Philippe DE LASALLE (Seyssel-en-Bugey, 1723 – Lyon, 1804)

Autoportrait présumé de l’artiste

63 x 50 cm
Circa 1750. Pastel sur papier. Étiquette au revers Institute of Art of Minneapolis / lent by James / Bennet Jr. / L67291

Provenance
· Collection Sigismond Bardac (v. 1850-1920), banquier, hôtel Mazin La Fayette, Paris.
· Sa vente, Paris, Galerie Georges Petit, 10-11 mai 1920, lot 20, repr.
· Collection Arnold Seligmann (1871-1935), Paris.
· Collection James Bennet Jr, États-Unis.
· En prêt au Minneapolis Institute of Arts.
· Vente Boston, Skinner, 16 mai 2008, lot 25, repr. (attribué à Nattier).
· Vente Paris, Delorme, Collin Du Bocage, 3 juin 2008, lot 8 (attr. De Lasalle).

Le brio époustouflant des étoffes décorées de fleurs, d’oiseaux et d’arabesques de Philippe de Lasalle continue à susciter l’admiration, tellement la frontière entre l’art de tisser la soie et la peinture est mince.
Tout au contraire de ses confrères lyonnais, Lasalle (Delasalle ou de La Salle) n’appartient pas à une dynastie d’artistes ou de fabricants de soieries. Son père, receveur général des fermes de Savoie à Seyssel, une enclave française en Savoie, mourut alors que le futur peintre n’avait qu’un an. L’origine de sa vocation artistique reste encore à découvrir, mais, pris en charge par son oncle maternel, Étienne Benoît, il arriva à Lyon vers l’âge de quatorze ans pour suivre le cursus habituel des dessinateurs de soieries. Il commença ainsi par suivre un apprentissage dans un atelier lyonnais, très vraisemblablement chez l’académicien Daniel Sarrabat (maître également de Jean Pillement), avant – privilège réservé aux élèves les plus doués et fortunés – de partir poursuivre sa formation à Paris aux Gobelins et à la Savonnerie, mais également auprès de François Boucher, puis de deux peintres de fleurs les plus renommés : Jean-Jacques Bachelier et Charles-Gilles Dutillieu.

En 1744, de retour à Lyon, il entra dans la Grande Fabrique qui regroupait tous les métiers concernant la confection et la commercialisation des « étoffes d’or, d’argent et de soye de la ville ». On le retrouve alors chez Jean Mazancieu, maître fabricant, en train d’apprendre la marche du métier à tisser et la mise en carte. Cinq ans plus tard, ayant épousé Élisabeth Charryé (Charrier), il s’associa à son beau-père comme marchand-fabricant et premier dessinateur, puis créa sa propre manufacture.

Les talents de Philippe de Lasalle s’affirment très tôt, par deux inventions : la disposition des nuances par gradation des couleurs et la spécialisation des étoffes d’ameublement. Dès lors, il ne cessa, jusqu’à la fin de sa vie, de rechercher la perfection du dessin et du tissage afin de produire des tissus exceptionnels, dépassant en qualité et en finesse du motif essentiellement floral tout ce que produisait la Grande Fabrique. En 1760, Jean-Baptiste-François de La Michodière, intendant du Lyonnais, écrit à Philibert Trudaine de Montigny, conseiller du Commerce du roi, que Lasalle est « regardé comme le premier dessinateur de Lyon ». Les tentures commandées par Catherine la Grande et livrées en Russie entre 1773 et 1780 sont sans conteste ses chefs-d’oeuvre, et notamment le « tableau » en lampas broché figurant le portrait de l’impératrice en médaillon entouré d’une couronne de fleurs incroyablement complexe. A contrario des usages de la Fabrique, l’artiste signa son oeuvre Lasalle fecit comme s’il s’agissait d’une peinture. Pour la France, il réalisa les ornements de sacre de Louis XVI, l’habit de l’Ordre du Saint-Esprit et de nombreux portraits tissés.

Dessinateur, Lasalle fut également mécanicien, entrepreneur, négociant et enseignant. Et c’est ainsi qu’il définissait lui-même les bases nécessaires à son art : copie « d’après les études (livres de gravures, planches de botanique) », dessin d’après « la fleur naturelle », la mise en carte, la composition et « autres règles de l’art du dessinateur ». La flore est omniprésente dans l’oeuvre de Lasalle qui se montre en véritable connaisseur, multipliant des espèces rares et plus communes, alternant les fleurs des prés et celles des jardins, les coroles épanouies avec des boutons fragiles et délicats.

C’est par le dessin de fleurs que commence sa carrière et c’est en tant que dessinateur de fleurs qu’il se représente dans un pastel conservé à Lyon et sensiblement proche de l’oeuvre que nous présentons. On y retrouve en effet le coloris à dominante froide, la matière un peu sèche, la maladresse touchante dans le raccourci du bras et de la table, le rendu sommaire des matières qui contraste avec la justesse dans le traitement du visage, digne d’un grand maître. Il n’y a guère de doute qu’il s’agit de la même main et, très certainement, du même modèle, vu avec une vingtaine d’années d’écart à en juger d’après notamment ses habits : au goût de la fin des années 1760 dans l’Autoportrait de Lyon et à la mode du milieu du XVIIIe siècle dans notre pastel. Outre le regard caractéristique des autoportraits, l’identité de l’homme est confirmée par confrontation avec le portrait de Philippe de Lasalle âgé de soixante-quinze ans dessiné par Jean-Jacques de Boissieu.

Ici, l’artiste se représente en dessinateur de fleurs. La composition serrée et la pose ne sont pas sans rappeler l’Autoportrait de Louis Jean François Lagrenée (huile sur toile, vers 1750, Helsinki, musée Sinebrychoff, inv. A II 1415). Mais Lasalle remplace le carton à dessin par une table de travail sur laquelle sont disposés ses outils – porte-crayon avec sanguine et craie, molettes à broyer, pinceaux – et ses couleurs. Il tient dans la main une partition de musique sur laquelle il vient de peindre un délicat bouquet de roses et de fleurs d’oranger.
A.Z.

Nous remercions Monsieur Neil Jeffares pour l’attribution de notre oeuvre.
Bibliographie

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