Louis ELLE dit Ferdinand l’Aîné (Paris, 1612 - 1689)

Portrait d’une aristocrate avec son chien

91,3 x 72 cm
1650, huile sur toile. Au revers de la toile de rentoilage, reprise de la signature sur la toile d’origine : L. Ferdinand laisné / Fecit 1650.

Provenance
• France, Sologne, collection particulière depuis au moins 1850.

Fondation d’une dynastie
Les Elle, surnommés « Ferdinand » ou « Elle Ferdinand », sont une famille de peintres d’origine flamande actifs entre 1601 et 1717. Le premier de la lignée, Ferdinand Elle (vers 1580-1637), probablement originaire de Malines, vint en France au tout début du XVIIe siècle. Protestant, il œuvra d’abord à Fontainebleau, avant de s’installer dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés dont la maîtrise, profitant des franchises concédées par l’abbaye, accueillait volontiers les peintres étrangers à l’inverse de la corporation parisienne. Son nom manquant d’originalité, il se fit connaître sous son prénom de Ferdinand, repris ensuite par ses descendants pour mieux marquer la continuité de l’atelier : ses deux fils, Louis Elle l’Aîné ou le Père et le graveur Pierre Elle (1617-1665), puis le fils de Louis, Louis Elle le Jeune (1649-1717).

Fondation de l’Académie
En 1648, Louis Elle l’Aîné, maître à la corporation de Saint-Germain, figura parmi les membres fondateurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture, bien qu’il ne semble pas avoir participé aux réflexions qui ont mené à la création de cette institution. Dès avant cette date, il fut l’un des portraitistes les plus en vue de la capitale et comptait parmi sa clientèle les plus grands noms de la cour.

Exclusion et retour en grâce
Professeur depuis 1659, Elle Ferdinand fut exclu de l’Académie le 10 octobre 1681 avec les autres artistes de confession protestante, dont son fils Louis le Jeune, reçu académicien deux mois plus tôt. La révocation de l’édit de Nantes le 18 octobre 1685 obligea l’artiste à choisir entre la conversion et l’exil. Pragmatique, Louis le Père abjura le 30 décembre, ce qui permit sa réintégration immédiate à l’Académie et un retour en grâce, dont témoigne le Portrait de la marquise de Maintenon accompagnée de sa nièce commandé en 1688 pour la Maison royale de Saint-Cyr (Versailles, inv. MV 2196).

Notre tableau
Notre tableau est un portrait mondain, bien que moins solennel et codifié que la plupart des œuvres de Louis Elle. Avec son fond neutre et sombre qui isole le modèle et le rapproche du spectateur, il est parmi les plus flamandisants de l’artiste. Le portraitiste retranscrit d’ailleurs plus fidèlement que d’ordinaire les traits de la dame, renonçant à l’idéalisation propre aux effigies de cour.

La jeune femme, dont rien ne permet aujourd’hui de découvrir l’identité, est représentée assise sur une chaise recouverte de maroquin dont la teinte rouge est l’écho des nœuds des manches et de la bouche carmine. L’artiste réserve une touche fondue et quasi vandyckienne aux carnations lumineuses délicatement rosées et à la chevelure vaporeuse, s’attardant longuement sur le regard bleu profond de son modèle. Le reste, de la robe de drap d’argent garnie de passements raffinés à la dentelle des manches ou la fourrure soyeuse du petit chien, est traité d’un pinceau alerte et minutieux dans un camaïeu des gris froids et des bruns tannés chauds. Ceci confère à la peinture un caractère à la fois sobre et élégant à l’image de la tenue de la dame, recherchée et coûteuse, mais au décolleté pudiquement recouvert d’une guimpe en fine mousseline.
A.Z.

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Elodie VAYSSE, Les Elle « Ferdinand », la peinture en héritage. Un atelier parisien au Grand Siècle (1601-1717), thèse de l’École des chartes, dir. Alain Mérot, 2015.
Jean AUBERT, Emmanuel COQUERY, Alain DAGUERRE DE HUREAUX (dir.), Visages du Grand Siècle. Le portrait français sous le règne de Louis XIV. 1660-1715, cat. exp. Nantes, musée des Beaux-Arts, Toulouse, musée des Augustins, Paris, Somogy, 1997.

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