Albert DUBOIS-PILLET (Paris, 1846 – Puy-en-Velay, 1890)

Portrait de Paul Boucher

60 x 50 cm
Huile sur toile d'origine Signé en bas à droite Dubois Pillet et dédicacée en bas à gauche : " à mon ami Paul Boucher " France, collection particulière

« Capitaine et impressionniste » , Albert Dubois-Pillet fut en effet rattaché à la Garde républicaine pendant quelques années avant qu’une lettre de dénonciation datée d’avril 1886 ne lui interdise de mêler sa carrière militaire à sa carrière artistique. Il choisira d’exercer pleinement sa passion pour la peinture.

Admis au Salon des Indépendants pour la première fois en 1877, Pillet est un artiste autodidacte et déclare « (…) n’étant l’élève de personne, il ne convenait pas à mon caractère de m’en attribuer un de fantaisie. » Pas même de son ami George Seurat, dont il s’inspire à ses débuts, dans sa technique ainsi que dans ses sujets. « Seurat ! C’est lui qui m’a entraîné. Je lui dois tout ! Son sens de l’ordre, de la discipline, je devrais dire, fit sur moi tout de suite une profonde impression. Naturellement, il y avait du danger à rester dans son sillage ; c’est pourquoi je me suis efforcé de peindre d’autres sujets que les siens. »

En effet, après l’étude des bords de Seine et de la Marne, très appréciés de la plupart des impressionnistes dont Seurat, Dubois-Pillet se tourne vers le portrait. « Monsieur Dubois-Pillet est avant tout un portraitiste. Il campe ses figures sur des fonds de tapis, séries polychromes, harmonise fonds et portraits. » Notre portrait, récemment inclus au catalogue raisonné de l’artiste, illustre cette tendance. Sur un fond de tapis coloré, très prisé par l’artiste est pointillé le portrait de son ami Paul Boucher. Complexe dans le choix des couleurs utilisées ainsi que dans sa réalisation, ce portrait révèle l’intérêt particulier de Dubois-Pillet pour le développement récent de la photographie et ses répercussions sur la couleur dont Charles Cros et son ouvrage Solution générale du problème de la photographie des couleurs de 1869 en demeure la référence. La description de Cros sur le procédé photographique évoque un trouble du rendu des couleurs dû à la lumière artificielle blanche que produit l’appareil. À travers ses recherches, Dubois-Pillet tente donc de réduire ce décalage en rendant, grâce au pointillisme, la véritable lumière et les couleurs tel que son œil les perçoit : « il faudra pour exprimer, en peinture, une sensation de rouge, tenir compte de ces quantités de vert et de violet ; de même pour les sensations produites par les autres couleurs » . Grâce à cette « chimie savante et curieuse » , ses portraits s’harmonisent parfaitement : les couleurs sont savamment sélectionnées et juxtaposées de sorte à ce que l’œuvre finale rende de la meilleure façon la réalité.

« Original extraverti » répertorié comme impressionniste, « pointilliste-divisionniste » ou encore néo-impressionniste, Dubois-Pillet a pu être rattaché à de nombreux mouvements sans qu’aucun ne puisse définir de manière exacte son travail. Sa « façon de voir individuelle » le place comme l’une des personnalités originales les plus importantes du Salon des Indépendants à la fin du XIXe siècle.
M.O.

Bibliographie de l’œuvre :
Offenstadt Patrick, Albert Dubois-Pillet Catalogue raisonné, Galerie Offenstadt Publications, 2018 (notre tableau apparaîtra au supplément du catalogue en cours).

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