Aimé-Jules DALOU (Paris, 1838-1902)

Désespérée

H. 19,6 cm
Circa 1910. Bronze à patine brune. Fonte à cire perdue. Signé sur la terrasse DALOU. Annoté sur la terrasse cire perdue Susse Frs. Eds. Paris et cachet de fondeur

Provenance :
• France, collection particulière

Œuvre en rapport :
Plâtre patiné. Paris, Petit Palais, inv. PPS00179 (achat à Georgette Dalou en 1905).
Édition bronze : contrat Susse-héritiers Dalou repris de Houdebine, 27 janvier 1910, no 26 (comme « Désespoir »).

Fils d’un ouvrier gantier, Aimé Jules Dalou fut remarqué très jeune par Jean-Baptiste Carpeaux, qui l’engagea en 1852 à intégrer la Petite École, et suivit attentivement sa formation. Deux ans plus tard, Dalou rejoignit l’atelier de Duret à l’École des Beaux-Arts, mais continua sa vie durant de considérer Carpeaux comme son maître. Le jeune sculpteur souffrit de l’enseignement académique des Beaux-Arts qu’il délaissa rapidement. Il devait, quelques trente années plus tard, refuser le poste de professeur qu’on lui y proposait.

Les débuts de cet homme sensible, doutant de lui, furent laborieux. Après quatre échecs au prix de Rome (1861 à 1865), il s’adonna pour vivre à la sculpture décorative, réalisant des modèles pour un fabricant de bronze commercial, puis travaillant pour les orfèvres Favière et le décorateur Lefèvre. Il réalisa d’importants travaux décoratifs pour l’Hôtel de la marquise de Païva puis l’Hôtel Menier. Jules Dalou connut un premier succès au Salon de 1870 avec une Brodeuse. L’État lui en commanda une version en marbre, mais la Commune ne lui permit pas de venir à bout de l’entreprise, entraînant l’artiste, sa femme et sa fille pour dix années d’exil en Angleterre où il fut chaleureusement accueilli. A son retour définitif à Paris, en 1880, le succès de Dalou alla croissant, assorti de médailles au Salon et de très nombreuses commandes privées et publiques.

A côté de l’image de la jeune mère, très appréciée de ses commanditaires anglais, la femme nue est l’un des sujets de prédilection de Dalou. Il le développa au travers de nombreuses petites études en ronde-bosse, au modelé vigoureux, qu’il n’exposa ni n’édita de son vivant. Semblant les avoir menées pour son seul plaisir, Dalou les conserva dans son atelier, puisant parfois dans ce charmant répertoire de formes pour l’élaboration de ses monuments.

Aujourd’hui conservé au Petit Palais, dans les collections provenant du fond d’atelier de l’artiste, le plâtre original de la Désespérée compte parmi ces esquisses non datées. Il peut être rapproché d’un ensemble d’études sur les thèmes ovidiens exécutés dans les dernières années de la vie de l’artiste, d’une facture rapide et vigoureuse loin du lissé de ses débuts. Le catalogue de sculpture française de la Ny Carlsberg Glyptotek (1999) dans les collections de laquelle le bronze porte le titre Réveil, suggère l’identification de la figure avec Ariane de Naxos, représentée par Dalou dans le groupe d’Ariane et Bacchus.

Connue également sous le nom de L’implorante, ou Nu s’étirant, notre Désespérée est une jeune femme nue, assise sur un rocher. Le buste en torsion, elle rejette la tête en arrière, repliant ses bras sur son front dans un mouvement de vive douleur. Une telle tension dramatique est rare chez Dalou, dont les femmes ont plus fréquemment des postures repliées, occupées à leur ouvrage ou caressant leur enfant.
Jules Dalou réemploya cette étude, ainsi que celle des Lutteurs, dans l’un de ses derniers projets, le Monument à la courtisane, auquel il travailla de 1895 à sa mort, sans jamais l’achever. Le buste nu, les bras repliés en arrière, apparaît de face sur le socle supportant la courtisane, figure de tourment contrastant avec la paisible silhouette de la courtisane endormie.

Dalou ne fit éditer qu’un nombre infime d’œuvres de son vivant, mais envisagea plus sérieusement l’édition à la fin de sa vie, afin d’assurer la subsistance de sa fille. La désespérée fut ainsi éditée en bronze uniquement par la maison Susse, qui en commença la production en 1910.

M.B.

Bibliographie de l’œuvre
Henriette CAILLAUX, Aimé Jules Dalou (1838-1902), préface de P. Vitry, Paris, 1935, p. 155, cat. 224 (plâtre patiné).
John M. HUNISAK, The Sculptor Jules Dalou : Studies in his style and Imagery, New-York, Londres, 1977, cat. 71 (plâtre patiné).
Pierre CADET, « L’édition des œuvres de Dalou par la Maison Susse », Gazette des Beaux-Arts, t. CXXVI, 1994, p. 97-110, an. 3, no 26.
Anne-Brigitte FONSMARK, Emmanuelle HERAN et Sidsel Maria SONDERGAARD, Catalogue French Sculpture 2, Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek, 1999, p. 112-113, cat. 41 (comme Réveil, bronze).
Amélie SIMIER et Marine KISIEL, Jules Dalou, le sculpteur de la République. Catalogue des sculptures de Jules Dalou conservées au Petit Palais, Paris, Musées, 2013, p. 408, cat. 331 (plâtre patiné), p. 446, an. 5, no 331.

Bibliographie générale
Maurice DREYFOUS, Dalou, sa vie et son œuvre, Paris, Laurens, 1903.
Stanislas LAMI, Dictionnaire des sculpteurs de l’école française au XIXe siècle, Paris, 1914, t. II.
Pierre KJELLBERG, Les Bronzes du XIXe siècle. Dictionnaire des sculpteurs, Paris, 1989.

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