Paul César HELLEU (Vannes, 1859 - Paris, 1927)

Deux études d’Alice Helleu

60 x 42 cm
Circa 1900. Sanguine, pierre noire et craie blanche sur papier. Signé Helleu en bas à droite au crayon.

« Helleu est avant tout un croqueur des ondulations et des serpentements du corps de la femme », écrivait à son sujet Edmond de Goncourt. Dandy parisien, à la silhouette longiligne et tout de noir vêtu, Paul-César Helleu incarne en effet l’image d’une époque décrite par Proust, toute en élégance et en raffinement. Il avait commencé sa carrière dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme, où ses condisciples admiraient ses facilités, autant que la sûreté de son jugement esthétique. Le goût d’Helleu le porte vers les impressionnistes, tout autant que vers l’art du XVIIIe dont il décore sa demeure. Il est également féru d’art japonais, auquel il emprunte la stylisation des formes, ou le goût des silhouettes élongées.

À partir de 1880, il travailla pour vivre chez le céramiste Deck, où il se lia d’amitié avec Boldini. C’est avec un portrait qu’il fit son entrée au Salon de 1882, et c’est ce genre qui le mena à la célébrité, même s’il avait abordé tous les genres, de la marine aux natures mortes. Mais ce sont sans doute ses figures féminines et études d’intimité familiale réalisées au crayon, au pastel ou à la pointe sèche que se révéla le mieux l’originalité de son talent. D’ailleurs, dès avant la fin des années 1890, Helleu cessa d’exposer sa peinture au profit des oeuvres graphiques.

Ses dessins évoquent irrésistiblement les salons parisiens de la fin du XIXe siècle, les silhouettes flexibles et corsetées des femmes à la mode, les élégances aristocratiques, mais les représentations de son épouse Alice sont peut-être ses meilleures réussites. L’artiste fit connaissance des Louis-Guérin en 1884 par l’intermédiaire de son ami, le peintre Rafael de Ochoa y Madrazo avec lequel il partageait un atelier. Subjugué, Helleu obtint de réaliser le pastel de leur plus jeune fille, Alice, alors âgée de quatorze ans. L’un des premiers grands pastel de Helleu, le Portrait d’Alice Louis-Guérin fut présenté au Salon la même année (Bayonne, musée Bonnat). Cette « mince jeune femme pâle à la chevelure d’or rouge » selon les mots de Jacques-Émile Blanche ne devait plus quitter les pensées de Helleu ni son oeuvre. Il l’épousa dès qu’elle eut atteint seize ans et elle devint son modèle favori (ill. 1).
D’un charme discret, les portraits d’Alice captent, comme ici, des moments d’intimité et des gestuelles spontanées emplies d’une grâce merveilleuse. Dans notre feuille, la jeune femme apparaît en négligé, assisse à sa table de toilette. L’artiste la dessine deux fois. D’abord, il trace amoureusement son profil délicat, puis fixe rapidement l’instant où elle lui tourne le dos pour arranger ses cheveux.
A.Z.

Bibliographie générale (oeuvre inédite)
Frédérique L. de WATRIGANT (dir.), Paul-César Helleu, Paris, Somogy, 2014.
Francesca DINI (dir.), Boldini, Helleu, Sem : protagonisti e miti della Belle Epoque, Milan, Skira, 2006.
Anne-Marie BERGERET-GOURBIN, Marie-Lucie IMHOFF, Paul Helleu, 1859-1927, cat. exp., Honfleur, Musée Eugène Boudin, 1993.

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