Marcel DELMOTTE (Charleroi, 1901 - 1984)

« L’allée mystérieuse »

Huile sur toile. Signé et daté 1960.

Avant d’être artiste Marcel Delmotte fut peintre en bâtiment et épris de perfection. Il vint progressivement à une pratique artistique en s’adonnant à la reproduction du marbre veiné qu’il effectue en trompe-l’œil dans les grandes demeures qu’il a pour charge de décorer. C’est ainsi qu’il découvre, par le biais des artifices dont il use, sa fabuleuse vocation de constructeur d’un monde imaginaire, fantasmagorique et visionnaire. Delmotte avaint une grande connaissance des grands courants artistiques de son époque et s’amusera même à se trouver des points communs avec Braque qui, lui aussi, excellait dans l’imitation du marbre et du bois.

S’il adhérera aux pensées de la « scuola metafisica » menée par Georges de Chirico, Delmotte n’eut jamais de maître, et su conserver une intégrité artistique qui fait aujourd’hui son originalité. A l’instar des grands anatomistes de la première Renaissance italienne il scrute sans relâche son environnement et analyse les phénomènes physiques. Le réel est sa source d’inspiration première mais n’est pas une fin en soi ou un but à atteindre. Il est « anti-impressionniste » en ce sens qu’il ne retranscrit pas ce qu’il voit mais ce qu’il ressent au travers de ses hallucinations, de ses spéculations ou de ses impressions qui tendent à déclencher chez le spectateur le mécanisme de l’imagination.
Le moteur profond de sa création artistique restera l’harmonie qu’il recherche tout au long de sa carrière en appliquant notamment le nombre d’or à bon nombre de ses compositions.

La composition de notre tableau est simple : une allée bordée d’arbres et de sculptures à formes humaines, conduit l’œil par un jeu admirable de perspective. L’artiste s’inspire bien du réel mais la force de ce paysage réside plus dans l’étrange malaise dans lequel il nous plonge. A bien y regarder, l’ensemble est d’une surdité angoissante et fascinante. Comme pour Léonard de Vinci, la ville idéale doit être déserte. Il ne concède ici que la présence de figures singulières qui s’apparentent à une eurythmie de volumes et dévoilent un idéal de beauté presque abstrait. Ces formes féminines sont impassibles, elles n’ont pas de visage et rappellent en cela les vers de Baudelaire extraits du poème « La beauté » dans les Fleurs du Mal : « Je hais le mouvement qui déplace les lignes ».

Quand à ce chemin, nous mène t-il quelque part ? C’est une véritable énigme dans laquelle réside l’envoûtement d’un paysage qui, bien que vraisemblable, n’est pas de ce monde. Nul doute que pour décrire l’étrangeté de cette beauté inquiétante qui hante les œuvres de Delmotte il faudrait être Baudelaire et parvenir à mettre en mots ce que ces compositions suscitent dans l’âme du spectateur.

BIBLIOGRAPHIE :
- Jean CLAIR, Delmotte, œuvres de 1919 à 1950, Galerie Isy Brachot, Paris
- Waldemar GEORGE, Le monde imaginaire de Marcel Delmotte, Editions Max Fourny, Paris, 1969

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