Paul César HELLEU (Vannes, 1859 - Paris, 1927)

Portrait présumé de la fille de l’artiste

74 x 54 cm

Illustration pour « Fermez les rideaux », Lucie Félix-Faure-Goyau, Chansons Simplettes pour les petits enfants, 1906
Fusain, sanguine et craie blanche sur papier japon
Signé Helleu en bas à droite

Provenance :
• France, collection particulière.

Bibliographie :
• Lucie Félix-Faure-Goyau, Chansons Simplettes pour les petits enfants. Illustrations de Helleu, Paris Edition d’Art de la Phosphatine Falières, 1906
• Sous la direction de Frédérique de Watrigant, Paul-César Helleu, Somogy, Paris, 2014, reproduit p. 77 : Fermez les rideaux. Chansons simplettes pour les petits enfants, 1906
• Robert de Montesquiou, Paul Helleu peintre et graveur, éditions Floury, Paris, 1913

Malgré les réticences de sa mère, le jeune Paul-César Helleu se tourne vers une carrière artistique. En arrivant à Paris en 1873, le jeune artiste prend des cours de dessins de manière extrascolaire et se rend fréquemment au Louvre le dimanche où il rencontre Jean-Léon Gérôme (1824-1904) et rejoint son atelier aux Beaux-Arts en 1876.
C’est dans l’atelier du maître que Paul-César Helleu expose une singularité prometteuse. Il y rencontre John Singer Sargent (1856-1925) ainsi que Giovanni Boldini (1842-1931), dont il restera par ailleurs très proche. Après quelques années de formation auprès des plus brillants artistes en vogue, Helleu côtoie le succès grâce à ses expositions dans les salons parisiens et rejoint les cercles artistiques et mondains. Dès 1882, il expose à la Société des Artistes Français, au Salon des Pastellistes, au Salon des Peintres et Graveurs Français ainsi qu’au Salon des XX à Bruxelles. Célébré de son vivant par ses contemporains et ses amis, loué par la critique, ses œuvres trouvent rapidement une clientèle de choix parmi la la société mondaine parisienne dans laquelle il évolue.

Dessinateur, pastelliste, peintre, graveur, Helleu travaille aussi en tant qu’illustrateur, un don qu’il met au service de l’ouvrage de Lucie Félix-Faure-Goyau paru en 1906 Chansons simplettes pour les petits enfants. Notre portrait est utilisé pour la chanson Fermez les rideaux, commentée par le comte Robert de Montesquiou, homme de lettres et grand admirateur de l’artiste :

« Ce fermez les rideaux est le petit chef-d’œuvre. L’enfant, à sa fenêtre, le soir, tourne invinciblement ses yeux vers l’obscurité qui l’attire et le terrifie car… En haut les rideaux dessinent un cœur. Ce vilain cœur noir, dans les rideaux roses, il semble effrayant… Entre les rideaux, vois, la nuit regarde Comme un prisonnier du fond d’un cachot. »

Son travail en tant qu’illustrateur rencontre un tel succès que quelques années plus tard, Helleu participe à l’importante monographie que lui consacre Montesquiou (1855-1921), Paul Helleu peintre et graveur (1913), pour laquelle il fournit 182 dessins et gravures. Éternel insatisfait, Helleu fut un temps mécontent de l’ouvrage, pensant que Montesquiou n’avait pas consacré assez de place à ses peintures. Sa peine fut calmée lorsqu’il reçut de nombreux éloges de ses dessins et gravures, et de l’ouvrage dans son entièreté. En effet, parmi tant d’autres, Marcel Proust écrit à Montesquiou : « (…) j’ai voulu vous dire comme j’avais admiré ces pages vraiment supérieures. »

Vue de profil à mi-corps, cette grande fillette mince aux joues rosées et coiffée à la mode du début du XXe siècle ressemble en tous points aux jeunes filles que l’artiste aime portraiturer (ill. 1), bien souvent calquées sur le profil de sa propre fille Ellen qu’il représente à de nombreuses reprises. Les traits de notre modèle sont par ailleurs très proches de ceux du portrait d’Ellen jouant du piano aux côtés de sa grand-mère, conservé au musée Bonnat-Helleu de Bayonne (ill. 2).

Chez Helleu, ce n’étaient pas de ces éclairages trop chatoyants et vulgaires (…) mais une recherche de couleurs délicates, comme d’une Berthe Morisot whistlérienne, nuances de subtilité que le pastel n’avait pas encore su rendre. »
(Jacques-Émile Blanche)

Considéré comme impressionniste par ses pairs, le portraitiste s’intéresse à l’effet d’instantanéité en capturant les expressions de ses modèles sur le vif. « Il était le plus habile, le mieux doué, Manet, Monet, Renoir, le croyaient comme nous ». Pour capturer l’instant, Helleu dessine d’un trait rapide et hâtif, maîtrisant parfaitement la technique dite des trois crayons : le fusain, la sanguine et la craie blanche lui permettent de rendre aisément les surfaces, matières et profondeurs, ici des roses presque roux dans la chevelure du modèle. Dans notre œuvre, la délicatesse du modèle est traduite par des traits amples et généreux enveloppant le modèle par de souples lignes gracieuses. Ses dessins font preuve de joie et de liberté dans la ligne à laquelle il accorde la plus grande importance, en opposition avec le fond évanescent, souvent simplement suggéré.

Préférant toujours l’esquisse au fini, le mouvement au figé, Helleu dessinera tout au long de sa vie sans retouche, avec le même enthousiasme qu’à ses débuts. Boldini, Sargent, Monet, Tissot, Blanche, Gervex, ce « (…) grand garçon mince, tout noir, avec le chapeau melon sur un tête d’assyrien, en complet uniforme de serge noire » aura côtoyé les plus brillants artistes de son temps entre Paris, Londres et New York où il se rend en 1902. Artiste libre et personnalité indépendante, il refusera cependant de travailler avec des marchands, fussent-ils aussi prestigieux que Durand-Ruel.

M.O

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