Marcel DELMOTTE (Charleroi, 1901 – Mont-sur-Marchienne, 1984)

Les Vestales

117.5 x 195.5 cm
Huile et laque sur isorel

Provenance
· France, collection particulière.

« Ce que je désire avant tout, c’est que chaque œuvre soit un point d’interrogation. »

Delmotte s’intéresse à l’étude du marbre. Matériau vivant organisé en ce qu’il appelle des « taches rythmiques » , il est un outil indispensable qui lui permet de construire ses œuvres. À partir de ces taches, il assemble ses idées qui, une fois posées, sont fixées et ne peuvent être retirées de l’œuvre finale. Grâce à ce procédé, Delmotte avoue volontiers que son travail utilise le hasard sans jamais le laisser guider pour autant. Le hasard est « voulu, dirigé, provoqué jusqu’à l’heure où il devient le schème du « moi » que notre raison ne peut définir et cerner. » Notre œuvre s’inscrit très tôt dans ce raisonnement. Dans les années 1940, Delmotte est encore pris dans l’exploration et la mise en place des procédés techniques qui lui permettent de créer. Issu d’un équilibre subtil entre la laque et l’huile, notre tableau est un exceptionnel témoignage de ses premiers travaux de grand format.

Plongée dans la pénombre d’un lieu imperceptible, une scène rythmée par de violents contrastes de lumière, hérités de l’œuvre du Caravage , dévoile cinq silhouettes féminines. L’ensemble semble figé dans le temps. L’utilisation ingénieuse de la laque renforce la planéité des figures qui, en mouvement mais pourtant silencieuses, prennent la forme de sculptures dont l’aspect froid de la pierre est réchauffé par les quelques violents éclats de lumière orangée. Le travail sur le corps de la femme, sculptural, presque immuable, est le fruit d’une longue réflexion qui obsèdera l’artiste tout au long de sa carrière et que l’on retrouvera encore vingt ans plus tard à travers des œuvres de moindre format (ill. 1 et 2). Iconographiquement, Delmotte est un peintre du rêve et de la fiction : ces femmes drapées à l’antique s’apparentent aussi aux grandes prêtresses entretenant le feu sacré du temple de Vesta de l’époque romaine.

Delmotte est un artiste inclassable, fascinant. Inspiré par le surréalisme auquel il se dit pourtant ne pas appartenir, ses œuvres sont construites de manière à troubler notre perception de l’espace. En partant « d’une tache qu’[il] agrandi[t] en reconstruisant un monde autour d’elle » , il crée pour « [s]e fasciner », susciter le questionnement et permettre à chacun de donner un sens de lecture personnel à son travail.

M.O.

Bibliographie générale (œuvre inédite) :
GEORGE Waldemar, Le monde imaginaire de Marcel Delmotte, Paris, éd. Max Fourny, 1969.

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