François BOUCHER (Paris, 1703-1770)

Portrait d’un musicien

81 x 65 cm
Circa 1745. Huile sur toile. Signé f. Boucher sur l’encrier

Provenance
· Collection Casimir Perrin, marquis de Cypierre (1793-1844), Paris.
· Sa vente, Paris, Me Bonnefons-Delavialle, 10 mars 1845, lot 19 (« Portrait d’homme tenant un violon. On dit que c’est le portrait de Rameau. Signé »), acquis pour 83 francs.
· Collection Charles Méra, Lyon.
· Sa vente, Lyon, Me Roullet, 8 février 1886, lot 18 (« Beau Portrait de musicien. Signé. Sur toile. Cadre sculpté. 79 x 64 cm), acquis pour 1 180 francs.
· Collection particulière, France.
· Vente Paris, Palais Galliera, 3 décembre 1969, lot 45.
· Vente Sotheby’s, Monaco, 26 octobre 1981, lot 560.

Exposition
1983, New York, Galerie Didier Aaron, no 11.

Le portrait peint est un genre auquel Boucher sacrifie peu. Ses portraits de femmes – et particulièrement ceux de madame de Pompadour – et quelques portraits d’enfants – comme ceux d’Alexandrine Lenormant d’Étiolles ou du duc d’Orléans – sont cependant célèbres. Les portraits d’hommes de sa main sont beaucoup plus rares. Le plus spectaculaire récemment reparu est celui de Sireul qui n’est pas une toile mais un dessin au pastel. Cette technique d’une mise en œuvre facile permet de rendre avec sobriété le raffinement du collectionneur ami du peintre, sans pour autant le contraindre à de longues séances de pose.

Les teintes sourdes adoptées ici qui rappellent d’ailleurs les chromatismes du pastel évoqué plus haut, et la mise en page à mi-corps, confirment le choix d’un portrait intimiste. L’éclat des yeux du musicien, son demi-sourire, le bas de son visage un peu lourd avec des rides bien marquées montrent la maîtrise de l’artiste en même temps qu’une réelle familiarité avec son modèle. Les effets sont discrets et efficaces : aux blancs éclatant de la perruque, du jabot, des manchettes de dentelle répond le velours sombre du costume. Le regard est conduit sans équivoque vers la partition et vers le violon, seul élément traité dans une teinte chaude. Dans le détail, l’aisance du pinceau très visible dans le traitement des blancs, la profondeur des noirs que Boucher est l’un des rares à savoir bien utiliser, l’aspect spatulé des doigts très longs, le poignet à peine trop souple désignent une œuvre de la maturité, qui ne peut donc être antérieure aux années 1745.

L’identité du modèle reste controversée. Les noms de Jean-Philippe Rameau, de Jean-Jacques Rousseau et de Francesco Gemigniani ont été avancés. Celui de Rameau est généralement retenu en raison des liens l’unissant à François Boucher probablement dès les années 1735 car tous deux appartiennent au Caveau, « société bachique et chantante » installée depuis 1732 rue de Buci. Cette même société met aussi Boucher en relation avec le contre-ténor Jélyotte dont il a fait un portrait, avec les écrivains Piron, Fuzelier qui donne le livret des Indes galantes de Rameau jouées pour la première fois en 1735, avec Pannard, Gallet, Collé, et les Crébillon père et fils, qui tous feront travailler l’artiste. Mais les liens sont si proches entre Rameau et Boucher que même les instruments paraissent utilisés dans les peintures de l’un de la même manière que dans les partitions de l’autre. Ainsi par exemple dans ces années 1735-1740, Rameau utilise la flute traversière dans Hyppolyte et Aricie ou dans Castor et Pollux pour la scène des ombres heureuses, là où Boucher va employer la flûte traversière dans le palais éphémère de l’Amour dans lequel Psyché est reçue. Une lettre à Bachaumont montre qu’il s’agit bien d’un choix de l’artiste pour donner à sa composition destinée à une tapisserie une tonalité particulière. En ces années 1735-1740, les œuvres de Boucher sont véritablement mises en musique par des instruments toujours adaptés à la scène qu’ils représentent .

Les liens entre Boucher et Rameau ne se démentent pas pendant toute leur vie : en 1764, on trouve encore Boucher fournissant les décors pour la reprise de l’opéra Castor et Pollux. Il peut donc avoir fait ce portrait du compositeur dans les années 1745. Il reste à savoir si ce tableau donne de Rameau des traits proches de ceux de son buste par Caffiéri exposé au Salon de 1765 et conservé au musée des Beaux-Arts de Dijon. Cet exercice de la ressemblance dans les portraits peints est toujours difficile. La présence discrète d’une plume posée sur le table près du musicien peut indiquer plutôt un compositeur, la partition si elle est identifiée pourrait aussi donner des indices supplémentaires et confirmer cette hypothèse d’un portrait de Rameau.
Mais qu’il nous soit permis d’en avancer une autre. Elle tient compte de la rareté de ces portraits d’hommes dans l’œuvre de Boucher, de la familiarité évidente de Boucher avec son modèle, de la bienveillance avec laquelle il le regarde, et du fait que ce modèle a le temps de poser pour lui. Par son mariage le 21 avril 1733, avec Marie-Jeanne Buzeau, dont les talents de cantatrice étaient reconnus, François Boucher est entré dans une famille de musiciens de l’Académie royale de musique. Peut-être s’agit-il tout simplement de l’un d’entre eux.
Françoise Joulie

Bibliographie générale (œuvre inédite)
A. MICHEL, L. SOULLIE, Ch. MASSON, François Boucher, Paris, s.d. [1906], p. 1061, 60, no 1080.
Pierre DE NOLHAC, François Boucher, premier peintre du roi, Paris, 1907, p.172.

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