Robert Anning BELL (Londres, 1863-1933)

Ariane

70,5 x 44,5 cm
Circa 1896 Bas-relief en plâtre polychrome, rehauts d’or Signé R. A. BELL en bas à droite. Encadrement d’origine

Provenance
· Grande-Bretagne, collection particulière
Expositions
1896, Londres, Royal Academy, no 1872.
1896, Liverpool, Walker Art Gallery, Autumn exhibition of modern pictures in oil and water-colours, no 1214 (hors vente).
1897, Leeds City Art Gallery, The Spring Exhibition, no 844.

L’un des derniers préraphaélites et l’un des premiers représentants du modern style ou Art Nouveau anglais, l’un des artistes les plus originaux et complets du mouvement Arts & Crafts, Robert Anning Bell s’essaya à toutes les techniques de l’aquarelle et illustration au vitrail et la mosaïque, en passant par la tempera, la céramique ou la médaille.

Bell commença sa formation artistique auprès de son oncle, l’architecte Samuel Knight. Il étudia ensuite au Westminster College of Art avec le peintre Frederick Brown et à l’École Royale des Beaux-Arts (Royal Academy Schools). En 1887, il partit parfaire son éducation à Paris, à l’Académie Julian et dans l’atelier du peintre et sculpteur Aimé Morot, où il resta un an, puis en Italie. Sensible et curieux, Bell se passionna, sur le continent, pour les œuvres des symbolistes, les sculptures polychromes de Jean-Léon Gérôme (beau-père de Morot), les vitraux des cathédrales gothiques, les mosaïques de Ravenne, les tableaux de Giovanni Bellini ou les céramiques de Luca della Robbia, soit autant d’influences qui allaient marquer profondément son œuvre durant sa belle carrière jusque dans les mosaïques pour la cathédrale de Westminster et le Parlement créées entre 1914 et 1922.

En France, Bell se lia d’amitié avec George Frampton (1860-1928), membre de l’Art Workers Guild dès sa fondation en 1884 et le fondateur du mouvement New Sculpture, qui fut, selon le critique Marion Harry Spielmann « en rébellion ouverte contre la sculpture blanche ». À leur retour à Londres, les deux artistes louèrent un atelier et travaillèrent ensemble sur un grand retable polyptique présenté à l’exposition de la Arts & Crafts Society et installé à l’église Sainte-Claire de Liverpool en 1890. C’est grâce à Frampton que Bell découvrit la technique du plâtre polychrome qui lui permettait d’exprimer pleinement ses talents de peintre et de sculpteur. Encadrés comme des tableaux, ses bas-reliefs colorés firent sensation lors des expositions Arts & Crafts, ce qui le poussa, en 1896, à envoyer au salon annuel de la Royal Academy non pas une peinture, mais un plâtre, et plus exactement Ariane que nous présentons.

À son habitude, Bell se concentre sur une seule figure féminine, représentée, comme souvent chez l’artiste, de profil. Assise sur une souche d’arbre, Ariane contemple, résignée mais introspective, la trière de Thésée qui s’éloigne de l’île. Seul élément rappelant le mythe, voire l’Antiquité, il contraste avec l’habit de la jeune femme, fait d’une chemise bleu ciel, d’une robe verte à corsage lacé d’inspiration Renaissance et d’une étole rouge carmin qui ne rappellent une tunique grecque que par l’abondance de leurs plis. Bell utilise le sujet comme prétexte à une recherche purement plastique et symbolique, où se lisent les souvenirs du Couronnement de la Vierge de Fra Angelico ou des reliefs d’Agostino di Duccio pour le Temple Malatesta de Rimini. Semblable à celle des maîtres anciens, sa palette réduite à quelques couleurs est dominée par le jaune d’or : il est le ciel parcouru des rayons du soleil levant, la chevelure dorée d’Ariane, sa peau diaphane ou les reflets de lumière sinueux sur les drapés mouvementés. De même, le naturalisme de certains détails à l’instar de l’herbe au premier plan contraste avec le sommaire de la mer, la géométrie du ciel et la fluidité quasi organique des plis. Le tout est cerné d’une ligne pure et très graphique qui se retrouve dans ses illustrations, dont celles pour l’édition de 1897 des poèmes de John Keats.

L’originalité et la force décorative d’Ariane incitèrent le jeune architecte Edwin Lutyens, futur bâtisseur de New Deli, à associer Bell à l’ambitieux projet du domaine du Bois des Moutiers à Varengeville-sur-Mer, conçu dans le plus pur style Arts & Crafts comme une œuvre d’art totale à la demande de Guillaume Mallet et d’Adelaïde Grunelius, un couple de riches français. Partie intégrante de la décoration intérieure, dotés d’encadrements simples, les bas-reliefs de Bell sont placés entre les portes qui mènent vers les chambres. Sans sujet véritable, ces plâtres décoratifs créent une atmosphère particulière et apaisante, propice à la contemplation et la méditation.
La figure d’Ariane fut remployée par l’artiste dans une aquarelle peinte en 1900, Music by the water, conservée à la Tate Gallery.
A.Z.

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