Emile-René MENARD (Paris 1861 - 1930)

Baigneuses sur la plage

64 x 80 cm
Huile sur toile. Signée "ER Ménard" en bas à droite

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Fils de l’historien de l’art et directeur de la Gazette des Arts René Ménard, Emile-René Ménard forgea son goût pour la peinture à Barbizon, où il passa les vacances de ses jeunes années, à l’école de Millet, de Corot et de Daubigny. Il hérita sa passion pour l’Antiquité classique de son oncle Louis Ménard, un homme original, poète, chimiste et historien dont Théophile Gautier dit un jour qu’il était « un athénien né deux mille ans trop tard ». Le décorateur Galand, puis le peintre Lehmann, guidèrent ses premiers pas dans le métier de peintre. En 1880, Ménard entrait à l’Académie Julien où il reçut l’enseignement de Bouguereau, Baudry et Robert-Fleury. Il exposa pour la première fois au Salon en 1883 ; l’Etat lui acheta Le départ du troupeau, marquant les prémices d’un parcours sans heurts.

« Cette carrière d’artiste fut heureuse, résumait Jean-Louis Vaudoyer à l’occasion d’une exposition consacrée au peintre en 1926. A aucun moment, Ménard ne connut les revers, les insuccès ni non plus l’indifférence du public et de la critique. Dès qu’il se mit à peindre, ce fut un enchantement, un enchantement qui dure encore. (…) Avec la tranquille audace des forts, les yeux fixés sur son idéal intérieur, souriant, confiant et grave, il continua son chemin. »

Ménard manifestait un naturel paisible, joyeux et vigoureux, que les épreuves de la vie – comme la perte prématurée de ses deux enfants – ne semblèrent pas entamer. La quête de beauté qui traverse son art fut nourrie par son solide goût de collectionneur ; il rassembla chez lui tapis persans et stucs de l’Italie médiévale, tapisseries, marbres grecs et chapiteaux romans.

Héritier de Poussin ou de Claude Lorrain, parfois proche Puvis de Chavannes, l’œuvre d’Emile-René Ménard conjugue une observation poussée de la nature à la recherche d’une perfection classique aux accents arcadiens. Les carnets de croquis conservés au départements des arts graphiques du musée du Louvre attestent les recherches sur le motif de ce passionné de lumière : de multiples annotations de couleurs ponctuent les traits tirés à la mine de plomb. Ménard passait ensuite volontiers par le pastel, avant de composer en atelier son tableau – de chaque projet naissaient souvent plusieurs variantes.

Nos Baigneuses sur la plage sont le fruit de ce long travail de maturation, nourri par les voyages de l’artiste, qui parcourut l’Italie, la Grèce, le Maroc ou encore l’Egypte. En 1921, Ménard est à l’apogée de son art. Il réside depuis dix ans à Varengeville, village de la côte normande qui avait déjà attiré Turner, Whistler, Corot ou Renoir. Il représente ici deux femmes au bain – l’un de ses sujets de prédilection – dans une anse sablonneuse que ceignent des falaises illuminées par les lumières du crépuscule. Elégantes et gracieuses dans leur sensualité teintée de retenue, ces figures conjuguent l’incarnation de corps harmonieusement modelés et la ligne idéale des vestales grecques. Elles s’intègrent avec harmonie dans ce paysage atemporel, construisant une image contemplative, dénuée de toute connotation morale ou historique.

Ménard préparait ses huiles aux moyens d’une grisaille à l’essence, maigre et parfois mate. Le support, fréquemment laissé apparent, sert ici de ton de surface, renforçant la dominante ocre et dorée. L’artiste aime peindre les changements de lumière. L’harmonie rose et orange de la tombée du jour sublime le modelé des chairs. La grève au premier plan est traitée par un pinceau vif, presque hâtif, qui semble un faire-valoir au subtil travail de l’eau, et du ciel nuageux si caractéristique de la manière du peintre.

Selon son habitude, Ménard a retravaillé à plusieurs reprise cette composition. La version la plus proche, une huile sur carton moins aboutie (vente Millon, 19 juin 2006, n°357), est probablement préparatoire à notre tableau. On retrouve également au Musée de l’Oise (MUDO) et au musée de Pau, des Baigneuses, dans des atmosphères diurnes et des paysages plus méridionaux.

Notre tableau fut présenté au Salon des Beaux-arts de 1921, sous le numéro 799, puis plus tard à Bruxelles, où Ménard exposa à plusieurs reprises après avoir été élu à l’Académie des Beaux-arts en 1925.

- Marie Bertier

Bibliographie

Catherine GUILLOT, « La quête de l’Antiquité dans l’œuvre d’Émile René Ménard », Bulletin de la Société d’Histoire de l’Art français, 1999, p. 331 sq.
René Ménard, 1862-1930, catalogue d’exposition, Château-musée de Dieppe, 1969
Claire MAUPAS, Vie et œuvre d’Emile-René Ménard, mémoire de maîtrise, Paris IV, 1982
Peintures et pastels de René Ménard, préface d’André Michel, Paris : Armand Colin, 1923

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