François BOUCHER (Paris, 1703 - 1770)

Le Petit dénicheur de merles La Petite oiselière

44,2 x 36 cm (agrandi 48,6 x 41 cm) (Le Petit dénicheur)
44,4 x 35,5 cm (agrandi 48,6 x 41 cm) (La Petite oiselière)
Deux huiles sur toile formant pendant (rentoilées et agrandies de quatre côtés). Signés en bas F. Boucher. Au revers, étiquettes de vente Mame : « Boucher / Le Petit Dénicheur / No 3 » et « Boucher / Les Oiseaux en Cage / No 2 ». Sur le châssis du Petit dénicheur, inscriptions au crayon : « entrada / … / Ida » et « Gd Salon 7 ».

Provenance
-  Collection Alfred Mame (1811-1893), Tours
-  Par descendance, son fils Paul Mame (1833-1903), Tours
-  Vente Mame, Paris, Galerie Georges Petit (Me Chevallier, M. Durand-Ruel expert), 26 avril 1904, lots 2 et 3, repr. (comme de Boucher, vendus 31 000 francs).
-  Achille Fould (1861-1926), château de Beychevelle.
-  Collection famille Achille-Fould, château de Beychevelle jusqu’en 1986, puis probablement Tarbes.
-  France, collection particulière

Œuvres en rapport
-  Il existe une version au pastel de chacun des deux sujets au Département des Arts graphiques du musée du Louvre (inv. 24780 et 24781,). Ces pastels qui présentent quelques variantes par rapport aux deux petites toiles étudiées ici, n’en ont ni la sureté de main ni la fraicheur ingénue.
-  Une huile sur toile réunissant les deux enfants et attribuée à Jean-Baptiste Huet est conservée dans une collection particulière (vente Sotheby’s, New York, 28 janvier 2005, lot 553).
-  Le Petit dénicheur de merles : dessin du maître non localisé, gravé par Demarteau en manière de crayon en pendant à la Maraudeuse de Fleurs  ; le dossier d’un fauteuil de la série de huit conservée à Osterley Park (ill. 2) ; une huile sur toile probablement postérieure est conservée au musée de la Chartreuse à Douai (inv. 7093, 44,5 x 36 cm).
-  La Petite Oiselière a beaucoup en commun avec la Maraudeuse de fleurs gravée en pendant au Petit dénicheur par Demarteau : les deux cages d’oiseaux y sont remplacées par un bâton de bergère garni de fleurs et de rubans et une petite corbeille est assez gauchement rajoutée dans la main soutenant le pan de la robe.

La datation des "Enfants" de Boucher
La date de création de ces deux pendants se situe dans les années 1750-1755, et ne peut être antérieure à 1748. Les sujets d’enfants habillés de François Boucher apparaissent dans son œuvre entre 1748 et 1750, alors qu’il se détourne des sujets chinois, probablement à la suite du succès rencontré dans l’hiver 1747 par la mode des « pantins et pantines », petits personnages de bois articulés, habillés comme des adultes, auxquels il a personnellement contribué puisque les visages et les mains, pour ceux destinés à la cour, lui ont été demandés.

Obéissant à cette nouvelle tendance de la mode, qui répond évidemment aussi à l’intérêt renouvelé des penseurs et écrivains pour l’enfance, la jeune manufacture de Vincennes fait le choix dès 1748 de sujets d’enfants en pâte tendre, dont les modèles sont demandés déjà à Boucher. Aucun exemple ne nous en est parvenu, mais la trace en est conservée dans les archives de la Manufacture. Après son déménagement à Sèvres, cette même manufacture crée ses premiers biscuits, et demande encore une fois à Boucher des sujets d’enfants habillés ; ce sont les fameux Enfants Boucher, que le roi lui-même fait inclure dans un grand ensemble dit des Enfants du Service du roi, aujourd’hui dispersé.

