René-Xavier PRINET (Vitry-le-François, 1861 – Bourbonne-les-Bains, 1946) La Promenade

La Promenade

30 x 43 cm
Fusain, estompe et craie blanche sur papier gris-bleu

Franc-comtois d’origine, issu d’une famille de magistrats, René-Xavier Prinet se forma à l’Académie Julian, avant d’intégrer l’Ecole des Beaux-arts en 1880, dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme alors au faîte de sa carrière. Cinq ans plus tard, il présentera sa première toile au Salon des Artistes français, un Jésus Enfant. En 1890, il rejoignit la Société nationale des Beaux-arts, où il exposa jusqu’en 1922. L’année suivante, il fondait le Salon des Tuileries avec Besnard, Bourdelle, Le Sidaner et Aman-Jean. Prinet participa par ailleurs en 1900 à la création de la Société Nouvelle de peintres et de sculpteurs, qui exposa à la galerie Georges Petit sous l’égide de Rodin et d’Albert Besnard. Il y trouva une émulation en accord avec son orientation artistique, et y présenta ses œuvres jusqu’en 1916.

Prinet était un homme sociable, qui multiplia les relations artistiques et amicales. Il fut lié aux peintres de la Bande Noire, Lucien Simon, René Ménard, Andrez Dauchez et Charles Cottet. Georges Desvallières compta parmi ses amis de cœur, et fut reçu l’été avec sa famille au « Double-Six », la villa que le couple Prinet possédait à Cabourg.
Le talent du peintre s’assortit d’un goût marqué pour l’enseignement. En 1904, il créait à Montparnasse, avec Antoine Bourdelle et Lucien Simon, l’Académie de la Grande Chaumière. Il fut apprécié de ses élèves pour l’attention qu’il leur portait tout en respectant leur personnalité. Il participa à la même époque à la création du premier atelier de l’Ecole des Beaux-arts destiné aux femmes, qu’il dirigea. L’artiste fut également l’auteur d’une Initiation à la peinture (Paris ; R. Ducher, 1935) et d’une Initiation au dessin (Paris ; R. Ducher, 1940).

« Dessinateur très sûr, successeur de Fantin-Latour dans un certain genre de portraits d’intimité familiale, il représente ce qu’on a appelé la mesure Pançaise. », écrivait Jacques-Emile Blanche à propos de Prinet. Doté d’une solide maîtrise graphique, le peintre traduisit le quotidien de la vie bourgeoise de la Belle Epoque, par des scènes d’intérieurs intimistes et harmonieuses. Cabourg lui inspira des peintures lumineuses, où se succèdent promenades, baigneurs, cavaliers et jeux d’enfants, mises en image de la vie mondaine que décrit à la même époque son voisin Marcel Proust. L’artiste illustra également plusieurs ouvrages, comme Maman Colibri ou l’enchantement, succès d’Henry Bataille adapté plusieurs fois à l’écran, ou le Roman d’un Spahi de Pierre Loti.

Notre dessin représente une scène de promenade urbaine, structurée selon une perception originale de la mise en scène en un cadrage audacieux. Vus de dos en léger surplomb, un trio de personnages aux toilettes soignées occupe une grande part de la feuille. Devant eux, une jeune femme abritée sous une ombrelle se retourne. Dans la partie supérieure, esquissée au niveau du point de fuite de cette perspective serrée, un homme descend d’un fiacre. Par sa composition immersive et son sentiment d’instantanéité, ce dessin pourrait être préparatoire à une illustration d’ouvrage. Il rappelle par exemple l’Homme en galante compagnie (vente Artcurial, 10/10/2011, n°154), étude préparatoire pour le roman de René Boylesve, La jeune fille bien élevée.

L’artiste dessine d’un trait sûr, avec sobriété et clarté. Le noir appuyé du fusain, parfois estompé, contraste avec la craie blanche qui inonde la rue de lumière. Le décor campé en quelques traits s’efface devant les personnages. Si les visages sont à peine montrés, Prinet réussit pourtant une scène d’une expressivité étonnante, teintée d’un sentiment de suspens. On observe à plusieurs reprises dans son œuvre ce goût pour les personnages vus de dos, comme dans L’heure du bain, ou La mer au pied de la digue (huiles sur bois, collection particulière, voir C. Gendres, n°91-92).
MB

Bibliographie :
• C. Gendre, Prinet, Peintre du temps retrouvé, Paris : Somogy, 2018.
R. X. Prinet, cat. exp. Belfort, musée d’art et d’histoire, Vesoul, Musée Georges Garret, Paris, Musée Bourdelle, Belfort : Musée d’art et d’histoire, 1986.
• Jacques-Emile Blanche, Les arts plastiques : La troisième république, de 1870 à nos jours, Paris : Impr. Nouvelle, 1931, p. 189

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