Firmin BAES (Saint-Josse-Ten-Noode, 1874 - Uccle, 1945)

La Vieille fileuse

90 x 75 cm
1943. Pastel sur toile. Signé Firmin Baes en bas à droite, contresigné, titré et numéroté 1015 au revers.

Provenance
· Conservé par l’artiste jusqu’à sa mort.
· Puis par descendance, jusqu’à aujourd’hui.

Il y a dans son art quelque chose de ferme et de mâle et, à la fois, d’enveloppé. Son coloris a de la sobriété et de l’éclat. Son dessin est large et presque sculptural. Il voit et caractérise avec une simplicité pénétrante […] Rien n’est là pour l’attendrissement romantique.

La Belgique artistique et littéraire, vol. XVIII, 1910, p. 367.

Firmin Baes fut initié au dessin très tôt par son père, Henri Baes, peintre-décorateur et professeur à l’Académie de Bruxelles. Il reçut ensuite une formation artistique complète, d’abord comme élève de Léon Frédéric, un ami de la famille, puis à l’École des Beaux-Arts et, enfin, dans une académie privée, « la Patte de Dindon », située au-dessus d’un estaminet du même nom sur la Grand’Place de Bruxelles.

À partir de 1898, Baes fit partie du Cercle Pour l’Art, fondé six ans plus tôt par les membres du groupe L’Essor. Les Tireurs à l’Arc exposés au cercle en 1900, puis à l’Exposition Universelle de Paris, constituent le premier grand succès de l’artiste et le fit connaître du grand public. Dès lors, sa clientèle ne cessa de grandir, séduite par ses dons de coloriste, sa maîtrise du dessin et ses talents de portraitiste : aux modèles issus de son cercle familial se succédèrent ainsi rapidement les membres de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie belge à commencer par la comtesse d’Aerschot qui lui passa commande en 1915.

Les premières œuvres de Baes furent des fusains et des huiles, mais à partir des années 1910 l’artiste se passionne pour le pastel qui finit par supplanter les autres médiums. L’artiste élabora une technique particulière de pastel sur toile préparée selon un procédé qu’il avait élaboré lui-même et dont il garda le secret. Confrontée à un matériau fragile et velouté, son écriture évolua également vers plus de finesse, de rondeur et d’équilibre. Le peintre commençait toujours par tracer les lignes principales au fusain, puis passait à la couleur multipliant les teintes tour à tour sobres et éteints ou bien vigoureux et flamboyants, chargés de matière ou délicatement estompés au doigt. Avec la même application patiente, il précisait tous les détails, aussi bien du premier plan, comme ceux du fond.

Baes passait l’hiver à Bruxelles, dans son hôtel avenue Molière, et l’été à la campagne, notamment à Faulx-les-Tombes près de Namur. Il y louait le château de Ville, puis acheta un terrain et fit construire une villa baptisée « Le Chenois ». C’est à Faulx-les-Tombes que son répertoire déjà vaste – portraits, mais aussi paysages, natures mortes, nus féminins et scènes d’intérieur – s’enrichit de représentations de paysans, jeunes ou âgés, dans des attitudes simples. Réalisés d’après nature, ces pastels ne sont ni des portraits à proprement parler ni des figures de fantaisie, mais des souvenirs couchés sur la toile des gens de son pays et de cette atmosphère campagnarde et rustique où il avait grandi et qu’il recherchait avidement.

Notre œuvre est de ces compositions simples, souvent réalisées au Chenois, devant une fenêtre ouverte sur le paysage paisible de Faulx-les-Tombes. Baes avait l’habitude de consacrer la matinée aux portraits et l’après-midi aux natures mortes. C’est cette douce lumière matinale qui enveloppe la figure de la fileuse et glisse sur ses mains travailleuses, sur ses cheveux gris et sur le bois du métier. La vielle femme a les yeux posés sur le fil de laine qui s’enroule entre ses doigts, mais semble absente, absorbée dans ses pensées. Avec son bonnet blanc, la vérité et la simplicité de son geste, elle paraît venir d’une toile des maîtres hollandais du Siècle d’Or. Le coloris, dans une harmonie de gris, de bleus et d’ocres, ainsi que le rendu précis des détails et des matières participent de cette impression. Seuls le foulard au motif abstrait et insistant de la fileuse et la villa entourée d’arbres et bordée de meules de foin qu’on découvre par la fenêtre replacent la scène dans son époque.
A.Z.

Bibliographie de l’œuvre
Georgette NAEGELS-DELFOSSE, Firmin Baes, Bruxelles, Éditions d’Art Associés, 1987, repr. p. 152.

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