Claude-Marie DUBUFE (Paris, 1790 – La Celle-Saint-Cloud, 1864)

Portrait présumé de Joséphine Anne Philibert de Pincepré, née Dubufe, sœur du peintre

101 x 82 cm

Huile sur sa toile d’origine
Signé en bas à droite Dubufe

Provenance :
France, collection privée.

Bibliographie :
Emmanuel Bréon, Claude-Marie, Edouard et Guillaume Dubufe, Portraits d’un siècle d’élégance parisienne, Délégation à l’action artistique de Paris, 1988.

« Monsieur Dubufe était chéri des femmes de son temps presque autant qu’Alexandrine la couturière.
Comme il les habillait élégamment, comme il savait les avantager et comme il était flatteur ! »

Destiné à une carrière consulaire, Claude-Marie Dubufe se tourne vers la peinture, sur les conseils avisés de Jacques-Louis David dont il fréquentait l’atelier. Après quelques essais de sujets mythologiques largement influencés par son maître et les théories de Winckelmann, Dubufe développe un goût particulier pour le portrait qu’il traite presque exclusivement jusqu’à l’année précédant sa mort, en 1864. À Palerme en 1811, il est introduit auprès de la famille d’Orléans et peint alors ses premiers portraits dont celui de Ferdinand-Philippe, Duc de Chartres. Il rentre à Paris, expose ses œuvres au Salon de 1812 et goûte très vite au succès. Progressivement les commandes affluent : «  [l]e bourgeois riche ou banquier ne connaît que Monsieur Dubufe  » , et les femmes de la haute société avides de reconnaissance sociale exigent elles aussi leur portrait par Claude-Marie Dubufe.

L’art de Claude-Marie Dubufe ne souffre pas de l’apparition du daguerréotype qui délivre des clichés de formats réduits et difficilement lisibles et ne peuvent manifestement pas rivaliser avec l’art du portrait peint. Parmi ces nombreux visages féminins peints, il y a celui de sa sœur, Joséphine Anne Philibert de Pincepré, dont on connaît un autre portrait. Dans cette atmosphère poétique et délicate où le naturel est étudié, cette jeune femme à la nuque dégagée aux grands yeux noirs est coiffée à la mode de l’époque appelée « au nœud d’Apollon ». Assise sur ce qui semble être une méridienne, elle tient délicatement de sa main droite ce qui semble être un carnet de bal et repose gracieusement son bras gauche sur un traversin dont les motifs aux palmettes rappellent l’Empire. À l’apogée de sa carrière, Dubufe gratifie les membres de sa famille en peignant leur portrait, et plus encore, des portraits à mi-corps dont le tarif alors pratiqué était de mille cinq cents francs, quand le salaire moyen annuel de l’ouvrier était de mille francs.

Les portraits de Dubufe sont appréciés pour la manière lisse et gracieuse qui flatte les silhouettes, héritée de la leçon davidienne, encore très ancrée dans le néoclassicisme. Ils sont aussi recherchés pour l’attention particulière que l’artiste dédie aux effets de transparence et de légèreté de la mousseline des robes et étoffes en tout genre. « Je préfère décidément Monsieur Dubufe père : il avait et, il a encore, un talent merveilleux pour les étoffes et fanfreluches de femmes. » Dans notre portrait, les différentes matières légères et voluptueuses s’entremêlent pour former une robe à la pointe de la mode de l’époque : les épaules sont dégagées, les manches ballons retombent tout en douceur sur les bras et l’ensemble, à la fois volumineux et aérien, est resserré à la taille par une ceinture faite d’un fin tissu jaune rappelant celui du châle qui l’entoure. Dans une lumière éclatante et lumineuse, le blanc de la robe, pouvant être interprété comme un symbole de vertu, crée un contraste harmonieux avec le tissu rouge recouvrant la méridienne. Enfin, le lourd rideau de velours vert rappelle l’aspect théâtral propre au néoclassicisme auquel le peintre ajoute une ouverture sur un paysage que l’on peut apercevoir à gauche de la toile.

« De 1830 à 1845, une femme élégamment meublée devait, de toute nécessité, avoir son portrait par Dubufe.  » S’il est vrai que Dubufe flatte ses modèles, il répond avant tout aux commandes souvent très exigeantes car le portrait est, plus qu’une représentation de soi, un outil de reconnaissance sociale. Véritable chroniqueur de son temps, peintre de la bourgeoisie, Claude-Marie Dubufe est le premier peintre d’une dynastie. Il laisse derrière lui un véritable style, délicat et sensible que son fils Edouard et son petit fils Guillaume se plairont à perpétuer.

M.O.

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