Fernand LÉGER (Argentan, 1881 - Gif-sur-Yvette, 1955)

Composition abstraite, projet de mosaïque

22,5 x 55 cm
1952-1954 Gouache sur traits de crayon Monogrammé du cachet d’atelier FL en bas à droite

Provenance
• Succession Léger.
• Collection Georges Bauquier (1910-1997).
• Paris, collection particulière.

L’Artiste
Contemporain de Matisse et de Picasso, ami de Duchamp et de Cendrars, Fernand Léger compte parmi ces grands noms de l’École de Paris dont l’histoire commença dans l’émulation artistique de Montparnasse, de la Ruche ou encore du Bateau-lavoir. Natif de l’Orne, Léger s’installa en 1900 à Paris, où il fréquenta l’École des Beaux-arts et l’Académie Julian. Il travailla un temps dans la mouvance postimpressionniste, puis participa aux premières expérimentations cubistes. Fernand Léger signa rapidement un premier contrat avec Daniel-Henry Kahnweiler, que suivirent des expositions à Paris, Moscou et New-York dès 1913. La carrière de l’artiste fut brutalement interrompue par la Première Guerre Mondiale. Réformé en 1917, sans jamais avoir cessé de dessiner au front, il reprit la peinture avec une ardeur mûrie par les années de combat. Dès cette année-là, il signait un contrat important avec le galeriste Léonce Rosenberg.

Ses théories et principes
Quand ses amis employaient les papiers collés ou la photographie, Fernand Léger fut avant tout un peintre, qu’anima une intransigeante recherche plastique, soutenue par une réflexion théorique de fond sur le sens de la peinture. Léger, qui a théorisé la mort du sujet, expliquait ainsi :


« la valeur réaliste d’une œuvre est parfaitement indépendante de toute qualité imitative. […] En quoi consiste en peinture ce que l’on appelle réalisme ? […] Je dirai qu’à mon sens, le réalisme pictural est l’ordonnance simultanée des trois grandes quantités plastiques : les Lignes, les Formes et les Couleurs. Aucune œuvre ne peut prétendre au pur classicisme, c’est-à-dire à la durée indépendamment de la période de création, si l’on sacrifie complètement une de ces quantités au détriment des deux autres » .

Notre Composition
Exécutée à la toute fin de la vie de Léger, notre Composition abstraite est une synthèse de ces principes. L’œuvre est un projet de mosaïque, technique dans laquelle l’artiste s’était illustré en 1950 avec le décor de la façade de l’église Notre-Dame de Toute Grâce du plateau d’Assy. Dans un format en longueur, il a conçu ici un joyau d’équilibre entre ligne, forme et couleur. Des cernes noirs structurent le dessin, relevé d’aplats de couleurs vives en une palette réduite à un rouge, un jaune, un bleu et un vert d’eau, alternant avec les espaces laissés blancs. Aux cercles rouges en haut à droite, répondent à l’angle opposé des courbes qui rappellent les guitares souvent présentes dans les tableaux de Léger – Fleur et guitare (1951, coll. part. ou Composition avec guitare, s. d., collection particulière). En haut à gauche, les losanges évoquent un vitrail, écho aux préoccupations de l’artiste qui avait réalisé en 1950 les maquettes des vitraux de l’église d’Audincourt, par l’intermédiaire du Père Couturier. Dans la partie inférieure droite, on retrouve en réponse le jaune et le bleu-vert, confortant l’équilibre d’une composition qui se refuse à « tromper les sens » par l’illusion ou la perspective.

Convaincante par son harmonie sereine, notre gouache est en réalité le fruit d’un long travail d’éclosion.

« J’étudie lourdement. Je suis extrêmement lent dans mon travail. Je ne sais pas improviser. Plus je m’examine, plus je vois que je suis un classique. Je fais un long travail préparatoire. Je fais d’abord une quantité de dessins, après je fais des gouaches et enfin je passe à la toile, mais quand je l’attaque, j’ai 80% d’assurance. Je sais où je vais », confiait ainsi Fernand Léger à Dora Vallier.

Notre Composition a appartenu à Georges Bauquier, dont le nom est indissociable de celui de Fernand Léger. Né en 1910 à Aigues-Mortes, Bauquier était entré en 1936 comme élève dans l’atelier de Léger, dont il devint par la suite le massier (trésorier). Suivant avec attention le travail de Léger, Bauquier entreprit à sa mort avec Nadia Léger la construction du musée de Biot. Il légua au musée un grand nombre d’œuvres, et en fut directeur jusqu’en 1993, avant de s’éteindre quatre années plus tard.
M.B.

Notre œuvre sera incluse dans le Répertoire des œuvres sur papier de Fernand Léger en préparation par Mme Irus Hansma (certificat d’authenticité du 12 novembre 2010).

Bibliographie générale (œuvre inédite)
Fernand Léger. Paris- New York, cat. exp., Bâle, Fondation Beyeler, 2008.
Léger monumental, cat. exp., Les Abattoirs, Toulouse, 2005.
Fernand Léger, cat. exp., Musée des Beaux-arts, Lyon, 2004.
Pierre Descargues, Fernand Léger, Paris, Cercle d’art, 1997.
Fernand Léger, Fonction de la peinture, édition augmentée, Paris, Gallimard, 2004.
Fernand Léger, cat. exp., Paris, Centre Pompidou, 1997.
Fernand Léger, une correspondance poste restante, Les Cahiers du Musée national d’art moderne, Hors-série Archives, 1997.
Serge Fauchereau, Fernand Léger, un peintre dans la cité, Paris, Albin Michel, 1994.
Jean Cassou, Jean Leymarie, Fernand Léger : dessins et gouaches, Paris, Chêne, 1972.

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