Constantin MEUNIER (Etterbeek, 1831 - Ixelles, 1905)

Tête de mineur

32,9 x 28,3 cm
1893. Fonte au sable, bronze à patine brune nuancée. Signé en haut à droite et daté en haut à gauche.

Provenance
· France, collection particulière

Peintre et sculpteur réaliste, Constantin Meunier fut l’un des plus éminents représentants de l’art social belge à la fin du XIXe siècle. Son frère Jean-Baptiste avait été élève en gravure chez Luigi Calamatta, et exerça une forte influence sur l’art de son cadet. En parallèle de sa formation à l’Académie de Bruxelles avec Louis Jehotte comme professeur de sculpture, Constantin Meunier suivit l’enseignement du sculpteur Charles-Auguste Fraikin. Il exposa pour la première fois au Salon de Bruxelles de 1851. C’est lors de ce Salon qu’il découvrit Les Casseurs de pierre de Gustave Courbet et son réalisme qui devaient marquer profondément son œuvre.
Jusqu’en 1884, l’artiste se consacra uniquement à la peinture, réalisant des tableaux de genre et d’histoire, ainsi que de nombreuses compositions religieuses, inspirées de ses retraites chez les Trappistes de Westmalle. En 1878, le fils de son ami Charles De Groux l’invita à Herstal près de Liège, région célèbre pour ses armureries. Mais la véritable rencontre de Meunier avec le monde industriel eut lieu en 1880 lorsque Camille Lemonnier entreprit une étude encyclopédique de la région du Borinage, pays minier du Hainaut, et l’invita à se joindre à lui.

Ce fut l’occasion d’un tournant artistique majeur, une seconde carrière pour Meunier, qui se découvrit également une passion pour la sculpture et la fonte de bronze qui lui semblait se rapprocher davantage du travail des ouvriers. Profondément marqué par la condition des ouvriers, il s’attacha dès lors à retranscrire les aspects sociaux et industriels de la Belgique, dans une réalité sans fards ni concessions, à commencer par les illustrations de l’ouvrage de Lemonnier, La Belgique. L’artiste devint également militant au Parti ouvrier belge.

En 1886, son Marteleur, conçu dans le cadre de son projet de Monument au travail, reçut une mention honorable au Salon de Paris. Il fut également invité à prendre part aux expositions du Groupe des XX, mouvement d’avant-garde belge, et à la Sécession de Vienne en 1898.

D’une remarquable qualité de fonte, notre œuvre date de la même année que l’huile sur toile intitulée Le Pays noir. Le personnage aux traits anguleux est un archétype dans l’œuvre de Meunier : on retrouve ces figures de profil, fatiguées par le labeur du Pays noir dans le bas-relief de bronze exposé au Salon de 1893, Mineurs à la sortie du puits, puis dans les plâtres et les plaques de bronze jusqu’à celle commandée en 1904 par le marchand de charbon Édouard Taymans et tirée à plusieurs exemplaires.
Le profil identique au nôtre apparait également dans une gravure non datée de Meunier intitulée Mineurs. Borinage qui se rattache au travail de l’artiste sur le Triptyque de la mine (La remonte, Le Calvaire, La descente) (huile sur toile, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts, inv. 10000/176).
L’originalité de la Tête de Mineur réside dans le fait qu’elle forme pendant avec le profil du Marteleur, une plaque issue de la sculpture de 1886. Il reste difficile de connaître précisément leur diffusion, mais elle paraît restreinte en comparaison d’autres modèles.

De dimensions presque identiques, les deux bas-reliefs présentent une tête d’homme de profil gauche qui semble faire corps avec la matière, tout en rendant avec une acuité étonnante les traits puissants et irréguliers des modèles. Mais ici, le bord du casque forme une diagonale mécanique et tranchante, qui contraste avec le reste modelé d’une main sûre, sans recours au ciseau. Aussi, les pupilles ne sont pas creusés et les iris ne sont pas indiqués. Le sculpteur se concentre sur la manifestation silencieuse de l’effort, il héroïse et glorifie le travail. « C’est cet orgueil qui s’exprime dans la noble harmonie des formes, dans le regard des figures de Meunier ; même quand ces figures disent la lassitude, elles disent encore l’énergie qui va reprendre son élan. Ce sont des Atlantes qui vont se redresser, vainqueurs du fardeau » (Vanzype).

Bibliographie de l’œuvre
Morceaux choisis du XIXe siècle dans les collections des musées d’Ile de France, cat. exp., Paris, mairie du IXe arrondissement, 1989, p. 222, no 183, repr. (épreuve du musée d’art et d’histoire de Saint-Denis).
Les XX, la Libre Esthétique 100 ans après, cat. exp. Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 1993, no 166, p. 486, repr. (épreuve du musée des Beaux-Arts de Bruxelles).

Bibliographie générale
Marguerite DEVIGNE, Constantin Meunier. Les grands Belges, Turnhout, 1919.
Gustave VANZYPE, « Constantin Meunier, une œuvre d’exception ? », Bulletin de la Classe des Beaux-Arts de l’Académie royale de Belgique, 1931, 5ème série, t. 13, p. 59-72.
Micheline JEROME-SCHOTSMANS, Constantin Meunier, sa vie, son œuvre, Waterloo, Olivier Bertrand Éditions et Belgian Art Research Institute, 2012.
Francesca VANDEPITTE, Constantin Meunier, cat. exp. Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 2014.

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