François DUBOIS (Paris, 1790-1871)

Les retrouvailles de Ménélas et d’Hélène à Troie

44 x 57 cm
Circa 1820. Huile, plume et encre sur papier huilé marouflé sur toile. Annoté au revers à l’encre François Dubois. Sur le cadre, une étiquette portant le numéro 2

Provenance
· France, collection particulière

L’Artiste
Dans l’atelier de Jean-Baptiste Regnault, François Dubois reçut un enseignement classique. Entré à l’École des Beaux-Arts en 1813, il remporta le deuxième grand prix de peinture en 1817 pour Œnone refusant de secourir Pâris blessé. Deux ans plus tard, son Thémistocle se réfugiant chez Admète (Paris, École Nationale des Beaux-Arts, inv. PRP 58), lui valut le Grand Prix et le séjour à la Villa Médicis qui dura quatre ans, de 1820 à 1824.

Présent au Salon de 1814 à 1861, l’artiste excella surtout dans la peinture d’histoire et le portrait historique. Il appartenait à la dernière génération des néoclassiques davidiens et puisait très naturellement ses premiers sujets dans l’antiquité. Sous la Restauration, comme grand nombre de peintres académiques, il se tourna vers les thèmes issus de l’histoire nationale : en 1822, Louis XVIII acquit son Jeune Clovis trouvé par un pêcheur sur les bords de la Marne pour le nouveau musée du Luxembourg. Il reçut ensuite plusieurs commandes de Charles X et de Louis-Philippe, dont des toiles pour le musée historique de Versailles ouvert en 1837. Produisant moins après 1848, Dubois demeura néanmoins dans le grand genre, avec des peintures à sujets religieux.

Sources littéraires
Notre esquisse relate un épisode de la guerre de Troie issu non pas d’Homère, mais du cycle épique et d’Euripide, lorsque Ménélas, roi de Sparte, retrouve Hélène. Selon ces textes, à la mort de Pâris, la belle se remaria avec Déiphobe, fils de Priam et d’Hécube. C’est donc vers la maison de celui-ci et non vers le palais où Ménélas se précipita une fois sorti du cheval de bois. Après un violent combat, il finit par tuer Déiphobe et découvrit son épouse refugiée auprès de l’autel domestique. Ménélas se jeta sur elle l’épée à la main, mais en voyant son visage et son sein découvert dans l’affolement, l’amour le reprit et, au lieu de tuer Hélène, il la protégea aussi bien des Troyens que des Grecs, puis la ramena à Sparte.

Dubois situe les retrouvailles mouvementées de Ménélas et d’Hélène sur le seuil de la maison de Déiphobe dont le corps inerte et ensanglanté git aux pieds du roi de Sparte. Autour, la bataille fait rage, et tandis que les hommes s’affrontent et périssent, plusieurs mains s’agrippent aux vêtements et au bras de la jeune femme, butin de choix. Sévère et résolu, Ménélas la retient par la taille, son épée prête à s’abattre. Hélène, les cheveux défaits, la tunique glissant sur sa gorge blanche, plonge son regard clair et suppliant dans les yeux de son premier mari qui se fige, transpercé par son amour qui renaît. Dans l’ouverture de la porte, deux femmes crient leur douleur en soutenant une troisième, mourante. Enfin, au loin, les soldats grecs envahissent la ville de Troie qui se réveille dans l’aurore rosée.

Datation
La disposition en frise de la composition, le parti-pris hellénisant des costumes, des accessoires et de l’architecture, la noblesse des profils inspirés de l’antique, la gestuelle pathétique placent résolument notre esquisse dans la tradition néoclassique. Mais le traitement de la lumière et le coloris révèlent déjà l’influence du romantisme, ce qui permet de dater notre esquisse vers 1820, date probable du Sommeil d’Oreste conservé à Quimper qui affiche le même goût pour les effets de lumière et les figures étirées. Par ailleurs, la main ici est bien plus sûre et l’organisation mieux maîtrisée que dans La Mort de Darius réalisée par Dubois pour le concours d’esquisses peintes de l’Académie en 1816 (huile sur papier, 42,5 x 37,2 cm, collection particulière). La disposition de notre œuvre se retrouve par ailleurs assez exactement dans le calque de Jean Étienne-Franklin Dubois, frère cadet de François et également élève de Regnault, réalisé pour le Prix de Rome de 1824 qui avait pour sujet La Mort d’Alcibiade (pierre noire sur papier calque, 19,7 x 25,8 cm, École des Beaux-Arts, inv. PC 18081-1824-4).

Technique
L’artiste bâtit sa composition par aplats de peinture posée en suivant le tracé d’un dessin sous-jacent à la plume, rapide et précis. Les touches laissent transparaître dans les zones d’ombre et les contours la teinte brunâtre du papier huilé. La palette à dominante ocre-gris fait ressortir le cramoisi des tuniques, des capes et du sang, le vert terreux de l’armure de Déiphobe, mais surtout l’éclat de la peau porcelainée d’Hélène, le blé de sa chevelure éparse, l’azur de ses yeux, le blanc immaculé de sa robe et le rose de sa ceinture. Une lumière froide vient frapper la frêle silhouette l’isolant des autres protagonistes avec leurs muscles tendus à l’extrême, leurs regards noirs et gestes violents. De même, sculptés par des coups de pinceau vigoureux chargés de matière, les corps enchevêtrés des hommes s’opposent au modelé fondu et délicat de la jeune femme.

Tout en respectant les techniques de l’esquisse peinte sur papier huilé telle que la pratiquait l’Académie au début du XIXe siècle, Dubois rend une œuvre d’une modernité étonnante qui se réclame aussi bien du classicisme davidien, que du maniérisme florentin ou de l’art galant de Fragonard. Le tout est servi d’une facture aux accents de non-fini, tantôt schématique et presque abstraite, tantôt d’une virtuose minutie cernant en quelques touches de pinceau les détails d’armement, les expressions et les gestes.

A.Z.

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