François-Joseph KINSON (Bruges, 1770 – 1839)

Portrait de Joseph Jérôme, comte Siméon (1749 – 1842)

220 x 140 cm
Huile sur toile. Signé daté et localisé en bas à droite Kinson Cassel 1810.

Provenance :
• Famille de Joseph-Jérôme Siméon, par descendance
• Collection Siméon, vente Francis Briest du 12 décembre 1992
• Belgique, collection privée.

Bibliographie :
• Ch. Giraud, Notice biographique, sur M. le Comte Siméon, Bureau de la revue de législation et de jurisprudence, Paris, 1842, tome XV
• Denis Coekelberghs et Pierre Loze, 1770 -1830 Autour du néo-classicisme en Belgique, [catalogue de l’exposition], musée communal des Beaux-Arts d’Ixelles, Bruxelles, 14 nov.-8 fév. 1986
• Bérénice Vanrenterghem, Kinsoen Kinson (Brugge – 1770 – Brugge 1839), mémoire universitaire inédit, 2007.

« (…) Cet art dont les coquettes sont passionnées
et qui consiste à ne point rendre la nature avec trop de fidélité. »

Connu comme peintre de cour et de la haute société, François-Joseph Kinson reçoit sa formation à l’Académie de Bruges, puis à Gand et Bruxelles avant de se rendre à Paris en 1794. On le connaît essentiellement à travers ses élégants portraits, un genre dans lequel il excelle. En exposant aux Salons parisiens il développe sa clientèle et connaît une grande notoriété jusqu’à se rapprocher de la cour impériale et devenir le premier peintre de Jérôme Bonaparte, devenu roi de Westphalie en 1807.
De son observation rigoureuse de l’œuvre de Jacques-Louis David (Paris, 1748 – Bruxelles, 1825) et du Baron Gérard (Rome, 1770 – Paris, 1837), Kinson retient l’austérité et le traitement délicat et flatteur des physiques. L’influence de Gérard, grand portraitiste de l’Empereur, demeure la plus marquante. L’étude de son œuvre permet à Kinson de développer la souplesse de son pinceau ainsi que la richesse des coloris, à tel point que la paternité de leurs œuvres a souvent été confondue. Dans son Essai historique et critique sur l’Ecole flamande considérée dans les arts du dessin (Bruxelles 1825 – 1839) Jean-Baptiste Picard évoque l’œuvre de Kinson comme « posséd[ant] à fonds (sic) cet art dont les coquettes sont passionnées et qui consiste à ne point rendre la nature avec trop de fidélité  ». Pris dans des environnements luxueux caractéristiques du néoclassicisme florissant, les portraits de Kinson conservent cependant une vérité des gestes et des costumes, rendus grâce à un traitement subtil des matières et de la lumière. Les personnages aux visages porcelainés sont mis en scène : Kinson explore cette dimension théâtrale dans laquelle les commanditaires jouent leur rôle. Le portrait est un objet de définition de soi, permettant d’asseoir une reconnaissance sociale, et dans lequel le naturel est maîtrisé et étudié.

Peint en 1810, année au cours de laquelle Kinson suit Jérôme Bonaparte à Cassel, ce portrait en pied et légèrement de trois quarts rappelle les portraits d’apparat de l’Ancien Régime réservés aux grands hommes. Ce visage plein d’éloquence est celui de Joseph-Jérôme, comte Siméon, homme politique et juriste ayant fait son apprentissage à Aix-en-Provence. Connu comme membre actif de la Révolution, il soutient et défend l’insurrection contre la Convention. Il est arrêté et se réfugie en Italie jusqu’en 1793, année de la chute de Robespierre, au cours de laquelle il revient en France. Très apprécié du jeune Napoléon Bonaparte, nouvellement nommé Premier Consul, il est appelé afin de participer à l’élaboration du Code Napoléon, ancêtre du Code Civil, sur lequel il appose fièrement sa main dans notre portrait. À partir de cette date, Joseph Jérôme enchaînera les titres et nominations. Il devient successivement conseiller d’Etat en 1804, ministre de la Justice puis ministre de l’Intérieur, ministre du gouvernement du roi Jérôme Bonaparte en Westphalie, et enfin membre du Conseil de régence et président du Conseil d’Etat de Westphalie jusqu’à la dissolution du royaume en 1813.

À Paris il retrouve un statut honorable grâce au retour des Bourbons et reçoit de Louis XVIII le titre de comte. Il est à nouveau nommé conseiller d’Etat et s’illustre par la suite en tant que sous-secrétaire, puis ministre de l’Intérieur. En 1830, Siméon se rallie à Louis-Philippe qui le nomme président de la Cour des comptes. Pair de France, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, grand-croix de la Légion d’honneur, membre de l’ordre de Saint-Hubert de Bavière, Joseph Jérôme reçut de son vivant tous les honneurs qu’un juriste et politicien de la première moitié du XIXe siècle puisse espérer.

Au cours de sa carrière François-Joseph Kinson aura côtoyé et portraituré les plus grands noms de son époque. De l’Empire aux Bourbons, en passant par des commandes de riches bourgeois, son talent, reconnu de son vivant, lui permet d’honorer de nombreuses commandes dont celle de Joseph Jérôme Siméon en 1810 et bien d’autres jusqu’à 1830, année de la Révolution qui met fin à sa carrière française.

M.O.

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