Alfred DE DREUX
(Paris, 1810 - 1860)

L’entrainement avec le lad et le propriétaire

39,5 x 50,5 cm
Circa 1845-1850. Huile sur toile. Signé Alfred de Dreux en bas à gauche

Provenance :
• Vente Lemperz, Munich, mai 1970, lot 429.
• France, collection particulière

Œuvre en rapport :
Réplique autographe avec légères variantes, Le cheval de course et son jockey suivi par le propriétaire, huile sur toile, 38 x 49 cm, signé en bas à gauche, collection particulière (cat. MCR 397).

Alfred De Dreux, les chevaux et Géricault
L’œuvre d’Alfred De Dreux est intimement lié au monde équestre qui demeura pour l’artiste une source d’inspiration inépuisable.

Fils d’une famille fortunée du Nord, le peintre grandit dans un climat familial raffiné, où l’art occupait une place de choix. Son père, Pierre-Anne Dedreux, médaillé d’architecture, séjourna avec les siens à la Villa Médicis. Mais plus qu’à la Ville Éternelle, c’est à Géricault, ami intime de la famille, qu’Alfred dut l’orientation de son talent. Le peintre déjà célèbre portraitura à trois reprises le jeune Alfred, avant de l’accueillir dans l’atelier qu’il partageait à Paris avec l’oncle de notre peintre, Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy. Alfred admirait en son maître autant le cavalier que le peintre. À sa mort prématurée, il rejoignit l’atelier de Léon Cogniet. De ce maître paysagiste, qui emmenait ses élèves peindre à Fontainebleau, le jeune artiste hérita un goût pour le contact direct avec la nature.

En 1825, De Dreux peignit sa première toile d’importance, une copie du Mazzepa de Géricault qu’il garda avec lui jusqu’à sa mort. La même année, son père connut des difficultés financières qui se terminèrent par une faillite en 1832 : d’agrément, la peinture d’Alfred De Dreux devint un métier. En 1831, âgé d’à peine vingt-et-un ans, l’artiste triompha au Salon avec Cheval sautant un fossé et Intérieur d’écurie. Ce succès marqua le début d’une carrière fulgurante, jalonnée d’abondantes commandes.

Un Dandy rêveur aux champs de courses
Dandy mondain mais secret, homme rêveur et silencieux, De Dreux était aussi souvent chez lui au pied de la butte Montmartre, où il occupa différents ateliers, que sur les champs de courses, où il détaillait d’un œil aguerri chevaux, jockeys et propriétaires. Comme beaucoup de ses contemporains, l’artiste fut fortement influencé par le style de vie et l’art anglais. L’époque fut à la découverte enthousiasmée des paysagistes anglais, de la Picturesque beauty souple et lumineuse d’un Constable ou d’un Bonington. C’est en outre en Angleterre que naquit la peinture de sport, reflet d’un pays où les courses de chevaux constituaient une organisation établie depuis 1728. De Dreux se rendit Outre-manche pour la première fois dans la suite de Louis-Philippe, en 1844, puis y suivit les Orléans dans leur exil, en 1848. De retour en France, rallié à l’Empire, il continua à voyager régulièrement en Grande Bretagne, où la cour appréciait son talent.

Notre Tableau
Notre toile, réalisée entre 1845 et 1850, est contemporaine des premiers voyages d’Alfred De Dreux en Angleterre. À Paris, l’artiste possédait alors un atelier au 28 rue Bréda, dans le quartier des Petits-Porcherons, avec une écurie jouxtant l’atelier. Travailler acharné, De Dreux explorait sans se lasser la beauté de l’animal, tout en recherchant à traduire l’accord de l’homme et de sa monture. Il livre ici une rare synthèse de l’univers des courses, dont il convoque en une seule image les principaux acteurs. Le jockey en casaque rouge et pantalon blanc monte un pur-sang anglais alezan, le type qu’affectionne le peintre pour la noblesse de son allure, sa haute prestance, ou encore la finesse de sa peau où affleurent les muscles. Les naseaux dilatés signent l’ardeur d’un l’animal racé et sportif. La longue encolure dite « en col de cygne » se conclut par une tête fine aux oreilles pointues. Les jambes sont élancées, les sabots fins, le poil lustré. Le pur-sang, comme le cheval du propriétaire, arborent trois balzanes, liberté peut-être prise par le peintre pour se conformer au vieil adage, « balzanes trois, cheval de roi ». Un lad en élégant habit crème, couverture sur le bras, tient l’alezan à la bride. A côté, le propriétaire, en costume clair et haut de forme signant son raffinement, prodigue ses conseils. Il est monté sur un petit cheval noir pangaré à queue coupée.

Le pinceau incisif souligne les volumes, appose des lumières franches en touches perceptibles. L’anatomie des chevaux est fouillée, précise, quand la physionomie des cavaliers n’est pas détaillée. Le trio évolue sur une hauteur, devant un lumineux paysage à l’anglaise, campé d’un pinceau léger. Le gris bleuté du ciel, dont les nuages s’écartent à l’aplomb du cheval, rappelle les qualités de paysagiste de celui qui était également un brillant aquarelliste. Il décline en un camaïeu de verts ocre et gris une campagne sereine ponctuée de bosquets. Les ombres étirées des cavaliers, les brumes à l’horizon, signent le petit matin ou la fin de journée.

M.B.

Bibliographie de l’œuvre
Marie-Christine RENAULD, L’univers d’Alfred De Dreux, suivi du catalogue raisonné, Paris, 2008, p. 91, no 396 (Jockey, propriétaire et le lad, Entraînement avec lad et propriétaire).

Bibliographie générale
Marie-Christine RENAULD, Alfred De Dreux, le cheval, passion d’un dandy parisien, cat. exp., Paris, Fondation Mona-Bismarck, 1997.

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