Se détachant sur un fond lumineux, devant un décor architectural où l’on distingue à droite un muret et à gauche un imposant pilier, la vierge, représentée à mi-corps, entoure de ses bras le Christ enfant nu, debout sur un meuble. Dans la partie inférieure gauche, en retrait, le jeune saint Jean Baptiste dont seuls la tête et le buste émergent, présente au Christ de la main droite, une croix bourdonnée enlacée du phylactère et de la main gauche, une grenade.
Ce panneau inédit, aimable conversation familiale entre la Vierge à l’enfant et saint Jean Baptiste trouve son origine dans le récit apocryphe des Meditationes de vita Christi du Pseudo Bonaventure vers 1300, qui rapportent que pendant le retour de la Fuite en Egypte, la Sainte Famille s’arrêta pour se reposer chez sainte Elisabeth, et le jeune saint Jean Baptiste, tout en jouant avec le Christ, lui témoigna déjà de la déférence, reconnaissant sa nature exceptionnelle, marquée ici du nimbe crucifère rayonnant, différent des autres auréoles.
Plus qu’une simple scène de tendresse enfantine, l’artiste offre ici une image de méditation prémonitoire de la Passion, sans doute destinée à une confrérie. La croix porteuse de son inscription et la grenade offerte au Christ, symbole du sang versé lors de la Passion, annoncent en effet le sacrifice à venir. La vierge dans une attitude de douce acceptation apaise toutefois la gravité des expressions des enfants.
Les artistes de la Renaissance italienne, particulièrement à Florence, ont abondamment illustré ce thème aux XVe et XVIe siècles. L’auteur de notre panneau puise clairement son inspiration dans les modèles de Raphael, retrouvant dans les attitudes des enfants et dans le regard baissé de la Vierge, celles, entre autres, de la Madone du Belvédère de 1506 conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne (ill.1). Toutefois, l’élongation des personnages, la double torsion de la Vierge au port particulièrement élégant, la préciosité de sa coiffure et l’utilisation d’un coloris légèrement « cangiante » des vêtements, renvoient davantage à l’évocation du style maniériste illustré à Florence à la suite d’Andrea del Sarto (1510-1549) de Pontormo (1510-1599) et de nombreux autres artistes plus tardifs à l’imagination fertile (Puligo, Sogliani, Foschi).
Il demeure difficile d’attribuer précisément cette œuvre dont l’auteur, encore anonyme, demeure attaché au classicisme par la composition et la fermeté du dessin, tout en soumettant les formes aux préceptes du nouveau style de la « maniera » vers le milieu du XVIe siècle.
