Portrait d’Anne-Louise-Madeleine-Élisabeth de Montmorency, duchesse de Rohan

François GÉRARD

Portrait d’Anne-Louise-Madeleine-Élisabeth de Montmorency, duchesse de Rohan

Huile sur toile
65,3 x 54,3 cm

Provenance :

Belgique, collection particulière

Bibliographie :

H. Gérard, Lettres adressées au Baron Gérard Peintre d’Histoire par les personnages célèbres de son temps, Paris, 1886, vol. II, p. 413.

Expositions :

Londres, Matthiesen Gallery, “A Selection of French Paintings 1700-1840”, 1989, n°39, reproduit pl. 36.

Élève d’Augustin Pajou puis de Nicolas-Guy Brenet avant d’intégrer l’atelier de Jacques-Louis David, Gérard hérite de la rigueur formelle du néoclassicisme tout en développant progressivement un langage plus souple et plus sensible, particulièrement visible dans ses portraits d’aristocrates. Celui qui fût surnommé sous l’Empire le « peintre des rois et le roi des peintres » devient rapidement l’un des portraitistes les plus recherchés de son temps, représentant des souverains, des aristocrates et de grandes figures européennes, de Napoléon Ier à Madame Récamier en passant par Alexandre Ier de Russie ou encore Louis XVIII. Soucieux de rendre compte de l’individualité de ses modèles, Gérard contribue à faire évoluer l’art du portrait au tournant du siècle en regard des goûts de l’aristocratie.

Notre œuvre représente Anne-Louise-Madeleine-Élisabeth de Montmorency (1771-1828), issue de l’une des plus prestigieuses familles de l’aristocratie française. En 1785, elle épouse Alexandre de Rohan-Chabot (1761-1816), futur huitième duc de Rohan, qui émigre dès 1790 pour rejoindre l’armée des Princes avant de regagner la France sous la Restauration. Cette commande s’inscrit dans les liens étroits entretenus par Gérard avec la famille de Rohan puisqu’il avait déjà peint, en 1812, le portrait de la princesse de Léon, belle-fille du modèle, puis réalisera en 1825 celui de Fernand, prince de Léon, second fils d’Alexandre. Une autre version de ce portrait est conservée dans une collection privée (ill.1), tandis qu’une copie au pastel se trouve à Ickworth Castle en Grande-Bretagne (ill.2).

Ici, la duchesse apparaît à mi-corps dans une pose d’une étonnante sobriété, notamment due à la faible présence d’accessoires. Gérard abandonne les mises en scène fastueuses du portrait d’apparat au profit d’une image plus incarnée. Le turban oriental rehaussé de reflets dorés, la robe de velours rouge aux manches bouffantes ainsi que les délicates perles qui ornent le cou et les oreilles de la femme introduisent néanmoins une discrète préciosité, à l’image du goût raffiné de la société de la Restauration.

L’artiste s’illustre ici par sa virtuosité, notamment dans le traitement qu’il réserve aux matières, que ce soit au niveau du rendu satiné du châle en cachemire ou à l’exceptionnelle délicatesse des chairs. De même, le visage de la jeune femme se détache avec une certaine subtilité du fond, esquissé par frottis comme pour retenir l’attention du spectateur sur le visage du modèle. Le peintre cherche en réalité moins à affirmer le statut social du modèle qu’à saisir une forme d’élégance, une grâce du sujet, à travers un léger sourire, une douceur dans le regard et un mouvement souple du port de tête.