La promenade dans le jardin des Tuileries

William COLLINGWOOD SMITH

La promenade dans le jardin des Tuileries

Plume et aquarelle
Signé en bas à gauche "W Collingwood Smith / London »
52,5 x 90 cm

Provenance :

• Edimbourg, Lyon & Turnbull, 14 mai 2025, sous le n°224
• Paris, Tajan, 23 octobre, 2025, sous le n°19
• France, collection particulière.

Bibliographie :

• Mallalieu, The Dictionary of British Watercolour Artists up to 1920, 1976-1990.
• John Roget, A History of the ’Old Water-Colour’ Society, now the Royal Academy of Painters in Water Colours, 2 vols., London 1891.

William Collingwood Smith naît et grandit à Greenwich en Angleterre, au sein d’un milieu bourgeois cultivé.
Très tôt, il se découvre une véritable passion pour le dessin et la peinture. Sans suivre de formation académique structurée, il se forme peu à peu en autodidacte, tout en bénéficiant des encouragements d’artistes locaux. Il suit ainsi, de manière occasionnelle, l’enseignement de certains d’entre eux, notamment celui de James Duffield Harding (1798-1863).

Le jeune artiste développe une passion marquée pour le paysage, un genre particulièrement apprécié sous l’ère victorienne et dans lequel il trouve un moyen naturel d’exprimer son talent. Peintre de paysages mais aussi de marines, il commence par travailler à l’huile avant de s’orienter vers une technique alors en plein essor en Grande-Bretagne : l’aquarelle. Le renouveau de cette pratique en France, dans les années 1820, doit d’ailleurs beaucoup à l’Angleterre, où l’aquarelle était devenue, dès le XVIIIᵉ siècle, un véritable « art national », affranchi de la tutelle académique depuis la fondation en 1804 de la Royal Watercolour Society. C’est ainsi que Delacroix, Charlet ou encore Géricault furent initiés à cette technique par des artistes britanniques tels que les frères Fielding ou Bonington.

En observant les œuvres de Turner, de Girtin et d’autres maîtres de la Royal Watercolour Society, Smith décèle progressivement tout le potentiel de ce médium : la spontanéité du plein air, la fraîcheur du rendu et la quête d’une expression naturelle, dénuée d’artifice. Doté d’un sens inné du dessin, l’artiste s’approprie sans difficulté cette technique nouvelle qui correspond parfaitement à sa sensibilité.
Smith apprécie tout particulièrement la richesse chromatique que permet l’aquarelle, médium grâce auquel il peut saisir avec finesse les effets atmosphériques changeants. Il acquiert une certaine reconnaissance en exposant à la Royal Academy (1836-1855), au British Institute (1836-1855) puis à la Watercolour Society (1843-1855). La dextérité et la minutie de son pinceau lui confèrent une réelle autorité dans le milieu artistique. Élu membre associé de la Watercolour Society en 1843, il en devient le trésorier de 1854 à 1879. Parallèlement, il enseigne l’art tant à des professionnels qu’à des amateurs.

A partir de 1850, il parcourt l’Angleterre et au-delà des frontières, dont l’Italie et la France où il puise de nouvelles sources d’inspiration. En Normandie puis à Paris, l’artiste tire de nombreuses aquarelles de ces vues exceptionnelles qu’il croque sur le vif.
L’histoire du palais des Tuileries — dont on distingue une partie de la façade centrale à l’arrière-plan de notre composition — commence en 1564, lorsque Catherine de Médicis, veuve d’Henri II et future figure influente auprès de son fils Charles IX, ordonne l’édification d’une nouvelle résidence. Peu séduite par les bâtiments médiévaux puis renaissants existants, elle fait construire un palais entièrement neuf, non loin toutefois des anciennes demeures royales. Elle choisit pour cela un terrain situé à une centaine de mètres au-delà des murailles de Paris, sur un site argileux exploité depuis des siècles pour la fabrication de tuiles : de là vient le nom du lieu-dit, les « Tuileries ».
Le 23 mai 1871, en pleine insurrection de la Commune de Paris, les insurgés prennent le pouvoir dans la capitale. L’ordre est donné d’incendier ce qui fut jusqu’alors l’un des symboles majeurs de l’autorité impériale : le palais des Tuileries. Transformé en un immense brasier, l’édifice n’est plus qu’un amas de ruines qui demeurera à l’abandon pendant douze ans, avant d’être entièrement démoli.

Sans le savoir, Smith immortalise ici un monument historique voué à disparaître. Dans cette parenthèse heureuse de la vie parisienne sous le Second Empire, le peintre met en lumière un lieu de promenade emblématique de la bourgeoisie : le jardin, espace de sociabilité et de loisirs. Les enfants jouent, les chiens courent aux pieds de ces promeneurs élégamment vêtus entre hauts-de-forme et crinolines, déambulant dans une atmosphère paisible et raffinée.
Jusqu’à sa démolition, le palais des Tuileries demeure un motif très apprécié des peintres et dessinateurs qui, depuis les allées du jardin, croquent la vie parisienne. Au cours du XIXe siècle, de nombreux artistes, à l’instar de Smith, se laissent séduire par cette architecture emblématique du pouvoir. Sous Louis XVIII, Antoine Ignace Melling (1763-1831) réalise une gouache de dimensions similaires à notre feuille représentant une foule devant le palais (ill. 1).

Maître dans l’art de l’aquarelle, Smith excelle particulièrement dans l’usage du lavis, qu’il applique avec une grande retenue, sans jamais surcharger la feuille. Il comprend l’importance fondamentale de la lumière et en restitue les effets grâce à de très fines superpositions de couches transparentes, qui intensifient les tonalités sans alourdir la matière. Sa technique subtile lui permet de rendre avec justesse les variations atmosphériques : ciels brumeux, humidité diffuse ou lueurs dorées éclairant doucement la scène.

L’artiste accorde une place privilégiée à la végétation du jardin, qu’il anime par des jeux d’ombre et de lumière, conférant aux feuillages un aspect vaporeux. Il travaille par camaïeux délicats, et la palette de notre feuille s’organise autour des ocres, des bleus, des gris perle et des verts d’eau, rehaussés de quelques touches plus colorées dans les personnages du premier plan. L’ensemble demeure empreint d’une douceur tonale qui renforce l’atmosphère calme et élégante.
Les contours, tracés directement à la plume, restent souples et discrets, privilégiant la délicatesse des formes et des mouvements. Sa maîtrise lui permet de conférer un caractère à la fois naturel et précieux à ses compositions, souvent de dimensions ambitieuses — comme en témoigne notre feuille — rivalisant avec le tableau de chevalet.