Maurice CHABAS (Nantes, 1862 - Versailles, 1947)

Descente de croix

79,5 x 63 cm
1941 Technique mixte, fusain, aquarelle, encre de chine, pastel et gouache sur papier marouflé sur contreplaqué

Signé et daté en bas à gauche Maurice Chabas 1941
Titré au revers à l’encre N° 48 Descente de Croix
Au revers, tampon de vente d’atelier (Atelier Maurice Chabas vente Versailles maître Blache 1er octobre 1972 n° 71) et plusieurs papiers : deux coupures de presse sur l’art religieux de Maurice Chabas, un texte dactylographié (QUE LE SANG DU CHRIST FASSE PERIR L’ENRACINEMENT DES PASSIONS MATERIELLES ET DEVORANTES) et un autographe de l’artiste :
l’Harmonie divine ! oh oui, Très Sainte Vierge, vous êtes bénie entre toutes les femmes. Vous êtes l’être de Choix de Toujours puisque Dieu l’Eternel Présent vous a désignée pour ce rôle, sublime et unique, mettre au monde le Sauveur [rajouté au crayon rouge : autographe de Maurice Chabas].

Provenance
• Vente atelier Maurice Chabas, Versailles, Blache, 1er octobre 1972, lot 71.
• France, collection particulière

L’Artiste visionnaire et humaniste
Originaire d’une famille nantaise, Maurice Chabas fut encouragé dans sa vocation artistique par son père, peintre amateur, à l’instar de son jeune frère Paul. Maurice et Paul étudièrent tous deux à l’Académie Julian, sous la direction de Bouguereau, Albert Maignan et Tony-Robert Fleury. Bien différente de celle de son frère cadet, l’œuvre de Maurice Chabas témoigne d’une inlassable quête spirituelle, à travers une exploration technique et stylistique variée. Dans un premier temps académique, Chabas fut rapidement attiré par le courant symboliste, et subit l’influence de Puvis de Chavannes, et celle des peintres de Pont-Aven. Le peintre conçoit l’artiste comme un visionnaire, témoin de réalités invisibles qu’il a pour mission de communiquer. Il affirmait être un « animiste, ce qui veut dire un chercheur de l’âme, de l’individualité des êtres, de la pensée intime qu’ils caressent, de leurs élans ».

Présent dès 1885 au Salon des Artistes Français, Maurice Chabas devint dans les années 1890 un fervent soutien de la Rose+Croix et participa à chacun des salons du mouvement. Il exposa également régulièrement à Nantes, et plus tard au Salon d’automne, au Salon des Idéalistes, ou encore au Carnegie Institute de Pittsburgh. L’artiste ne se cantonna pas à la peinture de chevalet, et répondit à de nombreuses commandes publiques de décors, comme ceux de la mairie de Vincennes ou de la Grande salle du Train bleu, gare de Lyon. Maurice Chabas mena également une vie sociale active, humaniste engagé dans diverses sociétés d’artistes et de philanthropie. On croisait dans son salon-atelier de Neuilly les écrivains catholiques Léon Bloy et Maeterlinck, l’astronome passionné de spiritisme Camille Flammarion, ou encore Péladan, occultiste et fondateur de la Rose+Croix.

Un temps disciple du divisionnisme, Chabas tendit dans les années 1910 à une simplification stylistique qui confina à l’abstraction au cours de la décennie suivante. L’artiste affirmait alors la pertinence de l’art abstrait pour communiquer les mystères de la religion. La fin de sa vie – l’époque de notre œuvre – fut marquée par son isolement volontaire, en une sorte de retraite mystique entamée à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Il se concentra alors sur les sujets religieux, qu’il traitait en une luminosité vaporeuse au style caractéristique.

Notre Dessin
L’artiste a titré son œuvre Descente de croix, et représente le moment que l’iconographie retint comme la Pietà  : le corps du Christ, à peine enlevé de la croix, est recueilli par sa mère. La Vierge, que Chabas honore au verso du tableau dans un autographe inspiré, occupe le cœur du dessin. Le Christ repose sur ses genoux. Sa tête inclinée en arrière est figurée en raccourci, la barbe est suggérée au premier plan, la couronne d’épines noir de jais s’inscrit en contraste sur une auréole aux rayons blanc laiteux.
Jaillissant du corps étendu, un arbre incandescent enserre de ses rameaux le visage sommaire de la Mater Dolorosa, écho de l’Arbre de vie qu’est la Croix, autant que du sang qui jaillit du côté du crucifié, représenté ici sans fards en taches vermillon. Le reste du tableau est travaillé en une juxtaposition de fusain, de pastel, d’aquarelle et d’encre, rehaussé d’une gouache dont les glacis créent d’étonnants effets de transparence et de profondeur. L’artiste dessine une œuvre dynamique, tissée de volutes et de lignes tourbillonnantes emblématiques de cette dernière période. On retrouve ce même emploi de l’arabesque dans un dessin de Chabas représentant le visage du Christ de profil, Le Maître.
M.B.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Myriam DE PALMA, Maurice Chabas (1862 – 1947), peintre et messager spirituel, cat. exp., Musée de Pont-Aven, Musée de Bourgoin-Jallieu, Somogy, 2009.

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