Claude LEFEBVRE (Fontainebleau, 1632 – Paris, 1675)

Portrait d’un peintre, les mains appuyées sur son carton à dessins

77 x 60 cm (agrandi de chaque côté à 63,6 cm)
Circa 1670. Huile sur toile sergée à chevrons réguliers

Provenance
· France, collection particulière

Considéré comme l’un des meilleurs portraitistes français de la période pré-versaillaise du règne de Louis XIV, Claude Lefebre attend encore une vraie étude et une reconstitution de son œuvre, malgré les travaux menés par Daniel Wildenstein et Jacques Wilhelm. Ce fut un artiste de transition entre la génération des fondateurs de l’Académie de Juste van Egmont et Louis Elle, à la description minutieuse toute flamande, et celle de François de Troy – son élève – et de Nicolas de Largillierre, au pinceau alerte et suave. En même temps, plus que tout autre portraitiste de son époque, Lefebvre savait adapter sa manière à la circonstance, se montrant capable d’une précision remarquable aussi bien que d’un modelé fondu.

Issu d’une importante famille de peintres travaillant pour Louis XIII, Claude Lefebvre se forma au contact des collections royales de Fontainebleau, sa ville natale, et sous la houlette de son père. Il entra ensuite dans l’atelier d’Eustache Le Sueur, puis chez Charles Le Brun qui, décelant son talent particulier pour le portrait, l’orienta tôt vers ce genre. Peintre du roi dès avant même d’être reçu à l’Académie en 1666, Lefebvre jouissait d’une grande notoriété et eut l’honneur de peindre le roi et la reine, ainsi que les plus grandes figures du royaume, depuis Colbert jusqu’à la Grande Mademoiselle. La brillante carrière du portraitiste fut interrompue par une mort prématurée à quarante-trois ans seulement.

L’inventaire après-décès de l’épouse de l’artiste, Jeanne du Tilloy, dressé en 1674, et celui rédigé après la disparition de Claude Lefebvre le 20 avril 1675, recensent plusieurs dizaines de tableaux, y compris inachevés. Bien qu’inévitablement lacunaires, ces deux documents et la liste des portraits gravés d’après Lefebvre, donnent une idée très précise de sa clientèle. On y découvre les personnages importants de la cour comme le duc d’Orléans ou la fille de Madame de Sévigné, des prélats comme l’archevêque de Paris, mais également des comédiens comme François Juvenon dit La Fleur, des musiciens comme Charles Couperin, des gens de lettres comme Valentin Conrart et des gens des arts : les peintres Samuel-Jacques Bernard et Ephrem Le Comte, le graveur François Chauveau ou le sculpteur François Girardon.

Si les débuts de l’artiste furent marqués par un goût nettement nordique, Lefebvre adopta rapidement des poses plus naturelles, sans rien perdre de l’élégance ni de la solennité. Il semble par ailleurs l’un des premiers à inscrire ses œuvres dans un ovale, tels le portrait présumé du juriste et auteur dramatique Thomas Corneille peint vers 1670 ou l’Autoportrait de l’artiste (collection particulière). Ce dernier, bien que plus travaillé, semble assez proche de notre toile qui représente également un artiste comme l’indiquent le portefeuille à dessins et le porte-mine semblable à celui que tient Antoine Coypel dans son portrait par Gilles Allou (Versailles, inv. MV 3682).

Son identité reste à découvrir, même si un certain air de famille avec Jean Jouvenet, lui aussi élève de Le Brun, pourrait laisser croire qu’il s’agit de son père, Laurent Jouvenet, dit le Jeune (1606-1681), peintre de Rouen. Quoi qu’il en soit, vu l’âge du modèle, c’est certainement un artiste de cette même génération qui paraît avoir été la première à pouvoir goûter aussi bien le portrait officiel commandé par l’Académie ou reproduit en gravure que le portrait intimiste destiné à un cercle familial. Témoignage d’une affinité, d’amitié ou de respect entre les confrères, ces représentations surprennent par leur immédiateté et acuité psychologique. Ici, la pose est décontractée et la gestuelle particulièrement naturelle, tandis que le regard ouvert et légèrement ironique, ainsi qu’un très léger sourire semblent exprimer mieux la personnalité du modèle que la biographie la mieux documentée.

Le choix d’une toile sergée à chevrons réguliers – bien plus courante en France à cette époque qu’en Italie ou dans les Flandres et qui tend à ressortir avec le vieillissement de la couche picturale – se ressent dans le modelé, plus chargé dans les parties éclairées et plus estompé dans les parties sombres comme la chevelure et le vêtement. Le pinceau rapide et la main sûre sont ceux d’un grand maître, capable de saisir en quelques touches l’essentiel d’un visage ou l’ornement délicat d’un jabot en dentelle.
A.Z.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Théodore LHUILLIER, « Le peintre Claude Lefèbvre, de Fontainebleau », Réunion des sociétés savantes des départements à la Sorbonne. Section des beaux-arts, 16e session, 1892, p. 487-510.
Eugène THOISON, « Claude Lefèbvre », Réunion des sociétés savantes des départements à la Sorbonne. Section des beaux-arts, 29e session, 1905, p. 358-383.
Daniel WILDENSTEIN, « Claude Lefebvre restitué par l’estampe », Gazette des Beaux-Arts, LXII, 1963, p. 305-313.
Jacques WILHELM, « Quelques portraits peints par Claude Lefebvre (1632-1674) », Revue du Louvre, no 2, 1994, p. 18-36.
Dominique BREME, Emmanuel COQUERY et al., Visages du Grand Siècle. Le portrait français sous le règne de Louis XIV, 1660-1715, cat. exp. Nantes et Toulouse, 1997.

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