François LEMOYNE (Paris 1688 - 1737)

"Le triomphe de Junon »

Huile sur toile chantournée, remise au rectangle.

Elève de Louis Galloche au début du XVIIIe siècle, François Lemoyne fut reçu académicien en 1718. A l’encontre de son contemporain Watteau avec lequel on a parfois confondu ses œuvres, il eut une carrière officielle de professeur à l’Académie (1733) et de premier peintre du Roi (1736).

Si ses premières toiles sont conçues dans des tonalités chaudes héritées de Jouvenet, le passage à Paris de Pellegrini, avec lequel il travailla sur un projet de plafond pour la Banque Royale, et son voyage en Italie (Rome, Venise, 1723), l’orientèrent rapidement vers la recherche d’un coloris plus clair, et lui firent adopter une facture onctueuse, fluide et plus vibrante, qu’on retrouve par exemple dans le tableau conservé au Louvre Hercule et Omphale.

A son retour en France, Lemoyne travailla pour divers monuments et églises de Paris avant d’obtenir deux commandes pour le Château de Versailles : une composition allégorique pour le salon de la Paix (Louis XV donnant la paix à l’Europe, 1728 – 29) et le plafond du salon d’Hercule (1733 – 1736, esquisse à Versailles). Ces grands décors restent dans une tradition héritée du Grand Siècle, avec cependant une composition plus lisible, moins austère et certainement moins monumentale.

Réalisé vers 1728 – 1732 comme dessus de porte avec un format original chantourné, puis adapté postérieurement au rectangle, notre tableau demeure avec une origine non identifiée. L’article de Jean-Luc Bordeaux du numéro 473 de la revue l’estampille l’objet d’Art paru en novembre 2011 fait état de la redécouverte d’œuvres de Lemoyne chantournées et exécutées pour l’Hôtel Biron, mais notre tableau concerné par ce registre ne semble toutefois pas provenir dudit Hôtel de Biron. Il est à noter la proximité de notre tableau avec l’œuvre conservée au Louvre Junon, Iris et Fleur, dessus-de porte exécuté pour le Château de Montfermeil.

Le Triomphe de Junon semble être l’une des plus belles illustrations de ce point d’équilibre entre la grande tradition décorative française et le goût de l’époque pour une peinture plus légère et plus lisible. Equilibre qui permit l’éclosion de l’élégance et de la grâce dont témoignera la peinture de Boucher et de Natoire, les élèves de Lemoyne.

Ici, la déesse Junon (protectrice du mariage et de la fécondité) , épouse jalouse et vindicative de Jupiter, est représentée triomphante sur son char tiré par des paons, son animal emblématique. Dans une nuée de putti, elle flotte au milieu des nuages, comme portée par les airs dont elle est également la figure allégorique.

La proximité des détails de notre tableau avec ceux du plafond de Versailles, l’Apothéose d’Hercule, coloris, modelés et mouvements des Putti, conforte une datation dans cette période. Le rapprochement aussi effectué avec le modello (maquette) du décor de la voûte du salon d’Hercule par François Lemoyne (1732, huile sur toile, collée sur carton, 116 x 149 cm, Château Versailles), esquisse finale de la composition, en est la parfaite démonstration.

Enfin, soulignons la présence de repentirs dans les contours des têtes des Putti de la partie centrale du tableau, que nous retrouvons de façon similaire sur l’œuvre Vénus et Adonis, 92 x 73 cm, signée et datée en bas à gauche : F. LEMOYNE 1729 (Stockholm National museum Inv.824). Ces caractéristiques ne manquent pas de confirmer l’expression très libre et enlevée de l’œuvre.

C’est sans aucun doute ce style fortement attaché au goût de son époque qui plut au poète et collectionneur Arsène Houssaye. Romantique homme de lettres, compagnon de Gérard de Nerval et de Téophile Gautier, Houssaye a surtout fortement contribué, vers les années 1830-1840, à remettre l’art du XVIIIe siècle au goût du jour. Il fut l’un des premiers à écrire sur Watteau et les Van Loo et rassembla une belle collection d’œuvres qui fut dispersée en 1896 et
parmi laquelle on retrouve notre tableau

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