Biagio PUPINI dit Biagio dalle Lame (Bologne, vers 1490 - après 1575)

Mars et Vénus surpris par Vulcain et les dieux de l’Olympe

29,9 x 21,2 cm
Circa 1537. Plume et encre brune, lavis, rehauts de blanc sur papier préparé ocre jaune.

Provenance
• France, collection particulière depuis plus d’une génération.

Le modelé très pictural, la surabondance de gouache blanche et la teinte jaune des papiers lavés distinguent immédiatement les dessins de Biagio Pupini dans la riche production bolonaise du Cinquecento. La date de naissance de l’artiste n’est pas connue, mais l’on sait qu’il fut l’élève de Francesco Francia (1450-1517) et qu’il était déjà établi à son propre compte en 1511. Qualifié de « magister », il signa cette année, avec Bartolomeo Ramenghi dit Bagnacavallo (1484-1542), un contrat pour orner de fresques – non conservées – une chapelle de l’église San Pietro in Vincoli à Faenza. Peintre, mais aussi musicien talentueux aux dires du poète Achillini (Viridario, Bologne, Girolamo di Plato, 1513, p. 188), il fut rapidement très sollicité dans sa ville natale pour des fresques et des peintures religieuses.

À partir de 1519, voire 1511, l’artiste fit plusieurs séjours à Rome où il copia Raphaël et les antiques qui l’avaient beaucoup inspiré. Mais il découvrit également l’art du Parmesan (1503-1540), venu ensuite à Bologne, et surtout les dessins de Polidoro da Caravaggio (1495-1543) et ses fresques en « chiaroscuro » sur les façades des villas romaines. On retrouve cette influence commune de Polidoro et du Parmesan dans les scènes bibliques des lunettes de la sacristie de San Michele in Bosco à Bologne peintes en camaïeu par Pupini en 1525-1526.

Les années 1530 marquent l’apogée de sa carrière. En 1535, il devint conseiller de la Compagnia delle Quattro Arti, puis massaro (trésorier) en 1546. De nombreuses œuvres subsistent de cette époque, réalisées par Pupini seul ou en collaboration avec les artistes comme Bagnacavallo, Girolamo da Carpi, Amico Aspertini ou Girolamo da Treviso. Son style demeure toutefois inclassable et éclectique, oscillant sans cesse entre le maniérisme bolonais, le classicisme raphaélesque et l’anti-classicisme de Polidoro ou de Rosso. Et c’est dans les dessins que sa manière très personnelle se forge et s’affirme, plus spécialement dans ses études d’inspiration antique associant le lavis brun jaune et la gouache blanche.

Ceci est particulièrement évident en comparant notre œuvre avec un autre dessin de Pupini qui a également pour sujet l’amour de Vénus et de Mars. Conservée au Louvre, la feuille illustre la première partie de l’histoire racontée par Homère et Ovide : le Soleil découvre les deux amants enlacés lorsqu’Alectryon qui devait les prévenir, s’était endormi. On y retrouve les fonds jaunâtres et l’écriture à la plume très relâchée de Pupini, adoucie par le lavis et largement recouverte de gouache. Mais l’artiste reste dépendant d’une composition de Giulio Romano gravée en 1539 par Giovanni Battista Scultori qu’il reprend quasi littéralement.

Notre dessin s’avère, par comparaison, plus libre car issu de l’imagination de Pupini lui-même. Son sujet, plus rare, est la fin du récit des amours de Mars et Vénus. Prévenu par le Soleil/Apollon, Vulcain forgea un filet fin et invisible qui emprisonna le couple adultère. Le mari trompé en profita pour montrer les amants piégés aux dieux de l’Olympe qui rirent de bon cœur. Le dessinateur s’écarta des textes antiques en situant la scène dans une grotte et en remplaçant le lit par une sorte d’estrade, ce qui lui permit de jouer sur la diagonale de trois figures : Vénus, Mars et Vulcain près de les recouvrir de son filet. Cette articulation de la composition autour d’une figure centrale déséquilibrée est une caractéristique des dessins de Pupini, de même que la construction de l’espace en superposition des plans, sans respect des proportions ni mise en perspective des figures qui apparaissent placées les unes au dessus des autres. Un autre aspect de son art est la gestuelle contrainte des personnages à l’enchaînement saccadé auquel correspond l’irrégularité du traitement, tantôt d’une grande précision – comme les feuilles ou les mailles du filet dans notre dessin –, tantôt étrangement flou – tels les visages ou les mains des dieux.

Notre belle feuille fait partie d’un groupe de dessins d’inspiration antique qui représente un tiers environ de la production connue de Pupini. Certains reprennent des figures des reliefs antiques ou s’inspirent des compositions de Polidoro, Primatice ou Rosso, d’autres, à l’exemple de l’œuvre que nous présentons, sont des créations originales et très personnelles. D’un point de vue technique assez similaires, ces dessins n’ont pas tous les mêmes dimensions et ne constituent pas un ensemble stylistiquement très homogène. Leur réalisation s’étale dans le temps entre 1520 et 1545 environ, pendant et après les séjours romains de Pupini.
Reste à savoir l’utilisation que l’artiste prévoyait pour tous ces dessins à sujet profane, car aucun ne servit d’esquisse préparatoire à ses peintures ni à ses fresques . Il semble toutefois que les feuilles sur support préparé ocre-jaune, généralement de meilleure facture que celles dont le papier est teinté dans la masse, étaient réalisés dans un contexte particulier. Le plus probable est le chantier de la Delizia de Belriguardo, résidence d’été des Este. Sollicité par le responsable des travaux de décoration, Girolamo da Carpi (1501-1556), l’artiste y travailla en 1537, mais il ne subsiste presque rien des fresques et autres ornements de la villa. Giuliana Gardelli considère cependant qu’une plaque de majolique représentant L’Enlèvement des Sabines et qui s’inspire des fresques de Polidoro pourrait provenir de la Delizia et être de la main de Pupini (Marcigny, Musée de la Tour du Moulin). La peinture en grisaille brun-jaune et la manière brossée sans équivalent de cette plaque rappellent en effet beaucoup les dessins de l’artiste.

Bibliographie
- Anna Maria FIORAVANTI BARALDI, « Biagio Pupini detto dalle Lame (Bologna, doc. dal 1511 al 1551) », in V. Fortunati Pietrantonio (dir.), Pittore bolognese del ‘500, Bologne, 1986, vol. I, p. 185-208.
- Yannick MARTIN, L’activité picturale et graphique de Biagio Pupini, DEA d’Histoire de l’Art, Université Paris I, 1992.
- Marzia FAIETTI (dir.), Un siècle de dessin à Bologne. 1480-1580. De la Renaissance à la réforme tridentine, catalogue d’exposition, Paris, Musée du Louvre, 2001.

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