Ary Jean Léon BITTER (Marseille, 1883-1973)

Louis XIII enfant à cheval

34 x 31 x 18 cm (avec socle)
Circa 1935. Terre cuite. Signé Bitter sur la terrasse et titré Louis XIII enfant sur la face. Socle en chêne clair d’origine.

L’Artiste
C’est le père d’Ary Jean Bitter, représentant de commerce, qui, remarquant le talent de son fils, l’inscrivit à l’École des Beaux-Arts en 1895, dans la classe d’Émile Aldebert. En 1902, le jeune artiste remporta le concours triennal et obtint une bourse de la ville de Marseille pour continuer sa formation à l’École nationale des Beaux-Arts. Il travailla d’abord dans l’atelier d’Ernest Louis Barrias, puis chez Jules Coutan (1848-1939). Présent au Salon des Artistes Français depuis 1910, Bitter reçut de nombreuses médailles – d’argent pour Bacchus en 1921, puis d’or pour Diane en marbre en 1924 – et gagna plusieurs concours, mais ne parvint pas à remporter le très convoité Prix de Rome malgré plusieurs tentatives.

Dans l’après-guerre, le sculpteur reçut plusieurs commandes d’État, dont la décoration de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles à Marseille, et signa des contrats d’édition avec les fonderies Susse (vingt-neuf oeuvres éditées) et Les Neveux de Jules Lehmann (seize oeuvres), ainsi que la Manufacture Nationale de Sèvres.

Notre sculpture
C’est très certainement à cette époque particulièrement prolifique dans la carrière de l’artiste que se rapporte notre terre cuite, bien loin pourtant du répertoire habituel de Bitter qui réservait les petits volumes aux jeunes femmes nues et aux enfants faunes jouant avec des animaux. Modelée avec fougue, la sculpture montre un garçon vêtu à la mode du XVIIe siècle chevauchant avec aisance un cheval puissant et musculeux brillamment rendu – Bitter était connu pour ses sculptures animalières. Le jeune prince porte fièrement sur son poing ganté un faucon encapuchonné et retient les rênes de sa main droite dans une attitude qui rappelle beaucoup le Portrait équestre de Louis XIV enfant partant pour la chasse de Jean de Saint-Igny conservé à Chantilly. Toutefois, plus que le titre autographe tracé par l’artiste lui-même dans la terre encore humide et difficilement lisible, la collerette haute permet d’identifier le personnage comme étant Louis XIII plutôt que son fils.

Présent dans la grande majorité des images de l’héritier de Henri IV, de François Pourbus à Pieter Paul Rubens en passant par les gravures de Léonard Gaultier, ce large col rabattu apparaît également dans le Louis XIII en pied réalisé par François Rude en 1842 et dont la version en bronze fondue par Barbedienne fit sensation à l’Exposition Universelle de 1878 (Dijon, Musée des Beaux-Arts). Si Bitter n’avait peut-être pas eu l’occasion de voir cette oeuvre, conservée dans la famille de Luynes, il connaissait certainement l’élégante statuette réalisée pour Barbedienne par le neveu de Rude, Emmanuel Frémiet, exposée au Salon de 1902 et très largement diffusée. Notre terre cuite apparaît même comme une sorte de réponse moderne à l’oeuvre de Frémiet, caractéristique de la sculpture d’histoire du XIXe siècle avec son abondance de détails finement travaillés.

Ici, l’exactitude historique laisse place au mouvement qui ne cherche pas à être naturel, mais obéit à un rythme intérieur, créant cette impression de danse propre à l’Art Déco. En même temps, la composition instable et le modelage apparent éloignent notre terre cuite des bronzes et marbres de Bitter, avec leur facture lisse et leur organisation graphique et équilibrée. En revanche, ce Louis XIII enfant est très proche des dix terres cuites de taille très comparable réalisées par l’artiste en 1938 pour le musée Hector Berlioz à La Côte-Saint-André et ayant pour sujet les oeuvres du compositeur : Les Troyens, La Damnation de Faust et Roméo et Juliette. Ceci permet non seulement de dater notre sculpture de la même époque, mais également de la considérer comme une oeuvre achevée et non une esquisse préparatoire à une fonte en bronze nécessairement plus finie. Nouvelle dans l’art de Bitter, cette esthétique d’ébauche qui laisse visible le métier du sculpteur, sa main et son imagination, permit à l’artiste de réinventer la sculpture historique tombé en désuétude depuis la révolution de l’Art Nouveau.
A.Z.

Charger plus