François-Joseph KINSON (Bruges, 1770 – 1839)

Portrait de Madame Heme, née Victoire-Elvire Ogier, nièce du peintre

64,5 x 54,5 cm

Huile sur sa toile et son châssis d’origine.
Signé et daté « Kinson 1828 » en bas à droite.
Cachet BELOT Rue de l’Arbre-Sec N°3 A PARIS.

Provenance :
• Belgique, collection privée.

Bibliographie :

• Denis Coekelberghs et Pierre Loze, 1770 -1830 Autour du néo-classicisme en Belgique, [cat. exp.], musée communal des Beaux-Arts d’Ixelles, Bruxelles, 14 nov.-8 fév. 1986
• Bérénice Vanrenterghem, Kinsoen Kinson (Brugge – 1770 – Brugge 1839), mémoire universitaire inédit, 2007
• Sandra Janssens, Paul Knolle, Joseph Benoit Suvée et le néoclassicisme en Belgique, [cat. exp.], Gand : Snoeck, 2007

« Rentré à Paris il y a consolidé ses succès (…) il y est connu de tous ceux qui aiment les arts
et employé par les riches qui les protègent. »

Après avoir suivi Jérôme Bonaparte à Kassel en 1810 et jusqu’à la chute du royaume de Westphalie en 1813, François-Joseph Kinson rentre à Paris pour poursuivre sa brillante carrière en devenant le peintre du duc d’Angoulême, fils du futur Charles X. Par la suite, il sera nommé chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur par Louis XVIII.

À Paris, l’artiste connaît une ascension fulgurante dans la peinture de portraits. En se tournant vers la sensibilité des visages peints par son contemporain François Gérard, Kinson gagne une nouvelle clientèle bourgeoise. Son étourdissante habileté à transmettre le charme de ses modèles lui assure progressivement de nombreuses commandes.

Réalisé à cette période, notre portrait présente une jeune femme vue à mi-corps, présentée de trois quarts. Elle porte une robe blanche taillée dans une vaporeuse mousseline, entourée d’un fin et léger voile bleu. Cette belle bourgeoise a pu être identifiée comme étant Madame Heme, épouse de Albert-Fréderic Heme et nièce de Kinson. Son doux regard, délicatement posé sur le spectateur, traduit la délicatesse, presque timide du modèle. Son visage maquillé rend cet effet de porcelaine très convoité de l’élégance féminine. La blancheur de sa peau crée ainsi un contraste saisissant avec le fond sombre, permettant de concentrer l’attention du spectateur sur les traits de la jeune femme.

Madame Heme est habillée à la mode de l’époque, sa robe vaporeuse au large décolleté est agrémentée d’un volant, et sa coiffure au « nœud d’Apollon » laisse s’échapper d’élégantes boucles qui retombent sur son front. En effet, le portrait est un moyen d’illustrer la condition sociale du modèle : dans la sobriété de sa tenue, son bras délicatement posé sur la poitrine laisse apparaître une manchette d’or et de pierreries, en écho à son rang social.

Le climat doux et sensuel de notre portrait laisse imaginer qu’il est issu d’une commande privée. Réalisé à l’apogée de la carrière de Kinson, ce portrait arbore toutes les qualités de son art, manifestant son sens de la psychologie tout autant que sa maîtrise technique. Le fond sombre esquissé et légèrement brossé retranscrit l’illusion d’un ciel orageux, aux prémices du romantisme qui magnifie le visage du modèle traité tout en douceur par des touches fondues exprimant douceur et mélancolie.

L’intemporelle poésie dont François-Joseph Kinson fait preuve dans ses portraits est très apprécié. Notre tableau est le reflet de la brillante carrière de cet artiste accompli à la renommée internationale menée en tant que portraitiste de la haute société.

M.O.

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