École du Val de Loire de la fin du XVe siècle

Le Christ assis sur un trône fleurdelisé

44 x 40 cm
Circa 1500, pierre calcaire à grain fin, badigeon ocre clair, traces d’une polychromie ancienne et de rehauts d’or

Provenance
· France, collection particulière

L’originalité de la sculpture que nous présentons réside aussi bien dans la marque laissée dans le corps même de l’œuvre par son histoire mouvementée que dans son iconographie singulière, voire unique, et, partant, dans son caractère intemporel.

Notre sculpture fut très probablement brisée la première fois à la Révolution, à cause sans doute des fleurs de lys qui l’ornaient. Arrachée à son environnement d’origine, elle fut ensuite brutalement amputée de sa partie supérieure et rabotée de tous les côtés de manière à pouvoir s’intégrer dans un bâti en pierre de taille. Les groupes sculptés du couvent des Carmes de Tours connurent la même tragédie : cassés et transformés en moellons de construction, ils furent retrouvés en 1968 lors de fouilles (Tours, musée des Beaux-Arts). En plus d’être retaillée, la face de notre œuvre, avec ses éléments trop saillants, fut comblée par du plâtre afin de donner à l’ensemble l’aspect d’un bloc rectangle. Curieusement, ce plâtre sauva de la destruction non seulement les détails finement sculptés, mais également la délicate polychromie à dominante bleu et or.

Extraite de la maçonnerie et débarrassée de ses ajouts, l’œuvre révèle, malgré les mutilations, une grande qualité d’exécution. Il s’agit sans doute possible du Christ de la Passion, reconnaissable à sa nudité et au drapé qui recouvre ses hanches : Saint Jean Baptiste aurait été figuré avec une peau de chameau et un roi ne pourrait pas apparaître les jambes nues. Jésus est assis sur un trône, selon le verset de l’Évangile de Matthieu : « or quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, il s’assiéra alors sur son trône de gloire » (Mat. 25, 31). La présence de ce trône écarte l’iconographie du Christ aux liens ou Christ de pitié, apparue vers 1470, et qui concentre toute la Passion, puisqu’elle reprend le moment où le Rédempteur couronné d’épines et les mains liées est présenté au peuple.

Notre fragment serait donc le Christ en majesté, probablement celui du Jugement dernier, même s’il est alors généralement représenté assis sur un arc-en-ciel et avec une cape recouvrant les jambes, comme dans l’enluminure de Jean Colombe dans les Heures de Louis de Laval (BnF mss lat. 920, fol. 335). Ce qui frappe surtout, ce sont les fleurs de lys semées sur le devant du trône, rendant l’iconographie d’autant plus complexe et exceptionnelle, la justice divine se confondant avec la justice royale. Difficile d’imaginer une telle association du sacré et du profane dans une sculpture d’église. En revanche, ce Christ pourrait avoir fait partie d’un tombeau d’un grand serviteur de la Couronne, les programmes ambitieux de ces ensembles sculptés amenant parfois les artistes à s’écarter des iconographies conventionnelles. Les côtés du trône où l’on devine des rinceaux et des profils dans des médaillons pourraient par ailleurs être plus facilement apparents que dans le cas d’une sculpture présentée dans un tabernacle.

Notre sculpture est assez représentative de la statuaire tourangelle de la première Renaissance dont la mesure et l’équilibre semblent être les caractéristiques dominantes, avec des artistes tels que Michel Colombe et Guillaume Regnault. Les plis moelleux ou l’ornement du trône avec les grains et les fleurs qui appartiennent au langage classique confirment la datation autour de 1500. En même temps, la qualité toujours perceptible de la sculpture du relief, l’élégance des drapés, le raffinement dans le traitement des carnations témoignent de l’intervention d’un sculpteur habile. La comparaison avec le Saint Jean Baptiste anonyme de l’église paroissiale Saint-Martin d’Audrèche (pierre calcaire, H. 133 cm) est particulièrement convaincante. Outre la ligne gracieuse des jambes, on peut noter l’emploi du badigeon ocre, le naturel marqué dans la posture, la facture des plis moelleux ou les bords du drapé affinés au maximum possible face aux contraintes de la matière.

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