L’attribution proposée en 1957 par Anthony Clark, rattachant notre dessin au corpus de l’œuvre graphique de Giacomo del Po, apparaît pleinement convaincante.
Né à Rome en 1652, Giacomo del Po reçoit très tôt sa formation artistique auprès de son père, le peintre baroque Pietro del Po. Son talent s’affirme rapidement et, en 1674, à seulement vingt-deux ans, il est admis à l’Académie de Saint-Luc, où il occupera par la suite les postes de professeur d’anatomie et de maître de cérémonie.
Lorsque sa famille quitte Rome pour s’établir à Naples, il participe à la décoration de villas privées appartenant à la noblesse locale. Il y développe pleinement sa sensibilité artistique et manifeste un intérêt particulier pour la peinture allégorique, domaine dans lequel son imagination créatrice s’exprime avec une grande liberté. Au cours des années suivantes, ses fresques murales et ses décors de plafonds associent harmonies chromatiques naturelles et effets de faux stucs, constituant ainsi une contribution majeure à l’évolution de la peinture napolitaine du XVIIIᵉ siècle. Dans cette perspective, il réalise de nombreuses études graphiques préparatoires, dont notre œuvre constitue un remarquable témoignage.
Dès la première décennie du XVIIIᵉ siècle, Giacomo s’impose, aux côtés de Francesco Solimena et de Paolo de Matteis, comme l’un des trois peintres majeurs de la scène napolitaine.
Le thème d’Aurore et d’Apollon levant le jour, très présent sur les plafonds peints du XVIIe siècle, puise sa force dans la mythologie classique et incarne la grandeur, exaltant le pouvoir de celui qui le commande. En France, Louis XIV, en se comparant à Apollon, se présente comme un souverain capable de faire naître le jour. En Europe, ces compositions allégoriques et aériennes transforment les plafonds en véritables cieux animés, conjuguant héritage antique et célébration majestueuse du pouvoir royal.
Le sujet de notre feuille rejoint le répertoire familier de l’artiste : dans ses vastes cycles décoratifs napolitains, il explore à plusieurs reprises des figures mythologiques liées au Temps, à la Lumière et au Renouveau, parmi lesquelles la déesse Aurore, traditionnellement représentée avançant dans le ciel sur son char, précédant le Soleil. Ces compositions s’inscrivent dans la tradition baroque héritée, notamment de Luca Giordano dont il admire la puissance inventive, où les divinités célestes traversent des espaces ouverts peuplés de nuées, de putti et de jeux de lumière (ill. 1).
Certaines œuvres graphiques de Giacomo del Po se distinguent par leur richesse et la profusion de détails qu’elles révèlent. La forme en lunette de notre dessin suggère qu’il a été conçu pour un plafond ou l’extrémité d’une voûte, laissant volontairement le centre de la composition vide afin d’y accueillir ultérieurement une sculpture en haut-relief intégrée au mur.
La technique d’encre brune rehaussée de gouache blanche se retrouve dans plusieurs des études les plus abouties de l’artiste. Dans la collection Molinari Pradelli 1, dont est issu notre dessin, était conservée une Allégorie de la nuit (ill. 2) présentant l’exacte même technique, vraisemblablement réalisée à la même période. Une seconde, pensée pour le même décor, illustre une Allégorie du crépuscule (ill. 3). Ces œuvres témoignent de la maîtrise de Del Po dans l’art de concevoir des compositions pour voûtes et plafonds, où chaque détail participe à l’effet décoratif et théâtral. Au vu de la forme et de la composition de ces deux feuilles, ces allégories semblent avoir été conçues comme études pour des écoinçons, tandis que notre dessin pourrait constituer l’élément central de ce projet décoratif.
Après une carrière de plus de cinquante ans, Giacomo del Po s’impose comme l’un des fleurons du baroque tardif napolitain. Ses grandes compositions narratives déploient une splendeur théâtrale, annonçant déjà l’art rococo à travers des figures allégoriques idéalisées, des drapés somptueux et des mouvements élégamment orchestrés. Chaque plafond se lit comme un ciel en mouvement, où la lumière et le geste dialoguent avec l’architecture, témoignant d’un art mêlant virtuosité technique et majesté.
M.O
1. Collection constituée par le chef d’orchestre italien Francesco Molinari‑Pradelli (1911–1996), connue pour la qualité et la cohérence de ses œuvres, en particulier des peintures italiennes des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
