François Jean SABLET (Morges, 1745 - Nantes, 1819)

Portrait d’un notable nantais en redingote verte

23,5 x 19,5 cm
Circa 1810. Huile sur sa toile d’origine. Signé FSablet en bas à droite

L’Artiste

François Jean Sablet, dit le Romain, naquit à Morges, petite ville suisse près de Lausanne. Son père, Jacob Sablet, fut décorateur et doreur, mais également marchand de tableaux et d’objets d’art, ce qui détermina le choix de carrière de François et de son frère cadet, Jacques Henri, dit Sablet le jeune (1749).

François commença sa formation artistique à Berne, puis vint à Paris en 1767. Grâce aux lettres de recommandation obtenues par son père, il réussit à se faire admettre dans l’atelier de Joseph-Marie Vien, une véritable école qui prônait le retour vers l’antique. Cinq ans plus tard, Jacques Sablet le jeune rejoignit son aîné et, vers 1775, les deux frères accompagnèrent à Rome leur maître, nommé directeur de l’Académie de France : ce premier séjour italien fit gagner à l’aîné le surnom de Romain qu’il conserva toute sa vie.

De retour à Paris en 1777, François Sablet s’établit comme portraitiste et paysagiste et se maria. La tradition familiale veut qu’il ait été l’un des collaborateurs d’Élisabeth Vigée-Lebrun. Quoi qu’il en soit, il semble avoir reçu un grand nombre de commandes et de mener une vie prospère, ponctuée de nombreux séjours romains qu’il continua jusqu’en 1796 malgré les relations franco-italiennes devenues tumultueuses après 1789. La Révolution ruina les finances de Sablet et l’obligea à revenir en Suisse. Mais elle lui ouvrit également la porte du Salon qui n’était plus désormais réservé aux seuls académiciens. L’artiste y exposa dès 1791, et se fit recevoir membre de la Société populaire et républicaine des Arts en 1793. L’année suivante, au concours des esquisses ouvert par la Convention, il obtint un prix de 4 000 francs.

Naturalisé français en 1805, Sablet s’installa à Nantes où, aidé par l’architecte Mathurin Crucy, il acquit rapidement une grande considération et se constitua une clientèle fidèle d’armateurs, négociants, artistes et notables qui sollicitèrent ses talents de portraitiste. Plusieurs de ces portraits, souvent de petit format, sont conservés au musée des Beaux-Arts de Nantes. Sablet peignait également de nombreux paysages et reçut, en 1812, une commande de la ville de Nantes pour le décor de la Bourse, soit six tableaux en grisaille imitant des bas-reliefs et retraçant diverses scènes du séjour de Napoléon dans cette ville.

Notre Portrait

Notre portrait d’un homme non identifié appartient à la période nantaise de Sablet et s’inscrit parfaitement dans cette production à destination des riches familles de la ville. Le format est réduit, la présentation en petit buste simple, le fond neutre, les vêtements sobres et aux couleurs foncées, les expressions retenues. Comme les petits portraits de Corneille de Lyon à la Renaissance, les tableaux de Sablet se concentrent sur le visage et quelques détails vestimentaires, n’omettant cependant jamais de rendre aussi fidèlement que possible les coiffures sophistiquées du Premier Empire. Comme son illustre prédécesseur lyonnais, l’artiste travaille directement d’après nature en modelant les volumes par touches fines et délicates qui épousent les formes et recréent, en se superposant, la brillance des iris ou la teinte chaude de la peau. Les traits s’étirent dans la chevelure et s’épaississent dans la cravate et le gilet d’un rose pâle surprenant.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Paul MARMOTTAN, « Les peintres François et Jacques Sablet », Gazette des Beaux-Arts, 69e année, 1927, vol. II, p. 193-210.
Anatole GRANGES DE SURGERES, Les Sablet. Peintres, graveurs & dessinateurs, Paris, Rapilly, 1888.

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