Gen PAUL (Paris 1895 - 1975)

"Homme de lettres : portrait de Monsieur Séché"

circa 1928-29. Huile sur toile. Signé en haut à droite ; titré et contresigné au dos

Le modèle comme le peintre attirent l’attention dans ce grand portrait sombre et expressif.
A la fin des années 1920, l’artiste montmartrois Eugène Paul, dit Gen Paul, est alors dans ce qui fut certainement la période la plus riche et la plus productive de sa carrière. Après des début hésitants et fortement influencés par les artistes parisiens à la mode comme Utrillo, Vlaminck ou Frank Will, l’artiste autodidacte cherche à s’émanciper, à trouver une nouvelle façon de s’exprimer.
Engagé volontaire en 1914, Gen Paul a été amputé d’une jambe suite à ses blessures et garde un traumatisme psychologique et physique dont il a du mal à s’échapper. Il se réfugie dans la peinture et le dessin, mais aussi dans l’alcool. Comme une quête sans fin, ses nombreux voyages en France et en Europe lui permettent d’échapper à la vie quotidienne. Il découvre avec émotion les œuvres de Goya au Prado, les paysages lumineux de la Provence, se lie d’amitié avec des artistes comme Franck Will, Lucien Génin, Alphonse Quizet. Eternel insatisfait il dessine compulsivement des centaines de croquis et d’esquisses.
En artiste sensible et torturé, il découvre avec l’expressionisme un moyen de peindre naturel qui va lui offrir un exutoire par la forme et couleur, mais surtout par le geste. La dynamique et le mouvement deviennent sa manière mais aussi ses sujets de prédilection : courses de chevaux, courses cyclistes, foules, musiciens. Le mouvement s’introduit jusque dans ses portraits, dans lesquels ses modèles apparaissent troublés au sens physique du terme, comme traversés par une convulsion.

Notre portrait représente Léon Séché qui fut journaliste et homme de théâtre. Egalement poète, il connu une certaine notoriété avec les Contes des yeux fermés (publiés en 1905), essai onirique précurseur du surréalisme, et les Guerres d’enfer (1915). Léon Séché apparait ici dans un portait violent et tourmenté, loin de l’image de personnage mondain auquel il est souvent associé. Ce portrait évoque évidement l’œuvre de Chaïm Soutine, avec lequel Gen Paul exposa en 1928 à la Galerie Bing à Paris, également aux côtés de Picasso, Rouault et Braque. Considéré comme le grand peintre expressionniste français, Soutine fut l’observateur de l’âme et de l’esprit de ses modèles.
On retrouve dans notre portrait par Gen Paul cette fascination pour les individualités fortes et complexes. Sa technique fluide et enlevée est agrémentée de riches empâtements, donnant un dynamisme vivant au personnage, relevé par le rouge brillant de l’œillet à sa boutonnière.

Le tableau sera inclus dans le catalogue raisonné de l’artiste en préparation par Mr. André Roussard sous le n°1324.

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