVIGNERIE, Les Artistes français du XVIIIe siècle oubliés ou dédaignés, Paris, 1865, p. 42-43.
Félix LORIN, « Portraits du comte, de la comtesse de Toulouse et du duc de Penthièvre à Rambouillet », Réunion des sociétés des Beaux-Arts des départements à la Sorbonne, 1907, p. 311-324.

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