Hector Joseph LEMAIRE (Lille, 1846 - Paris, 1933)

Un moine apprenant à lire aux enfants

H. 46,5 cm, L. 28 cm
Circa 1890. Terre cuite. Signé lemaire à droite sur la terrasse.

Provenance
· France, collection particulière

Natif du quartier de Moulins à Lille, Hector Lemaire se forma à la sculpture dans l’École des Beaux-arts de sa ville natale, avant de rejoindre Paris en 1860 à l’âge de quatorze ans. Après avoir suivi les cours de la Petite École, il intégra en 1865 l’École des Beaux-Arts, dans l’atelier d’Auguste Dumont. L’année suivante, Lemaire remportait le concours Wicar. Le peintre Jean-Baptiste Wicar avait légué à sa ville natale son atelier romain, qui accueillait désormais des jeunes artistes nés à Lille. À la façon des lauréats du Prix de Rome, ces derniers bénéficiaient pendant quatre ans d’une bourse d’études, en échange d’envois réguliers qui venaient enrichir les musées lillois. Lemaire, qui prit la suite du peintre Carolus-Duran, séjourna ainsi dans la Ville Éternelle jusqu’en 1870. Ses œuvres romaines attestent d’un goût antiquisant que traduisent ses titres, tempéré par un attrait pour la sensibilité néo-renaissante alors très en vogue dans la sculpture française.

Le sculpteur exposa dès 1869 au Salon parisien. Sa carrière fut honorée de maintes récompenses, dont deux médailles d’Or aux Expositions Universelles de 1889 et 1900. Il bénéficia de plusieurs commandes publiques dont La Musique pour le théâtre de Bordeaux ou, en 1899, le décor de l’horloge sur la façade arrière du Petit-Palais. Lemaire avait été également professeur à l’École des Arts Décoratifs et forma plusieurs sculpteurs de talent, à l’instar de Naoum Aronson.

L’analyse de l’œuvre sculpté d’Hector Lemaire témoigne de son attachement presque exclusif à la figure féminine, qu’il aime à accompagner d’enfants. Comme une exception, le personnage central de notre groupe est ici un moine tonsuré, qui porte des sandales, un camail boutonné par-dessus son habit, et la marque presbytérale qu’est l’étole. Son pied droit repose sur un livre épais. Le moine en tend un autre, ouvert, à un jeune garçon aux pieds nus et vêtement élimés. Une fillette tenant un panier et une serpette, un châle croisé sur les épaules, est accoudée sur le genou droit de l’homme. L’artiste a probablement représenté ici un fondateur d’école ou d’orphelinat. Notre groupe pourrait ainsi s’avérer un projet de monument destiné à prendre place dans la fondation du religieux.

La terre cuite, légèrement patinée, est travaillée avec précision. La tête pensive du moine révèle un modelé naturaliste – jusqu’aux pommettes saillantes ou aux plis soucieux du front. La chevelure et la longue barbe bifide sont exécutées avec souplesse. Les visages des enfants, moins fouillés, sont ceux de deux poupins. Leurs postures naturelles forment un contraste touchant avec l’attitude contemplative du vieux moine, et traduisent l’habileté de Lemaire, qui réalise par un jeu de lignes complémentaires un groupe au savant équilibre. Le sculpteur a utilisé différents outils pour le travail des étoffes, accentuant les plis, ciselant le bas de l’étole ou les franges du châle, ou encore suggérant par des stries les rayures du pantalon du jeune garçon.

On reconnaît, sur la terrasse, la signature très caractéristique de l’artiste avec le L initial largement ouvert englobant le E, et le M anguleux, telle qu’elle apparaît notamment dans la Fanchonette éditée en porcelaine par la manufacture Laporte de Limoges ou Andromède enchaînée.

M.B.

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