Louis RICQUIER (Anvers, 1792 – Paris, 1884)

Une famille italienne devant un paysage

61,5 x 51 cm
Circa 1835. Huile sur panneau d’acajou. Monogrammé LR en bas à droite. Au revers, une étiquette de collection avec le numéro 13552

Provenance
· France, collection particulière.

M. Ricquier a de la couleur, du dessin et une excellente touche.
André Van Hasselt, 1841.

Louis Ricquier est l’un des plus importants peintres d’histoire belges de la première moitié du XIXe siècle. Originaire d’Anvers, il étudia à l’Académie Royale de sa ville natale sous la direction de Mathieu-Ignace Van Brée (1773-1839) et y remporta deux premiers prix. Dans les pas de ses aînés – les brugeois Joseph-Benoît Suvée, directeur de l’Académie française à Rome, et François-Joseph Kinson, le sculpteur liégeois Henri-Joseph Rutwhiel ou son maître Van Brée, lauréat du deuxième prix de Rome en 1797 – et profitant de l’annexion française, le jeune artiste vint à Paris en 1812. Ricquier y retrouva Philippe Van Brée (1786-1871), le jeune frère de son professeur. L’année suivante, il présenta au Salon d’Anvers un grand tableau peint à Paris, Androclès tirant l’épine de la patte du lion. On le retrouve de nouveau parmi les participants en 1816, après la chute de l’Empire et la création du royaume uni des Pays-Bas. L’artiste avait opté pour un sujet original, Fernand Cortès triomphant de Montezuma.

Le soutien offert aux artistes belges par Guillaume II, soucieux de développer les arts, permit au peintre, accompagné de son ami, Philippe Van Brée, d’effectuer un voyage de trois ans en Italie. Partis en 1816, les jeunes gens enthousiastes visitèrent Florence, Rome et Napes, remplissant des carnets de croquis et s’imprégnant de la chaude lumière transalpine.

De retour d’Italie, Ricquier participa régulièrement aux Salons de Gand, d’Amsterdam et de Bruxelles avec des œuvres « troubadour » mettant en scène des personnages de la Renaissance flamande et du Siècle d’Or : Rubens, Van Dyck, l’amiral Bloys van Treslong, Jacqueline de Bavière ou le prince d’Orange. Il ne délaissa pas pour autant Paris et y exposa un Sujet de l’histoire de Christophe Colomb au Salon de 1822. C’est également dans la capitale française qu’il se maria en 1824 avec Marie-Catherine-Thérèse Van Brée, la sœur de Mathieu-Ignace et Philippe. Le couple finit par s’installer définitivement rue Saint-Lazare peu avant 1840.

Né de la révolution de 1830, le jeune État belge voulut affirmer son identité en exploitant la tradition historique, encourageant les peintres à puiser leurs sujets dans le glorieux passé des Flandres. Au Salon de Bruxelles de 1830, la Capitulation du bourgmestre Van der Werff de Gustave Wappers, élève lui aussi de Mathieu-Ignace Van Brée, fit sensation. À contre-courant de ses compatriotes, Ricquier abandonna au contraire les thèmes historiques et alla renouveler son inspiration sous le soleil de Naples. Son envoi au Salon parisien de 1833 ne compte pas moins de sept tableaux, uniquement des paysages de Campanie et des scènes de genre sous-titrées « costumes d’Italie » (nos 2012-2018). L’une d’entre elles, Une Famille de brigands qui comporte beaucoup d’affinités avec notre œuvre, lui valut une médaille de seconde classe. Il fut acquis par le musée des Beaux-Arts de Bruxelles (inv. 157, huile sur bois, 50 x 42 cm). La thématique italienne ne quitta plus Ricquier : il présenta encore des Pêcheurs napolitains, vue du golfe de Salerne, prise de Vietri au Salon de 1849 (no 1741) et une Vue prise à Naples au Salon de Lyon de 1852 (no 342).

Comme Louis Léopold Robert, Victor Schnetz ou Guillaume Bodinier, Ricquier trouva dans le quotidien et les figures des brigands et paysans italiens le pittoresque, le romantisme et cette « sauvagerie mystique pleine d’originalité » dont parle Berlioz lorsqu’il décrit les pifferari des Abruzzes qui l’avaient fasciné pendant son voyage à Rome en 1831.

Les tableaux italianisants de Ricquier, dont notre Famille italienne, sont généralement de dimensions réduites et peints sur bois dont la surface lisse convenait idéalement à la touche minutieuse de l’artiste et à son faire précieux et émaillé hérité des maîtres du XVIIe siècle. À l’instar de ses tableaux « troubadour », les compositions sont statiques et les personnages pourtant modestes affichent les mouvements élégants, les gestuelles retenues et les expressions intériorisées des dames et des chevaliers du passé. Le peintre se plaît dans la contemplation tranquille de ses protagonistes et la description admirative de leurs tenues sophistiquées et bigarrées.

Notre panneau met en scène une famille profitant d’une douce soirée d’été sur une terrasse qui surplombe une vallée étroite, avec de fiers bourgs fortifiés dominant le paysage du haut de leurs collines. Les montants en pierre et le treille garnie de raisin forment tel un cadre à l’intérieur du tableau, célébrant le bonheur familial tout simple du couple de paysans avec leurs deux petits garçons et un chien. Le soleil couchant les enveloppe de reflets dorés, traverse les étoffes fines, se répand en éclats dans les rayures satinées du tablier ou les boucles d’argent et emplit la scène d’une poésie nostalgique et poignante.
A.Z.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Patrick et Viviane Berko, Dictionnaire des peintres belges nés entre 1750 & 1875, Bruxelles, Laconti, 1981.

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