Nicolas HUET (Paris1770 - 1830)

Étude de Spitz nain, ou loulou de Poméranie blanc

21 x 30 cm
Aquarelle et rehauts de gouache blanche sur velun. Signé et daté 1820 en bas à gauche.

Provenance
· France, collection particulière.

« On pourrait dire de lui ce qu’on disait du bon La Fontaine, qu’il savait faire parler les bêtes, tant il y avait dans sa touche et dans son coloris d’expression et de vérité. Hüet père avait un beau talent ; Hüet fils ne lui a point été inférieur »
Dubois de Montignon, élève de Nicolas Huet, 27 septembre 18301

Le spitz, de l’allemand « pointu », terme employé semble-t-il par le comte Eberhard zu Sayn au XVIe siècle en référence au museau effilé du chien, est une race ancienne de chien de compagnie. Mais c’est vers le milieu du XVIIIe siècle qu’apparaît le plus petit des spitz dit de Poméranie, du nom d’une région côtière au sud de la mer Baltique, entre Allemagne et Pologne. Très apprécié pour son caractère joueur, son attachement au maître et son fort instinct de protection malgré sa taille miniature, le loulou de Poméranie ou le poméranien comme on l’appelle alors, se généralise en effet d’abord en Allemagne. Il gagne ensuite la France et le Royaume- Uni où il finit par détrôner le King Charles. En 1758, Jean-Marc Nattier plaça un poméranien blanc aux pieds d’Adélaïde de France (Versailles). Les spitz apparaissent plus tard dans les portraits officiels de Charlotte de Prusse, duchesse d’York, par John Hoppner (1792, collection particulière) et de sa belle-mère, la reine Charlotte d’Angleterre, par Peter-Edward Stroehling (1807, Royal Collection). Thomas Gainsborough peignit plusieurs
portraits des poméraniens de la reine ou de ses amis (1777, Les Poméraniens Bitch et Puppy, Tate). C’est donc très naturellement que les petits canins espiègles apparaissent dans l’oeuvre des peintres animaliers les plus célèbres comme George Stubbs (1724-1806) et Nicolas II Huet.

Issu d’une illustre dynastie de peintres d’animaux et de fleurs, Nicolas II naquit au Louvre où son père, Jean-Baptiste Huet (Hüet), avait un atelier. Reçu à l’Académie comme animalier, Jean-Baptiste excellait dans les scènes pastorales dans un style proche de François Boucher peuplées d’animaux de ferme. Bien que formé par son père, Nicolas se tourna vers une manière raffinée et scientifique qui tenait davantage de Pierre-Joseph Redouté et de Nicolas Maréchal. Comme eux, il travaillait exclusivement à l’aquarelle et à la gouache et souvent sur du vélin. Il fit ses débuts au Salon de Jeunesse en 1788 en présentant des natures mortes. Ayant définitivement choisi la peinture animalière, il fut remarqué par Joséphine qui l’employa à peindre les animaux de sa ménagerie.

En 1804, à la mort de Pierre Oudinot, Huet fut nommé peintre à la Bibliothèque du Museum d’Histoire Naturelle pour laquelle il exécuta 246 dessins sur vélin publiés en 1808 sous le titre Collection de mammifères du Muséum d’histoire naturelle. Il remplaça ensuite Gérard van Spaendonck comme Premier professeur d’iconographie
des animaux pour le Muséum. Huet illustra également de nombreux travaux naturalistes dont la Description de l’Égypte de Dominique-Vivant Denon, ainsi que les ouvrages d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et de Georges Cuvier.

À partir de 1802 et jusqu’à la veille de sa mort, Huet exposa ses dessins animaliers au Salon. Il s’agissait d’abord des vélins réalisés pour le Muséum, puis des images d’animaux moins exotiques destinées aux amateurs, y compris les chiens de compagnie : « Plusieurs chiens » en 1819 (no 618) et « Chien, dessin appartenant à M. le vicomte d’Armenouville » en 1827 (no 1487). Au fil des ans, l’artiste avait en effet constitué une importante clientèle privée. Le roi Frédéric Auguste II de Saxe et André Masséna, prince d’Essling et duc de Rivoli, comptaient ainsi parmi ses admirateurs.

Réalisé sur un vélin particulièrement fin, notre dessin devait sans doute rejoindre quelque collection importante. De fait, ce petit animal soigneusement toiletté avec sa coupe « lion » n’est pas une simple illustration générique d’un spitz de Poméranie, mais le portrait d’un chien bien précis, très vraisemblablement celui du commanditaire du dessin. L’artiste le montre très à son avantage, ayant opté pour une posture d’invitation au jeu et un environnement dépouillé presque neutre. Le support extraordinairement lisse révèle la virtuosité de l’artiste qui travaille par petites touches délicatement fondues et vibrantes avec la précision d’un miniaturiste. Notre
oeuvre ne fait pas mentir Cyrille Gabillot lorsqu’il écrit que Huet « avait quelque chose de plus précieux peut-être au point de vue artistique : le don de la vie ; ses animaux, ses oiseaux, ont toujours l’attitude qui leur est familière, qui les caractérise : ils vivent. »
On connaît deux autres dessins de Nicolas II Huet représentant le spitz de Poméranie blanc, tous deux sur papier, conservés en mains privées et très différents de composition et d’expression. Le premier, daté de 1819, montre l’animal de face, les oreilles rabattues. Le second, réalisé en 1828, figure le petit chien « à la sauvage », aux poils ni coiffés ni coupés, sur fond de montagnes bleutées.
A.Z.

Bibliographie générale (oeuvre inédite)
Cyrille GABILLOT, Les Hüet : Jean-Baptiste et ses trois fils, Paris, 1892, p. 134.

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