Charles-Alphonse DU FRESNOY et atelier (Paris, 1611 - Villiers-le-Bel, 1668)

Allégorie de la Vraie Religion

69 x 87 cm
Huile sur toile

Provenance
· France, collection particulière

Charles-Alphonse Dufresnoy ou Du Fresnoy est davantage connu pour ses écrits théoriques et ses relevés de mesures d’antiques que pour ses tableaux, encore peu étudiés. Fils d’apothicaire, il avait abandonné ses études de médecine pour se consacrer à ses deux passions, la poésie et la peinture. Élève d’abord de François Perrier, il entra ensuite dans l’atelier de Simon Vouet, où il se lia d’amitié avec Pierre Mignard : leur relation dura jusqu’à la mort de l’artiste.

Notre peinture suit la redécouverte d’une première toile allégorique de Dufresnoy, Allégorie de la peinture, entrée en 2006 au musée de Dijon, et représentant une jeune femme en train de peindre un génie ailé. L’un de ses tableaux les plus ambitieux, l’Allégorie de la peinture surprend par son iconographie raffinée, entièrement affranchie de la tutelle de Cesare Ripa.

Les trois protagonistes de notre peinture résistent à toute tentative d’interprétation à l’aide de l’Iconologie de Ripa, tellement leurs attributs sont nombreux. La jeune femme impérieuse à demi nue drapée de blanc et tenant de sa main le soleil est assurément la Vérité, mais son astre brillant comporte un mot en hébreu : la religion ou la foi. Ce mot détermine l’angle sous lequel il convient d’interpréter la composition de Dufresnoy.

Aux côtés de la Vérité se tient une Minerve ou Pallas casquée, symbole de la Sagesse et de la Raison, tandis que le serpent qui s’enroule autour de son bras gauche est l’attribut le plus parlant de la Prudence. Sous le trône de la Vérité se tapit un vieillard à queue de poisson qui ne peut être Triton, mais plutôt le Mensonge, bien que chez Ripa il soit doté de deux queues de serpents enlacées. L’artiste voulait sans doute éviter toute confusion avec le serpent de Minerve. À la place des autres attributs du Mensonge (bouquet de fleurs avec une couleuvre et hameçons), l’artiste représente un masque tombé par terre et le flambeau ardent et fumant. Celui-ci, chez Ripa, est l’un des attributs de la Calomnie, de la Discorde et de l’Impiété, les vices combattus par la Foi : la Verité pose d’ailleurs son pied sur le monstre, prête à l’écraser.

Se penchant vers elle, Minerve indique de sa main un enfant qui se tient au pied de l’estrade. La déesse de la Sagesse semble vouloir le confier à la Foi. Le garçon met l’index sur ses lèvres : geste du silence, signum harpocraticum, il rappelle que seul le silence permet de dévoiler les mystères inaccessibles par la connaissance. L’enfant presque nu reprend très exactement l’iconographie et la pose d’Harpocrate dans la statuaire antique que Dufresnoy connaissait parfaitement. Quant au poisson tenu dans la main gauche, c’est, dans l’Iconologie, l’attribut de la Force d’Amour et de la Pénitence. On trouve également, chez Ripa, une allégorie de la Vita breve qui tient un poisson séché. Le sablier paraît avoir la même signification : le sable est entièrement écoulé. Enfin, le poisson a également une forte connotation christique : le temps consumé annoncerait l’heure du Jugement.

Cette savante peinture allégorique est servie par une organisation tout aussi recherchée de l’espace, délimité par les marches de pierre, un piédestal vide à gauche, un rideau rouge et un parapet derrière lequel s’ouvre un paysage vaste et magistral. La distribution des personnages en diagonale souple est équilibrée. Les regards et les gestes les relient les uns aux autres, tandis que les yeux de l’enfant interpellent le spectateur. L’artiste combine admirablement la rigueur de Poussin, la délicatesse de l’Albane, la gravité de l’atticisme parisien de La Hyre et le raffinement de Mignard. La douceur qui émane de la figure du jeune garçon ou les accents clairs sur les doigts qui se prolongent sur le dos de la main sont cependant des traits propres à Dufresnoy. La Vérité a les formes gracieuses de la déesse de l’amour dans Vénus à Cythère et le profil grec parfait de la servante dans L’Enlèvement d’Europe (Lille, Palais des Beaux-Arts) ou de la Vierge dans La Sainte Famille attribuée à l’artiste par Laveissière (Moscou, musée Pouchkine).

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