François BOUCHER (Paris, 1703 – 1770)

Vénus et Amour

25,5 x 37 cm
1767 Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier bleu Signé et daté en bas à gauche f. Boucher / 1767

Provenance
• États-Unis, collection particulière

Grand classique de l’art, le thème de Vénus couchée ou endormie constitue l’un des sujets favoris de François Boucher qui pouvait ainsi, sous couvert de mythologie, satisfaire le goût du siècle galant pour le nu féminin et les poses alanguies.
Réalisée trois ans avant la disparition de l’artiste, notre feuille est ainsi l’une des dernières pièces d’une longue série de dessins et de tableaux représentant la déesse de l’Amour : seule Vénus sur les eaux commandée en 1769 par Jean-François Bergeret de Frouville pour son hôtel parisien lui est postérieure (Los Angeles, J. Paul Getty Museum, inv. 71.PA.54). Elle s’inscrit également dans une tradition déjà très ancienne de montrer Vénus dans une attitude langoureuse et étonnamment peu confortable, le bras recourbé au dessus de la tête, et qui tire son origine de l’Ariane endormie du Vatican, découverte en 1512. Identifiée alors comme Cléopâtre, la statue fut rebaptisée Vénus par Heinrich Winckelmann dans son Histoire de l’art de l’Antiquité parue en 1764. Toutefois, les artistes – Titien, Dirk de Quade van Ravesteyn, Annibale Carracci, Luca Giordano, Nicolas Poussin, Eustache Le Sueur, Jacques Blanchard, Sebastiano Ricci ou Antoine Coypel – n’ont pas attendu cette nouvelle hypothèse pour peindre Vénus au repos en s’inspirant du marbre romain, heureux de pouvoir s’appuyer sur une référence antique.
Durant sa longue et brillante carrière, Boucher sut donner à ses Vénus des attitudes les plus variées, tantôt bien sages, tantôt lascives, sans jamais pour autant employer cette citation antique universellement connue (ill. 1). Même dans notre feuille, il paraît plutôt se remémorer non pas la statue du Vatican mais sa variante moins célèbre et inversée aujourd’hui conservée au Louvre (ill. 2). Tout en restant reconnaissable par les érudits et amateurs d’art avertis qui formaient l’essentiel de la clientèle du premier peintre du roi, la pose de la déesse gagne ainsi en naturel. Au lieu de rester en l’air, le bras replié est celui sur lequel s’appuie sa tête, tandis que l’autre bras repose sur un coussin. Le corps alourdi par le sommeil de la jeune femme est confortablement calé dans des drapés qui créent un écrin délicat et dont les plis mouvementés contrastent avec les chairs satinées de Vénus. À ses pieds, un petit Amour s’est assoupi, confirmant la lecture mythologique de la scène, autrement très sensuelle.
Notre dessin fut gravé en contrepartie par Gilles Demarteau, ce qui permet d’affirmer que notre feuille est préparatoire pour cette estampe (ill. 3). On connaît par ailleurs un autre dessin de Boucher, réalisé très vraisemblablement peu après le nôtre et de dimensions sensiblement similaires (pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier bleu, 25 x 35,3 cm, Besançon, Musée des Beaux-Arts, inv. D.2929). Dans le même sens que la gravure de Demarteau, il omet l’Amour et modifie quelques drapés, mais conserve précisément la pose de la déesse. Cette feuille servit d’esquisse préparatoire à une peinture enlevée et plus anecdotique : des colombes se becquètent, un petit amour dort, tandis qu’un autre fait irruption à l’arrière plan muni d’une torche (ill. 4).
A.Z.
Nous remercions M. Alastair Laing d’avoir confirmé l’authenticité de notre oeuvre.

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