Louis-Étienne WATELET (Paris, 1780 -1866)

Le Repos du voyageur au pied des cascatelles de Tivoli

43,3 x 55,8 cm
1824
. Huile sur plusieurs feuilles de papier assemblées et marouflées sur toile. Signé et daté en bas à gauche Watelet 1824
.

Provenance
• France, collection particulière.
Exposition
• 1824, Paris, Salon, no 1745, « Étude, d’après nature, des cascatelles de Tivoli ».

Issu d’un milieu modeste, Louis-Etienne Watelet est le fils d’un marchand mercier. Il épousa la fille d’un capitaine de navire de commerce. On connaît peu de choses de son apprentissage : il aurait acquis par lui-même les bases du métier, et aguerri sa pratique en se confrontant aux maîtres du paysage historique, comme Pierre-Henri de Valenciennes dont on suppose qu’il fréquenta l’atelier. Watelet s’illustra comme paysagiste avec un talent que Paul Huet estimait supérieur à ses rivaux Bidault ou Bertin. Le peintre observe attentivement la nature, qu’il ponctue de ruines antiques, puis de moulins après son retour d’Italie. Selon l’usage d’alors, les silhouettes qui animent ses tableaux sont parfois l’œuvre d’autres peintres ; on y reconnaît à maintes reprises la main de Demarne. Watelet exerça également une activité de professeur : Caruelle d’Aligny compta parmi les élèves qui fréquentèrent en nombre son atelier.

La facilité du métier de Louis-Etienne Watelet, qui allie délicatesse de la touche et raffinement des coloris, tient en premier lieu à sa constance. Il exposa tous les ans au Salon de 1800 à 1857, y dévoilant près de quatre-vingt-sept toiles pour lesquelles il fut régulièrement primé, jusqu’à obtenir la Légion d’Honneur en 1824. Cette même année, il présentait plusieurs vues tirées du voyage qu’il avait effectué en Italie en 1822, périple qui s’était poursuivi dans le Dauphiné, les Alpes, le Tyrol et jusqu’en Flandres. À côté d’une Vue ajustée du lac de Nemi, lac volcanique situé au sud-ouest de Rome, ou d’une aquarelle « d’après des études faites à Amalfi », figure sous le numéro 1745 une « étude, d’après nature, des cascatelles de Tivoli » qui est très certainement notre œuvre. Si Watelet étudiait sur le motif, ses tableaux étaient toujours retouchés, voire entièrement recomposés en atelier. La mention « d’après nature » induit ainsi la fidélité de la retranscription du paysage observé.

On reconnaît dans notre tableau les cascades de Tivoli, chères à tous les peintres qui effectuaient le Grand Tour. Le site fut immortalisé par les plus grands maîtres, de Claude- Joseph Vernet à William Turner, en passant par Hubert Robert et Valenciennes. Le paysage, poétique succession de cascades sur fond de ruines antiques, était entièrement naturel l’année où le peignit Watelet, mais fut domestiqué peu après. Une crue violente de la rivière Aniene enjoignit en 1835 le pape Grégoire XVI à la détourner pour préserver la ville de Tivoli. Le pontife contint partiellement les cascades, et construisit sur les lieux le troisième joyau de la cité après les villas d’Hadrien et d’Este : la villa Gregoriana.

Watelet exclut de son œuvre toute référence architecturale, comme le temple de la Sybille généralement représenté par les peintres en surplomb des cascades. Il se positionna en aval du cours, sur la rive droite, en face des chutes. La végétation est traitée avec une minutie naturaliste : la palette de l’artiste déploie une large gamme de verts rehaussés de glacis. Dans cet écrin, l’eau se déverse en bouillonnements vaporeux, avant de mourir aux pieds du peintre, limpide et sereine : il est vrai que Watelet dût en partie sa renommée à la beauté et la poésie de ses tableaux de cascades. Sur la berge, le pinceau a campé une femme en costume traditionnel et un voyageur assis sur sa malle, seule présence humaine dans cette nature virginale.
La composition de Watelet est très proche de celle de son contemporain Alexandre-Hyacinthe Dunouy (1757-1843), qui peignit en 1822 Les cascades de Tivoli avec le Temple de la Sibylle et une bergère au premier plan (huile sur toile, 114 x 162,5 cm, collection particulière). On est tenté d’imaginer que ces deux artistes, qui évoluèrent dans le même milieu artistique, travaillèrent ensemble à Tivoli cette année-là.

Il est intéressant de confronter notre œuvre à un autre tableau de Watelet, le Paysage avec une rivière peint en 1825, qui met en scène, avec une même touche raffinée, l’alliance de l’eau et de la végétation, sous un ciel semblable.

M.B.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
• Lydia Hamrambourg, Dictionnaire des peintres de paysages au XIXe siècle, Ides et Calendes, 1980.
• Pierre Miquel, Le paysage français au XIXe siècle, 1824-1874. L’Ecole de la Nature, t. I, Maurs-La-Jolie, La Martinelle, 1975.
• Paul Marmottan, L’École française de peinture, Paris, Renouard, 1886

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