Jan STYKA (Lviv, 1858 - Rome, 1925)

Ulysse échappe à Charybde (série sur l’Odyssée d’Homère)

76,5 x 57,5 cm
Huile sur carton. Signé en bas à gauche.

Provenance
France, collection particulière.

Peintre polonais né à Lviv dans l’actuelle Ukraine, Jan Styka étudia à partir de 1877 à l’Académie des Beaux-arts de Vienne, alors renommée pour la qualité de son enseignement. Il y obtint une Médaille d’or avec un tableau représentant Ulysse chassant un sanglier. La formation de Styka s’acheva par une année à Rome ; il restera attaché à cette ville qui fut sa dernière demeure, et réalisa notamment pour le Vatican quarante-cinq tableaux de la Vie du Christ. Peintre, mais aussi poète et écrivain talentueux, Jan Styka fut un ami personnel de Tolstoï, avec lequel il entretint une correspondance suivie. Très lié à la France, Styka exposa au Salon des Artistes Français à partir de 1886. Peut-être est-ce le souvenir de son tableau médaillé à l’Académie de Vienne qui lui valut d’obtenir la commande de l’illustration de l’Odyssée d’Homère, publiée en 500 exemplaires entre 1922 et 1927 par la Société Générale d’Imprimerie et d’Édition à Paris. Artiste consciencieux, Styka voyagea fidèlement sur les pas d’Ulysse avant d’entamer cette série de quatre-vingt-deux tableaux, dont notre œuvre est issue.
C’est au terme du douzième chant de l’Odyssée qu’Ulysse, après avoir fait naufrage, manqua d’être englouti par Charybde. Fille de Poséidon et Gaïa, Charybde gardait avec Scylla un détroit qui fut plus tard identifié comme celui de Messine. Trois fois par jour, elle avalait et recrachait la mer et tout ce qui s’y trouvait, poétique personnification des tourbillons tant redoutés des marins de la Grèce antique. Ulysse, alors que le radeau sur lequel il naviguait fut englouti par Charybde, s’accrocha au figuier qui dominait l’entrée du gouffre, et put ainsi regagner ce qu’il restait de son embarcation quand celle-ci lui fut restituée.

« Du trou Charybdien ressortent mes épaves.
Ouvrant bras et genoux, un preste effort de reins
Me porte au flot hurlant, près des poutres concaves,
Et, sur elles rassis, je rame avec les mains.
Le Père universel ne permet pas que Scylle
M’aperçoive ; sans quoi j’aurais été détruit. »
(Homère Mélésigène, L’Odyssée, chant XII, traduction Ulysse de Séguier, Didot, 1896)

C’est la toute fin de l’épisode qu’a représentée Jan Styka. En bas du tableau, Ulysse fourbu s’accroche aux vestiges de son radeau. Derrière lui, les flots tumultueux rappellent l’âpreté de son combat contre les éléments. On aperçoit en arrière-plan l’entrée de la grotte, au-dessus de laquelle se dresse la branche décharnée du figuier salvateur. Le choix des couleurs accentue l’emphase dramatique de la scène. Au blanc de l’écume des vagues, et aux bruns de l’antre de Charybde, répond le rouge de la tunique d’Ulysse qui drape son corps musculeux dans un mouvement enveloppant. Peut-être fut-il ainsi dissimulé de Scylla, ce qui lui permit d’arriver sain et sauf, à l’aube du chant XIII, dans l’Ile de la nymphe Calypso qui l’y retiendra sept ans.

Bibliographie :
Aleksander MALACZYŃSKI, Jan Styka (szkic biograficzny), Lwów, 1930.
Homère, Odyssée d’Homère / par Jan Styka, Paris, Société générale d’impression et d’édition, 1922- 1927 (réédition La Belle feuille, 2011).

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