Les mêmes enfants, cette fois en pierre, sont commandés pour la Laiterie de Crécy de madame de Pompadour à Boucher dès 1753 (mis en place en 1756). Parallèlement, et comme à chaque fois qu’une manufacture demande des sujets à Boucher, le même répertoire est traité ailleurs, aux Gobelins avec des dossiers de fauteuils, des paravents et des écrans de cheminée, mais aussi dans des décors peints dont le plus célèbre est celui de madame de Pompadour à Crécy, aujourd’hui conservé dans le Frick collection de New York. Le Petit dénicheur de merles orne ainsi l’un des huit fauteuils conservés aujourd’hui à Osterley Park.

L’utilisation prévue ?
Il est possible que ces petits panneaux lumineux soient aussi des éléments de décor inclus autrefois dans des boiseries, pour plusieurs raisons. Ils ne font pas partie en effet des modèles de dossiers de fauteuils documentés tissés aux Gobelins. De plus, malgré un rentoilage un peu dur, la transparence de l’ensemble, la finesse du traitement des deux visages, la rapidité du pinceau, la netteté des effets, les chromatismes confirment qu’il s’agit de deux œuvres originales faites pour être vues de près. La lisibilité de la signature, inutile sur un projet de carton pour un dossier de fauteuil, va dans le même sens.

La technique et le style de notre oeuvre
La sureté de la main de l’artiste est évidente dans des détails peu importants comme la cage et l’oiseau de la petite fille ou le filet bleu qui souligne sans la moindre hésitation le bord de son chapeau, et, chez le petit oiseleur, dans la transparence de l’eau, l’élégance des roseaux à peine brossés, la barrière couverte de feuillage, les oiseaux tenus dans le chapeau, les touches de blanc sur les pattes arrière du chien. La technique employée est intéressante : les personnages ont d’abord été mis en place seuls sur la toile vide, puis un fond bleu repassé, sur lequel a été repeint le paysage et divers éléments secondaires. Dans le cas de la petite fille, les cages ont été dessinées dans un premier temps en même temps qu’elle, puis elle a été cernée de bleu, et le bâton qui tient les cages a été ajouté d’un trait de pinceau sur ce bleu, de même que les feuillages et arbustes autour d’elle. Tout ceci exclut bien évidemment une copie, qui n’aurait jamais été faite de cette manière.

Dans ce travail soigné sur un sujet de petite dimension, la recherche des effets d’espace et de profondeur est donc claire, et confirme encore une fois l’hypothèse de sujets à voir de près. Un examen attentif montre qu’il y a eu, dans ce tableau de la petite fille, des hésitations sur le paysage, et que des arbres plus nombreux ont peut-être été prévus et mis en place dans des teintes sombres, et non achevés (ou partiellement effacés ?). Le petit oiseleur semble plus abouti, avec une matière plus dense, que Boucher a « monté » plus loin que dans le pendant de la petite fille, peut-être inachevé. On sent bien par exemple derrière lui des arbres posés légèrement dans les tons bruns, repris de la pointe du pinceau dans des teintes gris vert, puis éclairés de touches de blanc. On voit aussi que des teintes roses ont été rapportées dans un dernier temps sur les bleus du ciel, et que ces teintes étaient peut-être à venir aussi derrière la silhouette de la petite fille.
Françoise Joulie

Bibliographie des œuvres
Edith Appleton STANDEN, « Country Children : Some Enfants de Boucher in Gobelins Tapestry », Metropolitan Museum Journal, volume 29, 1994, p. 111-133 (cit. p. 131, n. 58).

Bibliographie générale
G. MONNIER, Inventaire des Collections Publiques Françaises. Musée du Louvre. Pastels des XVIIème et XVIIIème siècles, Paris, 1972, no 28 et 29 (pastels d’après François Boucher).
Alastair LAING, Jérôme COIGNARD, « Boucher et la pastorale peinte », Revue de l’Art, no 73, 1986, p. 55-64.
Alastair LAING, « Madame de Pompadour et les Enfants de Boucher », cat. exp. Madame de Pompadour et les arts, Versailles, Munich, New York, 2002, p. 45-49.
Deux dessins de Boucher de 1763 conservés au musée Boijmans van Beuningen à Rotterdam.
Edith Appleton STANDEN, European Post-Medieval Tapestries and Related Hangings in The Metropolitan Museum of Art, volume I, New York, Metropolitan Museum of Art, 1985, cat. 59, p. 405-407.

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