Michel François D’ANDRÉ dit DANDRÉ-BARDON (Aix-en-Provence, 1700 - Paris, 1783)

Saint Jérôme pénitent

28,8 x 20,1 cm
Circa 1731 Sanguine. Filigrane : croissant de lune et étoiles. Annoté D'andré Bardon sur le montage du XVIIIe siècle.

Provenance
· Vente Sotheby’s Monaco, 5 décembre 1992.
· France, collection particulière.

Dessinateur, graveur, peintre, théoricien, poète à ses heures, Dandré-Bardon est un artiste original qui forme avec Boucher, Natoire, Louis-Michel et Carle Van Loo ou Bouchardon la « génération de 1700 ».

Issu d’une famille de noblesse de robe d’Aix-en-Provence, il fut envoyé par son père à la capitale pour parfaire ses études de droit, et, d’après Mariette, devint peintre presque par accident : « la peste qui désoloit alors sa patrie, le retint à Paris plus longtemps qu’il ne l’avoit prévu, et se trouvant sans occupation, n’y ayant rien qui pût servir de pâture à son génie bouillant et plein de feu, il se souvint qu’il étoit né avec un goût pour le dessin, et prit en main le crayon » (Abecedario, II, p. 55).
Le jeune homme étudia d’abord dans l’atelier de Jean-Baptiste Van Loo qui venait aussi d’Aix et avait peint le portrait d’Honoré d’André, le père de son futur élève. L’artiste poursuivit sa formation chez Jean-François de Troy. N’ayant obtenu qu’un deuxième prix à l’Académie en 1725 derrière Louis-Michel Van Loo, il fut autorisé cependant à partir en Italie, à la charge de sa famille.

Grâce à l’intervention de Nicolas Vleughels, directeur de l’Académie de France à Rome, le duc d’Antin accorda finalement à l’artiste une pension du roi, ce qui lui permit de prolonger son séjour. Il reçut son brevet en 1728 en même temps que ses camarades Bernard, Subleyras, Trémolières, Blanchet, Slodtz et Étienne le Bon. Trois ans plus tard, Dandré quitta Rome, et, après un passage de six mois à Venise, rentra à Aix, où il était déjà bien connu grâce à Auguste poursuivant les concussionnaires, toile commandée par la Cour des Comptes et exposée dans la salle du bureau d’audition.

Agréé à l’Académie en 1734, le peintre qui avait relevé le nom de sa mère née Bardon, fut reçu l’année suivante et nommé adjoint à professeur en 1737. La Provence le sollicita ensuite de nouveau et il ne revint définitivement à Paris qu’en 1752 pour remplacer Boucher comme professeur à l’Académie. Il en devint le recteur cinq ans avant sa mort.

Dandré-Bardon fut un dessinateur remarquable, éclectique et imaginatif. Mariette louait « un compositeur fécond et facile ». Il utilisait toutes les techniques – sanguine, pierre noire, plume et lavis – et ne cessa de dessiner même partiellement paralysé en 1770 après une crise d’apoplexie.

Entièrement à la sanguine, notre feuille a toute l’énergie et la souplesse des dessins datant de la période italienne de l’artiste, comme l’Étude pour un guerrier antique (sanguine et rehauts de craie, 36 x 24 cm, Aix-en-Provence, musée Granet) ou l’Étude d’homme drapé, préparatoire pour la figure d’Auguste dans le tableau de la Cour des Comptes d’Aix. On retrouve ici la même fougue baroque, le même goût des formes fortement contournées, les drapés aplatis et ombrés, les corps sans ossature ou les doigts nettement marqués qui sont les éléments caractéristiques de la manière de Dandré-Bardon quel que soit le médium, dont témoignent Le Baiser de Judas de 1729 (Amiens, musée de Picardie, inv. MP 975-32) ou La Mort de saint Joseph exécutée à Venise en 1731 (musée du Louvre, inv. RF 38953).

Le premier biographe de Dandré-Bardon, l’architecte Claude-Jacques-Henri d’Ageville, raconte qu’il s’appliqua, à Rome, à observer d’après les grands modèles « l’élégance des contours toujours liés entre eux, ressentis ou passés légèrement, suivant les différents effets de la nature, la finesse des attachements et les belles proportions » . Il dessina et copia Raphaël dans les salles du Vatican rendues accessibles aux pensionnaires de l’Académie grâce à Vleughels, mais aussi le Carrache dans la galerie Farnèse, le Dominiquin, Guido Reni, Andrea Sacchi, Pierre de Cortone ou les vénitiens rencontrés dans les principales galeries et dans les églises de la Ville éternelle.

Notre Saint Jérôme fait partie de ces croquis inspirés des grands maîtres du passé, mais qui ne sont jamais de simples répétitions serviles. La source de notre dessin paraît avoir été le retable de Titien pour Santa Maria Nuova à Venise aujourd’hui conservé à la Pinacoteca Brera de Milan. Mais il pouvait également s’agir de sa reproduction gravée en contrepartie (donc dans le sens de notre feuille) par Valentin Lefebvre et publiée en 1680 dans un ouvrage regroupant des copies de Titien et de Véronèse et bien connu des pensionnaires de l’Académie. Dandré-Bardon ne conserve que l’organisation générale de la scène, cette figure en S environnée de rochers et d’arbres. Le reste appartient pleinement à sa manière propre : la composition plus décorative que construite, le corps en déséquilibre cerné d’une ligne sinueuse, la gestuelle gracieuse des mains, les hachures désordonnées, le contraste marqué entre la lumière du papier en réserve et les zones d’ombre chargées de sanguine où disparaissent certains détails comme les livres ou le lion assoupi.

A.Z.

Nous remercions M. Alastair Laing d’avoir confirmé l’authenticité de notre œuvre après un examen visuel.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Daniel CHOL, Dandré-Bardon ou l’apogée de la peinture en Provence au XVIIIe siècle, Cahors, éd. Edisud, 1987.
Pierre ROSENBERG, « Dandré-Bardon as a Draughtsman : A Group of Drawings at Stuttgart », Master Drawings, 1974, p. 137-151.
Pierre ROSENBERG, Michel-François Dandré-Bardon, coll. Cahiers du dessin, no 12, Paris, 2001.

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